s D m a D i F.-A. FOREL LE LÉMAN MONOGRAPHIE LIMNOLOGIQUE TOME TROISIÈME LAUSANNE Librairie de l'Université 4, RUE HALDIMAND, 4 1904 LE LÉMAN F.-A. FOREL LE LÉMAN MONOGRAPHIE LIMNOLOGIQUE TOME TROISIEME LAUSANNE Librairie de l'iiiiversilé 4, RUE HALDIMAND, 4 1904 LAUSANNE — IMPRIMERIE CHARLES PACHK PREFACE En terminant ce troisième volume de ma Monographie du Léman, je dois remercier mes collègues et amis MM. M. Bedot k Genève, H. Blanc à Lausanne, R. Chodat à Genève, Th. Studer à Berne, E. Wilczek à Lausanne, qui ont eu l'obli- geance de reviser et corriger les épreuves de la partie biolo- gique de mon livre; je remercie encore tous les collaborateurs dont on trouvera les noms dans ce volume qui depuis trente ans et plus ont étudié avec soin les êtres vivants de la popula- tion de notre lac. Pour la partie historique et économique, j'ai dû m'appuver sur l'amitié et l'obligeance des spécialistes qui seuls pouvaient venir en aide à mon incompétence; MM. les archivistes d'Etat A. de Crousaz et A. Millioud à Lausanne, D' H. Tùrler à Berne, D'' Louis Dufour à Genève. Max Bruchet à Annecy m'ont lar- gement ouvert les collections qu'ils dirigent et m'ont guidé dans mes recherches. Pour les Palafitteurs, je suis, hélas! le seul et dernier survivant de la génération qui en 1854, — il y a cinquante ans de cela, — a commencé l'étude de ce magnifique chapitre de l'histoire antéhistorique suisse; tous mes maîtres d'alors ont disparu. MM. Th. Studer à Berne et A. Schenk à Lausanne m'ont aidé à résumer les questions d'ethnographie ; pour les constructions navales M. l'ingénieur H. de Morsier à Genève, et M. A. Naef, archéologue cantonal à Lausanne; pour la pêche, MM. A. Perdrizet à Thonon, E. Covelle et H. Oltra- mare à Genève, E. Muret à Lausanne m'ont fourni des docu- ments et des conseils. A eux et à tous les amis que j'ai mis à contribution pour des renseignements, détails historiques ou faits techniques, à tous ceux qui m'ont aidé de leur précieuse assistance, j'adresse ici l'expression de ma reconnaissance. L'impression de mes trois volumes a duré très longtemps ; pendant des mois et des années les épreuves qui réclamaient les corrections obligeantes de mes amis ont circulé dans les cer- cles intéressés. Pour le cas où il en serait résulté quelque pu- blication simultanée de faits ou d'idées qui pourraient avoir apparu entre temps chez d'autres auteurs, je dois donner ici les dates de la mise en train de l'impression et de la mise en vente de chaque volume. Du reste, la plupart des faits publiés dans la présente monographie avaient déjà été portés à la con- naissance du public par mes publications antérieures. Début de l'impression. Mise en librairie^ Volume I 2 février 1891 août 1892. » II 2 février 1893 décembre 1894. » III 1'"'' livraison janvier 1900 septembre 1901. » 2e » V avril 1903 mai 1904. Et maintenant, je dis adieu à mes lecteurs. S'ils ont trouvé dans les dix-neuf cents pages de ces trois lourds volumes la réponse à quelques-unes des questions que soulève l'étude de notre lac, mon but aura été atteint. D'- F.-A. FoREL, professeur à rUiiiversilé de Lausanne. Morges, mai 1904. Noms et termes locaux indigènes ou peu connus. ABYSSAL, qui se rapporte aux abîmes, aux Lrrands fonds d'un lac ou de la mer. Antenne, la vergue d'une voile latine. Appoustis, coursives ou galeries latérales des galères et des barques du Léman. Bacallas, les consoles qui portent les appoustis. Beine, terrasse littorale immergée. Berfoux, nom indigène du verveux, sorte de nasse. Bise, vent du Nord-Est. Brick, Brigantin. barques pontées de faible tonnage. •CAMPAGNARDES (eaux), masses d'eaux stagnantes ou courantes dans le bassin d'alimentation, en dehors des eaux lacustres : rivières, marais, étangs, etc. Carène, la quille d'une galère ou d'une barque du Léman. climatique, pour climatologique (voir la note de la p. 296 t. II). CoGHÉRE, barque marchande non pontée. GossoN, poissonnier, revendeur de poisson. •Crannoge, palalilte des marais de l'Irlande. Gygnet, jeune cygne. Drisse, les cordages qui supportent la vergue. EscAUME, le crochet auquel on attache une rame. EsTROP, la corde qui attache la rame sur l'escaume. Etire, la perche ferrée qui sert à pousser la barque. Fa VA, terme indigène qui désigne les grandes plantes phanérogames submergées du littoral. Inlandsis, glacier en nappe, étendu sur le continent du Gronland. Itague, la grosse corde d'une drille. K.tœkkenmœddixg, débris de la vie journalière devant les huttes j)réhistoriques du Danemark. Limicole, qui habite le limon. LiouETTE, petite nacelle de pècheui-. Maille, la cordelle avec laquelle on tire une barque. MiLLECANTON, MiLCANTON, fretin de Perche. Mont, talus de la beine (v. T. I. p. 77. Naue, barque de type primitif du Léman et des lacs suisses. NuNATAK, îlot rocheux de l'inlandsis du Gn'inlaiid. ■ocuLÉ, muni d'yeux, en opposition à aveugle. Omblière, lievi de fraie de l'Omble-clievalier. Palafitte. ruine d'un village antique bâti sur le pilotis, dans le lac. Palafitteurs, les habitants des palafittes. Pierres vertes, roches serpentinoïdes, néphritoides, etc. Plancton, l'iMisenible des organismes nageant et flottant dans la région pélagique. 'QuESTE, droit de pêche. PiEBUSE, retour de froid au printemps. SuBMERSE, plante qui est submergée. Sudois, vent du Sud-Ouest. Ténevière, haut-fond pierreux submergé, dans la beine. Vaudaire, vent du Sud-Est, le P'ohn des Allemands. ViVA, fretin de poisson-ljlanc. (Pour les termes spéciaux de la pèche et de la navigation, voir l'index aliihabé- ■tique à la fin de ce volume). ERRATA Pagi : 33, ligne 10, au lieu de Huitrier, lisez Huitrier — 77 — 32 — Achlia — Aehlya — 78 — 2 (des notes) — Matteoli — Malleoli — 105 — 27 — Dreyssena — Dreissena — 120 — 25 — F. proleus — E. proteus — 121 — 21 — Tetrarrhynchus — Tetrarhynchus — 163 _ 6 et 170, 16 — Littorella — Litorella — 194 — 24 — au printemps — en été — 200 — 4 — G. Burkhardt — G. Burkhardt. — 200 — 30 — Gymnodium — Gymnodinium — 224 — 12 — Cycloielat — Cyclotella — 241 — 33 et 298, 23 — Limnicythera — Lymnicythere — 241 — 35 et 298, 28 — Leucocythera — Leucocythere — 328 — 8 (des notes -- Leide — Leyde — 339 — 17 — Beaulacre — Baulacre — 344 — 6 — (Jarassias — Carassins — 344 — 14 — Phorinus — Phoxinus — 349 — 13 — Folerie — Jolerie — 349 — 15 — Ferra — Fera — 355 et 357 titre courant : Respir ation aquatique d' 'animaux aériens, lisez L'origi: ne de la faune ichthyologique du Léman 1. — 402 ligne 25 au lieu de Chroococeacées — Chroococeacées — 421 et 423 passim — néolitiqne — néolithique — 421 et 423 — — paléolitique — paléolithique — 425 ligne 20 F. Revon — L. Revon — 433 — 4 — Myes — Mies — 472 8 et 12 — Rode — Rodé 527 6 (d es notes) " Savion Savyon Signes et abréviations. R.P.N. Z.L. S.V.S.N. S.H.S.N. S.H.S.R. Archives de Genève. 18h lO'nsec. 150™^sec. Dufour [loc. cit. p. 32J Pour les autres poids et mesures. Repère de la Pierre du Niton à Genève (V. t. I p. 18). Zéro limnimétrique du Léman, étiage du lac (V. t. I p. 454. Société vaudoise des sciences naturelles. Société helvétique des sciences naturelles. Société d'histoire de la Suisse romande. Archives des Sciences physiques et naturelles, publiées à Genève. 6 heures du soir. .Te numérote à l'italienne, en une série de 24 heures, connnençant à minuit. 10 mètres à la seconde (vitesse d'un couraiit). 150 mètres cubes à la seconde (débit d'un tleuve). page 213 signifie : page 213 du livre de Dufour cité à la page 32 de ce volume. signes, j'ai suivi la notation du Bureau international des LE LÉMAN ONZIEME PARTIE BIOLOGIE La population du lac est abondante et variée. Les êtres qui la consti- tuent appartiennent à un grand nombre de familles animales et végé- tales ; la plupart des genres d'animaux d'eau douce ont des représen- tants dans les faunes lacustres ; une partie seulement des plantes aquatiques se rencontrent dans la tlore des lacs qui est relativement moins riche. Le nombre des espèces lacustres n'est pas considérable ; en revanche, certaines espèces sont représentées par un nombre énorme d'indi- vidus, de telle manière que les eaux du lac sont relativement fort peuplées; la densité de cette population varie du reste selon les régions. Les conditions de milieu sont assez différentes dans les diverses régions du lac pour que les animaux et les plantes qui vivent dans une zone ne passent guère, sauf les cas accidentels, dans une autre; nous devrons donc reconnaître des faunes et flores locales distinctes. Nous décrirons des flores et faunes spéciales pour les régions liUo- rale, pélagique et profonde. ^ BIOLOGIE Au point de vue biologique, nous appelons région littorale toute la bande qui s'étend le long des côtes tout autour du lac jusqu'à une profondeur d'eau de 15°^. Les conditions de milieu y sont fort varia- bles ; la natui'e du sol, très différente d'une côte à l'autre, réclame de nombreuses subdivisions. Nous appelons région profonde la couche qui forme le fond du lac; elle comprend le sol lui-même et une épaisseur d'eau de un ou deux mètres, qui repose sur le sol; elle s'étend depuis les limites internes de la région littorale, soit depuis une profondeur de 15™ jusqu'aux plus grands fonds du lac. Nous appelons région pélagique toute la grande masse du lac, en avant de la région littorale, et au-dessus de la région profonde, depuis le bord interne de la beine jusqu'au milieu du lac, et depuis la surface jusqu'à la couche immédiatement en contact avec le sol. C'est l'eau libre c'est le plein lac. (Fig. 167.) — Les trois régions biologiques du lac : a région littorale, b région profonde, c région pélagique. Dans le diagramme ci-contre (figure 167), j'ai désigné par des hachures horizontales la région littorale a, par des hachures verticales la région profonde b, j'ai laissé en blanc la région pélagique c. Comme ces trois régions sont habitées à la fois par des animaux et des végétaux, nous aurons à décrire : Une faune littorale, — une flore littorale ; Une faune pélagique, — une flore pélagique Une faune profonde, — une flore profonde. Animaux et plantes, faune et flope, vivent ensemble dans des rela- tions biologiques intimes; ils forment ce que l'on appelle des sociétés. Nous aurons donc dans le lac : CONDITIONS DE MILIEU 3 Une société littorale ; Une société pélagique ; Une société profonde. Dans les chapitres suivants, après quelques généralités, nous ferons rénumération systématique des espèces qui forment ces sociétés bio- logiques en donnant les détails nécessaires sur leur situation, leurs mœurs ou leur place dans la classification, lorsque nous aurons quel- ques faits nouveaux à apporter aux notions classiques. Après cette étude analytique, nous chercherons à établir le tableau synthétique de chacune des régions et de ses habitants. Nous terminerons par Fétude de quelques questions sur l'origine des sociétés biologiques et sur la physiologie des organismes. CHAPITRE PREIMIER — CONDITIONS DE MILIEU Avant tout, je dois préciser les conditions de milieu dans lesquelles vivent les organismes que nous allons rencontrer dans le lac et pour •cela je les résumerai en étudiant : Le milieu aquatique ; Le milieu lacustre ; Le milieu lacustre d'eau douce ; Le milieu spécial du Léman. 1. milieu aqiialique en opposition au milieu aérien. Les orga- nismes qui vivent dans l'eau sont soumis à des conditions bien diffé- rentes de celles des organismes qui vivent dans l'air atmosphérique. A. La densité de l'eau pure est 770 fois plus forte que celle de l'air. Tandis que dans l'air les organismes ont besoin d'un squelette, ou tout au moins de tissus rigides, pour soutenir leur corps et n'être pas déformés par leur propre poids, dans l'eau ils gardent leurs formes quelle que soit la mollesse de leurs organes. 4 BIOLOGIE B. La densité moyenne des tissus organiques animaux et végétaux est à peu près celle de l'eau. Tandis que dans l'air les organismes reposent sur le sol par leur propre poids, ou ne peuvent s'élever- au-dessus du sol que par l'usage de mécanismes assez compliqués, dans l'eau les conditions de station sont tout autres. Parmi les organismes aquatiques, les uns sont plus denses que l'eau,, reposent sur le sol et y sont fixés, ou bien ils rampent, marchent ou sautent en prenant leur point d'appui sur ce sol. Organisn^es fixés, rampants ou marcheurs. Les autres ont la même densité que l'eau ; ils flottent entre deux eaux ; ils planent ; j'applique ici au milieu aquatique le terme utilisé habituellement pour le vol dans l'atmosphère. Organismes flottants.. (Schwebende Thiere und Pflanzen des Allemands.) Les autres enfin sont plus légers que l'eau, ils flottent à la surface ; ils surnagent. Organismes nageurs. (S chw immonde Thiere und Pflanzen.) C. En raison de la plus faible différence de densité des corps orga- nisés par rapport à celle du milieu ambiant, les organismes vivant dans l'eau sont beaucoup plus facilement entraînés par les mouvements du liquide qui les entoure ; le point d'appui nécessaire à leur station ou à leur marche exige des artifices plus compliqués que ceux des orga- nismes aériens. D. La densité de l'eau étant plus grande que celle de l'air, le milieu aqueux offre une résistance plus grande aux déplacements actifs. Les allures des organismes aquatiques sont plus lentes que celles des orga- nismes aériens ; pour obtenir une vitesse égale, ils ont besoin de formes plus élancées, ou d'appareils musculaires plus puissants. E. Au point de vue chimique, les phénomènes de diffusion entre les- corps dissous dans le milieu ambiant et les liquides de l'économie sont plus faciles quand ce milieu est de l'eau que quand il est de l'air. La diffusion est plus rapide de liquide à liquide que de gaz à liquide. F. Au point de vue de la respiration, l'eau contient les gaz de l'atmosphère à l'état de solution, en particulier l'oxygène et l'acide carbonique. Mais ces deux gaz y sont en proportion beaucoup plus faible, à pression égale, que dans l'air atmosphérique. A la pression de 76*^"^ de mercure, les quantités normales des gaz dissous dans un CONDITIONS DE MILIEU O litre d'eau sont les suivantes ; comme terme de comparaison, je donne les mêmes valeurs contenues dans un litre d'air atmosphérique : Air atmosphérique. Eau pure à saturation à la température de l.j*^. Oxygène QQO'^^m- /litre gcms/ntre Azote 791 12 Acide carbonique 0.3 0.5 Par conséquent, poiu" les phénomènes respiratoii'es, l'organisme plongé dans l'eau a à sa disposition, dans le même volume du milieu ambiant, beaucoup moins d'oxygène que l'organisme vivant dans l'air. Les phénomènes d'oxydation vitale seront donc moins énergiques chez les organismes aquatiques, ou bien leur appareil respiratoire sera plus perfectionné que celui des organismes aériens. G. Au point de vue thermique, l'eau a una chaleur spécifique beaucoup plus grande que celle de l'air, 3000 fois envii^on. A moins qu'il n'ait des organes de protection exceptionnels, un organisme aquatique poiu'i-a •difficilement élever sa température au-dessus de celle du milieu qui l'entoure. H. Au point de vue optique, le pouvoii' réfringent de l'eau est peu ■différent de celui des milieux transparents des organes de la vision. Par conséquent, ou ïœW des animaux aquatiques aura une beaucoup plus g["ande puissance optique que celui des animaux aéi'iens, ou il atteindra des effets beaucoup moins utiles. II. Milieu lacustre en opposition avec les autres milieux aqua- tiques. Le lac est une masse d'eau stagnante dans une dépression du sol, sans continuité avec la mer. Un lac proprement dit diffère des autres masses d'eau qui sont : Des eaux stagnantes. Des eaux courantes. Les unes et les autres pouvant être ou aériennes ou souterraines. Parmi les eaux stagnantes aériennes nous distinguons : A. L'hydrosphère illimitée de la planète, océan et mers; i>. Les lacs ; C. Les étangs, lacs peu profonds ; 6 BIOLOGIE D. Les marais, étangs assez peu profonds pour qu'ils soient envahis- par la flore des plantes à fronde aérienne. Parmi les eaux stagnantes souterraines nous distinguons: a. Les lacs souterrains ; h. La nappe des eaux du sous-sol (Grundwasser). En fait d'eaux courantes nous connaissons : a. Les fleuves, rivières, torrents et ruisseaux qui coulent dans des rigoles à la surface du sol, à l'air libre; [3. Les rivières souterraines ; '^. Les sources qui sont les émissaires de la nappe du sous-sol. Les facteurs physiques qui diflerencient un lac entre les autres milieux aquatiques, qui le caractérisent au point de vue biologique et qui en font une station spéciale pour l'habitat des animaux et des plantes sont, entre autres : 1° En opposition avec les fleuves, rivières et autres eaux courantes, les lacs sont formés d'eau stagnante ; ces eaux ne sont pas entraînées dans une direction toujours la même. 2° En opposition avec les marais et^la nappe des eaux du sous-sol, les lacs sont formés d'eau mobile qui peut être mise en mouvement,, vagues et courants. 3° En opposition avec les eaux souterraines, les lacs sont à Fair libre, en contact avec l'atmosphère dont ils subissent les actions et réactions. 4» En opposition avec les étangs et marais, l'eau des lacs est pro- fonde. La pression varie, de la surface où elle est réduite à la simple pression atmosphérique, jusque vers le fond où elle est maximale,, allant croissant de la valeur d'une atmosphère par chaque couche de dix mètres d'épaisseur. 50 En opposition avec les eaux souterraines, la température de la surface du lac est variable avec les saisons. 6^ En opposition avec les étangs et les marais, la température des eaux du lac varie suivant une stratification thermique plus ou moins compliquée. Les couches profondes se rapprochent de la température du maximum de densité de l'eau, les couches supérieures s'en éloignent de plus en plus. Suivant les conditions climatiques qui font appartenir le- CONDITIONS DE MILIEU 7 lac à nos types polaire, tempéré ou tropical ('), les eaux sont ou chaudes ou froides (^) ; quand elles sont chaudes, la stratification est directe et les eaux de surface s'élèvent notablement au-dessus de 4» ; quand elles sont froides, la stratification est inverse, et les eaux de surface peuvent descendre à zéro. 70 En opposition aux eaux souterraines, les lacs sont éclairés par la lumièi-e des astres. 8" En opposition aux étangs et marais, les lacs ont une région pro- fonde obscure, où la lumière des astres ne parvient jamais, absorbée qu'elle est par l'eau qui n'est pas parfaitement translucide. 90 En opposition avec la mer qui est illimitée et en continuité directe entre toutes ses parties, les lacs sont des bassins fermés, isolés les uns des autres. Ils sont des îles d'eau au milieu des continents ter- restres; chacun d'eux est un individu séparé et distinct. Les lacs ne sont en communication directe ni avec la mer. ni de l'un à l'autre. Les organismes qui les peuplent ne peuvent y avoir été introduits que par la voie des fleuves ou de l'atmosphère. 10° Les lacs sont en continuité avec les fleuves affluents et avec l'émissaire. Donc le peuplement des lacs peut avoir lieu par ces deux voies : soit que les organismes descendent passivement ou active- ment le courant des affluents, soit qu'ils remontent activement le cou- rant de l'émissaire. m. liCs lacs (l'eau douce en opposition aux lacs d'eau salée ou saumâtre. La composition chiinique des eaux de chaque lac lui est spéciale. Suivant la qualité d'eau des affluents, les sels dissous y sont en pro- portions différentes ; suivant que le lac a un émissaire ou n'en a pas, suivant que l'émissaire est permanent ou temporaire, les eaux des lacs sont douces, saumàtres ou salées (•^). Oi" les phénomènes de diff'usion entre le milieu ambiant et les liquides de l'économie sont tellement actifs que l'organisme ne peut résister, et survivre au transfert dans un milieu différent de celui auquel il est (') T. II, p. 302. (2) par rapport au maximum de densité de l'eau, 4°. P) F.-A. Furel. Handbuch der Seenkunde. Stuttgart, Engelhorn. (En publication.) 8 BIOLOGIE habitué, que dans quelques cas rares où l'espèce est douée d'une faculté étendue d'adaptation (espèces euryhalines de Pavesi). Il en résulte que dans les lacs d'eau douce, les organismes des fleuves, ruisseaux, étangs ou marais, tous masses d'eau douce, peu- vent s'y établir, s'y acclimater sans grandes modifications; que, au con- traire, les organismes provenant des lacs saumàtres ou salés, ou de la mer, transportés dans un lac d'eau douce, ou bien y périssent, ou bien ne s'y acclimatent que s'ils sont susceptibles d'une adaptation étendue. La composition chimique du milieu aquatique est donc,- au point de vue biologique qui nous occupe, un des facteurs les plus spéciaux de chaque lac ; les différences dans cette composition chimique c'est ce qui s'oppose le plus efficacement à l'immigration d'organismes étrangers. IV. lie liéniai» en opposition aux autres lacs d'eau douce. Au point de vue biologique, les conditions de milieu qui intéressent les orga- nismes vivant dans notre lac peuvent se préciser comme suit : 1° Le Léman est un grand lac, avec ses 582^™-' ^|g superficie, son volume de 88,920 millions de mètres cubes, sa profondeur maximale de 310Q1, sa longueur de 72^™, sa largeur de 14km. llest le plus grand lac de l'Europe centrale et occidentale. Le lac Balafon le dépasse en superficie avec ses 690^^™-'^ ijy^\^ \\ jf ^ pas de profondeur ; les lacs italiens, le Lario (AiA^), le Verbano (375"^), le Benaco (346™), le dépassent en profondeur, mais leur superficie est moins grande. Il est cependant loin d'atteindre les dimensions des grands lacs du Nord de l'Europe, Suède, Finlande, Russie, des Etats-Unis d'Amé- rique, de l'Asie et de l'Afrique équatoriale. 2o Les mouvements mécaniques, vagues et courants, y sont puis- sants. La limite d'action utile des vagues est par 9™ de profondeur (^). La vitesse maximale des courants observés est de 16 à 18™ par minute ("). 3'^ La composition cliimique des eaux est celle d'un lac d'eau douce, peu ciiai'gée de sels, 175™& par litre, dont les principaux sont : (3) (') T. Il, p. 266. (-) T. II, p. 285. (8) T. Il, p. 587. CONDITIONS DE MILIEU 9 Silice 4,mg;litre Chlorure de sodium 2 Sulfates alcalins 14 Sulfate de chaux 50 Carbonate de chaux 75 Carbonate de magnésie 20 Matières organiques 10 4° L'alluvion qui. après avoii- été en suspension dans les eaux, se précipite par décantation et forme le sol du lac est une marne argilo-calcaire ('). La proportion des silices et silicates insolubles dans Facide chlorhydrique varie de 40 à 80 ^/y, en moyenne 60 'Vq. Elle con- tient suivant les régions : Silice et Silicates 40 à 80 o/o Alumine et sels solubles de fer 2 à 6 Chaux 8 à 30 Magnésie 1 à 2 5'3 La température varie à la surface de 0'^ à 25°; dans les grands fonds de 4.0^ à 5.5". Le Léman appartient au type thermique des lacs tropicaux sub-tem- pérés à température abyssale constante ('^). 6'^ La limpidité des eaux est relativement grande. La limite de visi- bilité peut y atteindre une valeur de 21™ (^). 7'J Le Léman est étabh sur le cours du Rhône. Son bassin d'alimentation est borné du côté de l'Italie, de l'Oberland bei'nois, de la Savoie et de la France par de hautes montagnes, Alpes et Jura, qui n'offrent aucune communication directe avec les affluents d'autres bassins hydrograpliiques, par lesquels un peuplement d'orga- nismes aquatiques aurait pu se faire. Sui- le plateau suisse, au contraire, la limite des bassins hydrographiques est plus indécise, et il y a conti- nuité aquatique, pour deux de ses affluents au moins qui se partagent, en s'écoulant, par moitié ou alternativement, dans les bassins du Rhône et (I) T. I, p. 122sq. (■') T. II, p. 304. («) T. II, p. 423. 10 BIOLOGIE du Flhin. Ce sont: le Grenet, affluent de la Broie détourné artificielle- ment en 1875 dans le lac de Bret, qui se verse dans le Forestay et de là dans le Léman ; le Nozon, affluent du Talent et par lui de la Thièle- et du lac de Neuchàtel, qui à Pompaples près La Sazraz, se partage ou plutôt a été partagé ai'tiliciellement au moyen âge, et envoie un affluent dans la Yenoge qui se verse dans le Léman. Ces deux voies, bien peu libres il est vrai, sont ouvertes pour le passage direct des organismes aquatiques du bassin du Rhin dans celui du Léman (^). Le fleuve émissaire, le Rhône, se rend à la Méditerranée en ti'aver- sant toute la plaine de France; par ses nombreux affluents et par divers canaux, il est en communication directe avec les bassins voi- sins du Rhin, de la Seine, de la Loire, etc.; il aurait ainsi pu servir de voie au peuplement du Léman, poui- les animaux tout au moins capables de remonter le cours d'un fleuve. Mais un obstacle insurmontable s'oppose absolument à ce passage. C'est le canion du Rhône à sa tra- versée du Jui-a(-). Du Fort de l'Ecluse à Genissiat, sur' IS^m de lon- gueur, le Rhône subit une dénivellation de 60"^ environ ; il est encaissé dans une gorge étroite et tourmentée ; en vingt défilés il n'est plus un fleuve, mais un torrent bondissant. La Perte du Rhône, entre le pont de Lucey et Bellegarde, donne une chute de l'2™ de hauteur, entre et sous des rochers où le fleuve plonge en siphon renversé. L'obstacle est absolu et le peuplement du Léman n'a pu suivre la voie remontante du fleuve émissaire. 8° L'histoire géologique du Léman le fait apparaître après l'ère ter- tiaire au début de l'ère quaternaire. Sans revenir sur ce que nous avons dit de sa genèse (3), et sans vouloir préciser autrement ici l'époque de son établissement, nous lappellerons le fait principal qui nous intéresse au point de vue biologique. La contrée où nous trou- vons aujourd'hui le Léman a été envahie par les grands glaciers qua- ternaires qui l'ont recouverte d'une couche de glaces s'élevant jusqu'à mille mètres au-dessus du plafond actuel du lac. Une vaste mer de glaces s'étendait entre les Alpes et le Jura. Sous cet énorme culot solide, toute vie antérieure, toute vie aquatique en particulier a été anéantie, et nous ne pouvons aucunement rattacher les organismes- (>) T. I, p. 352. (2) G. Bourdon. Le caùon du Rhône. Bull. Soc. Géogr. Paris, 1894, p. o à 36. (S) T. I, p. 207-265. MÉTHODES DE PÊCHE 1J qui peuplent actuellement le Léman à ceux qui habitaient les eaux de cette contrée avant l'envahissement des glaciers. Le peuplement a été un fait post-glaciaire : il est, géologiquement parlant, un fait récent. CHAPITRE II MÉTHODES ET APPAREILS POUR l' EXPLORATION ZOOLOGIQUE ET BOTANIQUE DU LAC Je décrirai successivement les méthodes de capture et celles de- séparation ou de triage des animaux et plantes. Je n'énumérerai pas tous les appareils qui ont été proposés par les auteurs; je m'en tiendrai seulement à ceux que j'ai employés moi- même et dont j'ai reconnu le bon fonctionnement. Je r-éserve pour un autre chapitre la description des filets qui servent à la pêche industrielle des poissons, et je ne m'occuperai ici que des- recherches du naturaliste. 1» Capture des organismes lacustres. A. Organismes littoraux. Je ne perdrai pas mon temps à décrire les artifices divers de pêche dans la région littorale ; ils varient avec chaque espèce, avec chaque nature de fond, et aussi avec la fantaisie du chercheur. 11 n'y point de méthode générale : il n'y a qu'ime foule de procédés. Le natu- raliste emploie successivement le filet à mailles de fil avec lequel il capture les Poissons ou les Ecrevisses, la drague qui lui rapporte du sable et de la vase, une pince emmanchée (la pince des pêches archéo- logiques) (') qui saisit les pierres et les bois, un harpon attaché à une corde qui ramène les plantes aquatiques, etc., etc. Point n'est besoin^ (1) T. I, p. 3, fig. 3. 1^2 BIOLOGIE de grands frais d'imagination pour inventer des appareils ; il suffit d'un peu d'adresse, avec une habitude suffisante des choses du lac, et les pêches sont fi'uctueuses et variées. B. Organismes 'pélagiques. Pour la pèche dans la région pélagique, elle se fait à l'aide d'un filet fin, le filet de Millier. C'est un sac de mousseline tendu sur un cercle de métal, et attaché par trois ficelles au plomb d'une ligne de sonde. On laisse descendre le filet dans l'eau jusqu'à une profondeur convenable, et l'on fait avancer lentement le bateau de telle sorte que l'ouverture du lilet restant verticale, l'eau s'y engouffre et s'y tamise en laissant sur les mailles de la gaze les organismes qu'elle contient, (tig. 168). (Fig. 168.) — Pêche pélagique avec le filet de Muller. La profondeur à laquelle se fait la pèche est donnée par l'inclinaison ■de la ligne de sonde et la longueur du fil qu'on a laissé écouler. 11 faut avoir soin de faire le filet assez grand, et l'ouverture du cercle assez étroite pour que la pression de l'eau dans l'intérieur du sac ne soit pas trop forte, et que les micro-organismes, un peu délicats, ne soient pas trop violemment comprimés contre les mailles de la mousseline. Le filet de Mûller a reçu des modifications et perfectionnements importants qui en ont grandement étendu l'application. Tout d'abord il a été adapté aux pèches verticales, quand nous avons déplacé le plomb qui l'alourdit et l'avons fixé au fond de la coiffe. Nous pouvons ainsi faire descendre l'appareil jusqu'à la profondeur voulue sans que le cône de mousseline se renverse, et dans la remontée, nous traversons avec le filet, bouche en haut, les couches superposées ■du lac que nous voulons tamiser. METHODES DE PECHE 13 Pour la pèche des organismes de très petite taille, les organismes microscopiques, les micro-organismes, qui s'échapperaient trop facile- ment par les mailles trop larges de la mousseline ordinaire, nous employons avec succès la gaze de soie fabriquée pour les tamis les plus fins de la meunerie, la ;/ace à Muter. Ce tissu, remarquable par la perfection de la texture, a des fils doubles, aussi bien pour la chaîne que pour la trame ; les fils sont tordus en une demi révolution à chariue entrecroisement de telle sorte que l'ouverture des mailles ne peut s'élargir; il a dans ses nimiéros les plus fins des mailles dont la largeur ne dépasse pas cinq centièmes de millimètres, 50 |'.. Avec ces dimensions, les Diatomées, les Flagellés, les Rotateurs les plus petits sont arrêtés par le filet ('). Pour vider le filet de mousseline ou de gaze, on le renverse dans un baquet d'eau. Cette opération exigeant de vastes cuves, on a perfectionné le manuel opératoire en introduisant les dispositifs que voici. Tout d'abord on a fixé au fond du cône du filet une cupule en verre ou en porcelaine, que l'on détache, la pêche faite, et où Ton récolte les organismes à l'état parfaitement intact. En 1888, j'ai attaché au fond du filet G un cylindre en feuille de zinc A de 15^™ de hauteur sur 6cm de (Fig. 169). - Le filtrateur de Forel diamètre (fig. 169) (2). (') Voici les mesures de mailles des deux numéros de la gaze à bluter de la fa- brique Heidegger, à Zurich : Par cm. Par cm'. Nombre de flls. Nombre de trous. Ouverture. N" 5 28 76.") 0.84 cm'^. NO 20 77 5926 0.17 (tlensen Ueber die Bestimmung des Planktons, p. 4. Kiel 1887). De mon côté j'ai compté le nombre des tils au centimètre, sur des échantillons que m'a remis M. H.-E. Frech à Lausanne. (Fournitures de meunerie de la fabrique Reiiï-Franck à Zurich.) Par maille. Ouverture. Diamètre. 0.44 mm-. 0.2 mm. 003 0.05 0000 7 fils/cm 000 9 00 12 15 2 21 4 23 6 28 ° 8 35 fils/cm 10 43 12 53 14 55 16 60 18 68 19 75 (2) Pour les pêches verticales, j'alourdis l'appareil en y ajoutant quelques an- neaux de plomb, D; pour les pèches horizontales je les ramène à la densité de Teau en y fixant des morceaux de liège, ou, mieux, des boules creuses en verre. 14 BIOLOGIE L'orifice inférieur est fermé par un carré de gaze à bluter B, fixé par un anneau en caoutchouc, ou lié par une ficelle. La pêche faite, on détache cette toile mobile et on la place dans un flacon, où on la lave à loisir. Autant de coups de filet, autant de toiles mobiles. Lorsque la pèche est abondante, les organismes pressés sur cette toile l'encrasseraient bientôt. Mon collègue H. Blanc, de Lausanne, rem- place la toile tendue par un petit sac de gaze qu'il peut détacher, vider et laver dans un baquet. Un appareil plus perfectionné, mais plus lourd et plus compliqué, est le filtrateur de Hensen (') qui a été remplacé par le filtrateur d'Apstein (^) aujourd'hui très généralement employé. Le filtrateur d'Apstein est un cylindre de bronze, fermé à la partie inférieure par un robinet, et percé latéralement de trois larges fenêtres sui- lesquelles sont tendues des toiles de gaze. Je l'ai employé avec succès et je le recommande pour les pêches verticales. Pour les pêches horizontales il est trop lourd. Hensen qui, le premier, a cherché à évaluer la quantité des orga- nismes flottant dans les eaux, a montré que la pression déterminée dans l'intérieur du filet par les frottements du liquide contre les mailles de la mousseline refoule une certaine partie de l'eau qui aurait dû entrer dans la bouche de l'appareil. Pour diminuer cette perte, il rétrécit l'ouverture du filet en le surmontant d'un appendice conique dont la bouche supérieure par laquelle s'engouffre l'eau est notable- ment plus étroite que le grand cercle du filet. Dans le filet moyen d'Apstein que j'ai employé, le cercle d'ouverture de l'appendice conique a 20^^"^ de diamètre, le grand cercle du cône du filet 40^™. Cette forte largeur étant assez encombrante sur les nacelles où nous faisons nos pêches pélagiques, G. Burckhardt, tout en maintenant au filet la forme de double cône que lui a donnée Apstein, a supprimé le grand cercle de métal de 54'-ni qu'il juge inutile ; le filet se développe librement par la pi-ession intérieure de feau refoulée par l'ouverture supérieure. Je n'ai pas essayé moi-même de ce perfectionnement ; mais le D'' 0. Fuhrmann dit en avoir obtenu des résultats satisfai- sants (■^). (') Loc. cit., p. 7. (-j C. Apstein. Das Sûsswasser Plankton, p. 37, Kiel 1896. (■') 0. Furhmann. Propositions techniques pour l'étude du Plankton. Archives •de Genève, VIII, 560. Genève 1899. MÉTHODES DE PÊCHE 15 Dans les pèches verticales, le filet doit filtrer un cylindre d'eau qui a été traversé par la ligne de sonde à laquelle l'appareil est attaché ; cette corde qui s'agite dans l'eau effraie les animaux mobiles qui s'en- fuient à tire de nageoire et dont bon nombre, les plus agiles du moins, échappent à la pêche. On fera bien, pour obvier à cet inconvénient, d'employer pour ligne de sonde, non pas une corde de chanvre trop grosse, trop visible, mais un fil métallique qui disparaîtra mieux à la vue des entomostracés et des rotateui-s dans les couches profondes et moyennes du lac. Le professeur E. Yung a proposé d'y parer plus complètement en attachant deux filets semblables aux extrémités d'une tringle horizontale de 1.2™ de long, suspendue par son milieu à la ligne de sonde ; ces filets filtreraient ainsi deux cylindres d'eau qui n'ont pas été agités par la corde de suspension ('). Je n'ai pas essayé moi-même de cette méthode, mais elle parait recommandable, quoique probablement assez encombrante. Voici encore un procédé qui m'a donné d'excellents résultats et que je recommande pour l'étude quantitative du plancton. 11 s'agit de tamiser rapidement une grande quantité d'eau renfermant quelques organis- mes pélagiques, le contenu d'un baquet dans lequel vous avez renversé le filet de gaze. Ayez un vase de zinc A (fig. 170), muni à quelques centimètres au-dessus de son fond d'un ajutage terminé par un tuyau de caout- ,,,. 1^^, T, f 1 chouc flexible. Dans le vase A posez un tube (l'ig. 1(0). — Le tamis de i ^'^^'^^- légèrement conique B, également en zinc, reposant par ses rebords sur le vase A ('^). Fermez l'oritice inférieur du tube B par une toile mobile de gaze à bluter C, fixée par un anneau de caoutchouc. Puis versez dans le cylindre B l'eau qu'il s'agit de tamiser. Vous réglerez f écoulement de feau en relevant plus ou moins l'extrémité inférieure du tube D. Si l'eau est riche en organismes, pour empêcher la toile filtrante de s'encrasser, déterminez dans l'eau du vase B un mouvement de rotation à l'aide d'une baguette, les orga- (') E. Yung. Des variations quantitatives du plankton dans le Léman. Archives de Genève, VIII, 363. 1899. ('■^) Dans la figure 170, le dessinateur a négligé de représenter les rebords supé- rieurs du vase B, qui le font reposer à hauteur convenable sur le vase A. ii) BIOLOGIE nismes solides se réuniront sur le centre de la toile filtrante, et Teau s'échappera librement sur les bords. L'opération terminée (en une ou deux minutes je filtre ainsi une dizaine de litres d'eau), je relève le cylindre B, j'enlève l'anneau de caoutchouc et tout le produit de la pêche est réuni à disposition sur ma toile C. Je n'ai pas moi-même mis en jeu les méthodes qui vont cherchei- Teau des couches profondes du lac au moyen d'un tuyau lié à une pompe aspirante, et qui la filti'ent ou la tamisent sur le bateau ou dans le laboratoire. J'ai vu fonctionner une seule fois un tel appareil, le 23 septembre 1897 devant Ouchy, et je n'ai pas été assez satisfait de ses résultats pour le recommander, jusqu'à meilleur avis. Pour la recherche des microbes liabitant les couches moyennes et profondes du lac, on emploie les bouteilles à eau. Les modèles employés dans l'océan sont bien lourds et bien compliqués ('). Dans les petits bassins de nos lacs nous pouvons simplifier nos appareils. J'ai perfectionné celui que j'ai décrit en 1875 Ç^) en profitant en partie des modifications qu'y a apportées le D^' F. Seiler de Lausanne. Voici la forme actuelle de ma bouteille à eau : (fig. 171). Un cylindre en iéuilles de cuivre étamé, de 20*^™ de haut et de 12^1" de diamètre (2 V4 litres de capacité), est suspendu par une anse. Ses faces supérieures et inférieures sont percées d'orifices fermés par des soupapes s'ouvrant de bas en haut; la soupape supérieure est rectangu- laire, à charnièi'e ; la soupape inférieure est une feuille circulaire de cuir ou de zinc arrêtée à un 1 Y2 ^^^ de hauteur par un disque horizontal en métal. Un robinet permet de transvaser dans des flacons le contenu de la bouteille. Un ajutage conique inférieur refoule l'eau dans l'orifice d'en- trée ; un anneau de plomb alourdit assez l'appareil (poids total 2kg) pou[- le faire descendre rapidement dans l'eau (3). (') Voir leur description dans P. Regnard. Recherches expérimentales sur les conditions physiques de la vie dans les eaux, p. 322 sq. Paris 1891. (2) Matériaux pour l'étude de la faune profonde du Léman. II« série, ^ XXVI. Bull. S. V. S. N., XIV, 130. Lausanne 1875. (■■') Constructeur : Louis Henny, ferblantier, Lausanne. o (Fig. 171.) - La bouteille h eau de Forel. JIETHODES DE PECHE 17 C. Organismes de la région profonde. Pour la pèche dans la région profonde, elle se fait au moyen des dragues. Dans des bassins d'eau aussi peu profonds que nos lacs subalpins, dans des lacs où l'on peut choisir son temps de pèche, et ne sortir en chasse que lorsque la surface est calme ou ridée seulement par de légères brises, il n'est point besoin pour les dragages de fond d'avoir recours aux appareils compliqués et dispendieux, nécessaires dans les grandes profondeurs de l'océan. Les dragues dont je me sers sont aussi simples que possible et elles suffisent parfaitement à toutes les exigences de dragages ne dépassant pas 300™ de fond. Ce sont : lo Drague mélaUique. Ma drague consiste en un bidon de zinc, de section ovalaire, de un à deux litres de capacité (fig. 172); le bord supé- rieur doit être tranchant, un peu renversé en deliors ; l'anse, en gros fil de fer, porte une boucle à laquelle on noue la cordelette d'attache. Cette corde, de 2 à ^"^ de long, relie au plomb de sonde la drague et la tire en la couchant siu- le limon, lorsque le plomb est traîné siu" le fond du lac (fig. 173). Cela s'obtient par une ma- nœuvre très simple du bateau, qu'on fait avancer lors- que le fil de sonde est assez déroulé pour prendre une inclinaison convenable, environ 45^ ; quelques (Fig. 172). - La coups de rame suffisent en général pour remplir la drague métallique clraguc ; on peut aider à l'opération en tirant rapide- deForel. .. x- i r ment et avec quelques secousses sur le til de sonde. . (Fig. 173). — Le traiiiage de la drague sur le fond du lac. 2o Drague à fdet. Je prends un l'àteau de fer, le râteau des jardi- niers (fig. 174), de 20cm (^q largeur, à 7 dents de 6^"! de longueur; j'y fixe un cercle de fer portant un filet de mousseline, dans un plan ver- 2 18 BIOLOGIE tical, pei-pendiculaii-enient au manche, au-dessus et à l'opposite des dents. Ce râteau doit être traîné sur le sol ; mais, selon la consistance du limon, il faut pouvoir faire mordre plus ou moins les dents de fer, et pour cela les incliner plus ou moins sur le plan général de l'appareil; j'arrive à ce résultat en remplaçant le manche de bois du râteau, par (Fig. 1741. — La drague à filet de Forel. une tige en gros fil de fer de 25^™ de longueur qui peut prendre une inclinaison conv^enable, et à laquelle j'attache la cordelette de la sonde. Je traine cette drague sur le fond du lac et je la retire bientôt, pleine d'une poussière légère d'organismes vivants ou morts. Le maniement de cette drague à filet est un peu plus difficile que celui de la drague métallique ; le poids plus lourd des dents du râteau maintient parfaitement l'appareil dans une position verticale pen- dant la descente ; mais pendant cette descente il faut avoir soin de faire avancer doucement le bateau alin que le filet s'étale bien, sans s'accrocher aux dents ou au manche du l'àteau ou à la corde d'at- tache. La drague métallique prend des échantillons du limon avec les orga- nismes qui s'y trouvent cachés. La drague à filet, beaucoup plus légère, n'entre pas dans le limon ; elle glisse à la surface et ramasse seulement les animaux nageurs et les poussières vivantes ou mortes, qui sont soulevés au-dessus du sol par les frottements du plomb de sonde, de la corde et du manche du râteau. On y trouve cependant le plus souvent quelques Pisidies, quelques Oligochèt.es, des Nématodes môme, qui vivent enfouis dans la vase. Suivant la recherche que l'on voudra faire, il y aura lieu d'employer l'un ou l'autre des appareils. La drague à filet donne des résultats plus rapides, un plus grand nombre d'animaux vivants ; la drague métal- lique laisse échapper quelques animaux nageurs, mais donne généra- lement un aperçu plus complet sur la population de la région pro- fonde. MÉTHODES DE PÈCHE 19 Les deux appareils doivent être utilisés concurremment pour une •étude entière du sujet. Quelle que soit la drague que l'on emploie, on l'attache au plomb de ■sonde par une cordelette suflisamment longue (de 2 à 5™); lorsque l'on traînera le plomb sur le sol, cette corde se tiendra horizontalement et la drague se placera en position de mordre dans le limon et de se i-emplir de matériel. Le plomb de sonde doit être assez lourd ; d'autant plus lourd que le fil de sonde est plus épais, d'autant plus lourd que la profondeur à ■draguer est plus grande. Je me sers de poids variant, suivant les cir- constances, de 2 à 8^0. Le fil de sonde est d'autant meilleur qu'il est plus mince. Le plus agréable à manœuvrer est certainement un fil de laiton l'ecuit, de un millimètre environ de diamètre (^) ; il est assez résistant pour toutes les opérations des dragages dans nos lacs ; les frottements dans l'eau sont réduits au minimum, et le travail soit du dragage soit de la remontée de la sonde est extrêmement facilité. Mais ce fil, comme tout fil métallique, a le grand inconvénient de faire boucle s'il n'est pas convenablement tendu, et, si l'on tire sur une telle boucle, le fil se casse net. Il faut donc user de précautions attentives pour éviter cet accident, et il serait imprudent de confier des instrunxerjts de grand prix à une sonde en fil de laiton. Je n'ai pas essayé jusqu'à présent pour des dragages le fil d'acier de lord Kelvin (sir William Thomson), qui a si bien réussi pour les sondages bathymétriques et thermométriques des ingénieui's hydro- graphes suisses et français dans nos lacs. 11 a sur le fil de laiton l'avan- tage d'une plus gi-ande ténacité; il a en revanche l'inconvénient d'être facilement oxydable et de nécessiter des précautions spéciales ; il laut ou bien le sécher, après usage, ou bien le graisser attentivement. 11 nécessite une mise en œuvre plus compliquée, des poids plus lourds, un treuil plus puissant, uu équipage plus nombi'eux, un bateau de plus fort tonnage. Le til le plus commode, en ce qu'il est le moins délicat et demande le moins d'attention, est une corde fine en chanvi'e ou en lin. bien (') Le lil de laiton a déjà été employé en 1815 par Ko tzebue. (Entdeckungsreise, 20 BIOLOGIE tordue, et bien goudfonnée. Celle que j'emploie pour mes dragages ordinaires est une corde de 200'" de long('), de 4"^™ de diamètre; elle- est composée de trois torons, de deux fils chacun. Je n'ai pas à décrire ici le treuil sur lequel s'enroule la corde ; il peut être simplitié ou compliqué, au gré de celui qui doit s'en servir C-^). Le pi'olesseur D'' H. Blanc, de Lausanne, a appliqué, en 1884, une méthode très élégante de capture des Protozoaires. 11 descend au fond de l'eau un cadre de bois ; il y suspend quelques plaques de verre qui se couchent à la surface du sol ; il fixe l'appareil par un ancrage conve- nable, et après l'avoir attaché à ime bouée, il le laisse reposer quel- ques jours dans le lac. Les Rhizopodes qui rampent sur le limon se- posent sui- le verre, et, avec quelques pai'celles de vase, y adhèi-ent assez pour n'être pas détachés par les courants d'eau de l'opération du remonter. Les plaques de verre peuvent être placées directement sous le microscope. La méthode est fructueuse et a donné à son auteur d'excellents résultats (•^). Oo Triage du matériel. Les pèches pélagiques au filet de gaze sont parfaitement pures et peuvent être immédiatement étudiées sans autre préparation, ou fixées dans des liquides conservateurs. Tout au plus est-il indiqué parfois de séparer par décantage ou tamisage les gros Entomostracés des micro- organismes, hifusoires, Rotateurs, Diatomées, etc., de plus petite taille. Pour les dragages de la l'égion profonde il y a lieu, au contraii'e, de laver les organismes et de les détacher du limon et des débris morts qui les entourent. Le produit de la drague à filet est en général propre; il a été lavé à grande eau par le courant qui traverse la mousseline- dans le trajet en retour de la drague, et les poussières organiques que le filet renferme peuvent être immédiatement utilisées. 11 n'en est pas de même du limon que ramène la drague métallique. 11 y a lieu de- (1) Quand je veux faire des dragages dans la partie très profonde du lac, j'y ajoute un second fil de 300" de long. O T.I,p.6. (•'*) H. Blanc. Rhizopodes nouveaux pour la faune profonde du Léman. Bull. S.. V. S. N., XX, 91. Lausanne 1885. MÉTHODES DE PÊCHE 21 séparer les organismes de l'argile qui les entoure. Poiu' cela j'emploie deux méthodes, qui l'une et l'autre me donnent de bons résultats, et dont je recommanderai également l'emploi, si l'on veut prendre une connaissance entière du sujet ('). Dans la premièi-e méthode, la plus lente mais aussi la plus sûre, je laisse reposer le liuion dans des auges servant d'aquai'inm ou dans de gi-andes terrines plates, sous une couche peu épaisse d'eau, et je recueille les animaux qui sortent les uns après les autres du limon. Si la températui-e n'est pas trop élevée, cette pèche peut se prolonger fructueuse pendant huit ou dix jours. Les animaux vivants et moi3iles se dégagent les uns après les autres du limon et viennent librement nager dans l'eau, Hydrachnides, Crustacés, Turbellariés, ou ramper à la surface de l'argile. Gastéropodes, Hydres, Frédericelles ; quelques-uns enfin ha- bitant dans le limon lui-même n'en sortent que lorsqu'ils sont malades ou agonisants, Cliétopodes, Nématodes, larves deDiptèi'es. Lorsque dans ces bassins la pêche n'est plus productive, je fais écouler l'eau et je laisse sécher lentement la surface du limon; je capture aloj-s les Pisi- diums et les Ostracodes, en les cherchant à l'extrémité des méandres qui signalent leur marche, sur la surface encore molle de l'argile. Enfm je laisse sécher le limon jusqu'à ce qu'il ait la consistance du beurre ou du fromage, et en le raclant délicatement avec la lame renversée d'un couteau, j'y trouve les vers enfouis dans la masse; je recueille ainsi les larves de Diptères, les Oligochètes et les Nématodes. Cette méthode est lente et peu productive ; tous les animaux qui ont été froissés pendant le di'agage, ou qui sont enterrés trop profon- dément dans le limon, ne peuvent sortir, et sont perdus pour la re- cherche. Mais elle donne de très bons aperçus sur l'habitat et les mœurs des animaux. La deuxième méthode, le tamisage, est plus expéditive et plus fruc- tueuse ; elle donne rapidement une gi-ande abondance d'animaux vivants ou morts; elle fournit en même temps les débris organiques que le limon renferme. Mais elle est plus confuse et ne sépare pas aussi bien les animaux suivant leui- habitat. Le triage se fait à l'aide •de tamis de toile de laiton, montée sur des tubes cylindriques ou coniques en zinc ; le modèle que je préfère a la forme d'un cône tron- qué dont la base inférieure, la plus large, est fermée par la toile métal- (1) F.-À. Ford. Matùiiaux, etc., | V. Bull. S. V. S. N. XIII, 19. Lausanne 1874. 22 BIOLOGIE lique et dont la face supérieure est ouverte (fig. 175). Grâce à cette- forme, le contenu du tamis est rejeté en dedans, dans les mouve- ments du tamisage, et ne se perd pas comme cela arrive trop souvent avec les tamis cylindriques ou évasés en dehors. La toile de mes tamis compte- de 10 à 20 fils au centimètre. Le tamisage doit toujours se faire sous l'eau, c'est-à-dire que le tamis doit plonger dans l'eau (Fig. 175.) -Le tamis parla faco inférieure de sa toile métallique. C'est une condition essentielle de la réussite de l'opé- ration et généralement de toutes les opérations qui se font sur le produit des dragages; si on la néglige, les animaux mous sont froissés et comprimés contre les fils de la toile et peuvent être réduits en bouillie. Si l'on veut obtenir facilement, rapidement et complètement le matériel utilisable d'un dragage, on procédera comme suit: on versera le pi'oduit de la drague dans une terrine, et on le lavera plusieurs fois à grande eau. Cette eau de lavage entraînera la partie la plus molle de la couche superficielle de l'argile, la plus riche en organismes, et son tamisage fournira une abondante récolte. Quant à l'argile plus dense du sous-sol, elle est presque stérile ; si l'on veut y recliercher les organismes qui sont à l'état de fossiles, elle devra être délayée dans de l'eau, à l'aide d'un jet d'eau, avant d'être soumise au tamisage. Asper, de Zurich, a indiqué une ti'ès jolie variante de la méthode du tamisage ('). Au lieu de tamis métalliques, il se sert d'un sac de gaze à bluter; il y verse le limon et l'agite dans l'eau. Le sac d' Asper est beaucoup moins encombrant que les tamis métalliques, et ce pro- cédé doit être recommandé en voyage. Pour le naturaliste station- naire, je préférerais cependant encore l'ancien tamis métallique. En résumé : Si l'on veut séparer les divers groupes de la faune profonde d'après leur habitat, que Ton étudie le limon produit de la drague métallique en le laissant reposer dans des aquariums. Si l'on veut collecter les animaux nageurs, marcheurs, vivant à la surface ou au-dessus du sol, que Ton emploie la drague à filet d'une part, et d'autre part que l'on tamise la première eau de lavage du limon récolté par la drague métallique. (1) G. Asper. Beitrage zur Kenntniss der Tiefenfauna der Schweizerseen. Zool. Anz., III, 130 et 200. Leipzig 1880. MÉTHODES DE PÈCHE 23 Si Ton veut les animaux vivant dans le sol, que l'on tamise à fond le limon de la drague métallique. Si l'on veut les débris organiques, les végétaux, le feutre organique, que l'on emploie les tamis. Pour une étude complète de la faune profonde, il y a lieu de com- biner ces difïérentes méthodes. CHAPITRE III — SOCIETE LACUSTRE DU LEMAN Ces préliminaires établis, je vais aborder l'énumération, la descrip- tion et le groupement des oi-ganismes qui vivent dans notre lac. Avant tout, je donnerai la liste en série naturelle des animaux et des plantes qui appartiennent à la société lacustre, ou qui interviennent directement dans la biologie du Léman. Dans les chapitres ultérieurs, je grouperai ces organismes en sociétés régionales, en faunes et flores distinctes, j'étudierai leurs conditions de vie, leurs mœurs, etc. Ces organismes ont des relations diverses avec le lac; ils méritent des qualifications qui caractérisent ces rapports : A. Espèces établies. Ce sont les organismes aquatiques, adaptés à la vie lacustre, établis dans le Léman où ils passent toute leur vie, dans la série de leurs générations. Ils forment le fonds permanent de la société lacustre indigène du lac. B. Espèces temporaires. Certains organismes n'appartiennent que pour un temps au lac ; dans cette période ils font partie de la société lacustre. Mais d'autres phases de leur vie se passent ailleurs, et alors ils appartiennent à d'autres sociétés. Je citerai entre autres : Les Oiseaux de passage qui traversent l'Europe en venant s'éta- blir pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, dans les eaux du Léman, qui repartent ensuite pouraller poursuivre ailleurs leur vie voyageuse. Les uns sont de passage normal, régulier, les autres sont de passage accidentel, rares ou très rares. Les Oiseaux à migration saisonnière qui habitent normale- ment la terre ferme ou les eaux campagnardes de notre pays et !24 BIOLOGIE viennent seulement en certaines saisons s'établir ou chasseï- sur le lac. Les Poissons migrateurs qui n'habitent le lac qu'en certaines saisons et qui remontent dans les rivières en d'autres temps. Les Insectes aériens à larves aquatiques qui passent la pre- mière partie de leur vie dans le lac et qui, après leur métamorphose, s'élèvent dans les airs. La régularité des migrations de ces espèces temporaires nous engage à les considérer, quelque bref que soit souvent leur séjour dans le lac, comme faisant partie constituante de la société indigène lacustre. C. Espèces erratiques. Nous ti-ouvons ensuite dans le Léman des organismes aquatiques appartenant à d'autres eaux ; ils ont été entraî- nés accidentellement dans le lac; ils n'y meurent pas immédiate- ment, mais y sont dépaysés ; ils ne se reproduisent pas et ne font pas souche. Ces organismes viennent des eaux terrestres, rivières, marais, eaux souterraines ou peut-être d'autres lacs ; ils ne sont pas indigènes dans le Léman. Nous les appellerons espèces erratiques. ■ D. Espèces adventices. Nous avons à citer quelques espèces qui interviennent plus ou moins directement dans la biologie du lac, mais appartiennent à des sociétés tout autres que les sociétés lacnstres, des organismes terrestres, des organismes aériens : l'Homme, par exemple, les Hirondelles, les Chauves-soui'is, etc. Je puis encore citer comme l'en- trant dans ce groupe tous les oi-ganismes terrestres ou aériens dont les cadavres entiers ou fractionnés, les débris végétaux par exemple, les feuilles, sont entraînés par les vents ou par les rivières dans le lac. Ce seront pour nous des espèces adventices ou étrangères au lac. Tout organisme qui vit dans la région circumlacustre peut accidentel- lement arriver au lac, et intéresser plus ou moins la biologie de ses eaux; nous ne citerons que ceux dont l'intervention est fréquente et pour ainsi dii'O normale. L'émunération générale que je vais entreprendre sera traitée avec une entière liberté d'allui-es ; suivant l'intérêt, la nouveauté, les recher- ches plus ou moins approfondies auxquelles elles ont donné lieu dans notre lac, certaines espèces seront décrites plus longuement que d'autres; je m'attai'derai sur les unes, j'expédierai les autres en quel- ques mots. On comprendra facilement la raison de telles différences. Je SOCIÉTÉ LACUSTRE 25 ne fais point ici un manuel systématique de zoologie ou de botanique. Une description détaillée des espèces m'eût entraîné beaucoup trop loin ; une simple liste d'organismes eût été trop sèche, sans intérêt pour moi ou pour mes lecteurs. J'explique ainsi le plan que j'ai choisi après mûre délibération, sans me faire du reste aucune illusion sur les imperfections de sa mise à exécution. Quant à des illustrations, nous ne représenterons pas les espèces vulgaires, banales ou ubiquistes déjà décrites ou dessinées ailleurs, mais nous donnerons la figure des espèces importantes qui sont spé- ciales au Léman, ou qui ont été découvertes la première fois dans ses eaux. Je dois renvoyer aussi, pour beaucoup de détails que je ne puis que résumer ici, à deux ouvrages où j'ai antérieurement publié une étude sur ces sujets. Ce sont : Matériaux pour servir à l'étude de la faune profonde du lac Léman, collection de mémoires rédigés par moi-même et par dix-liuit collègues et amis qui ont bien voulu m'aider pour l'investigation de ces beaux problèmes. Ces Matériaux sont dans les Bulletins de la Société vaudoise des sciences naturelles de 1874 à 1879 ('). C'est encore : Ma faune profonde des lacs suisses, et l'Essai sur la faune profonde des lacs de la Suisse de mon collègue et ami, le prof. D^' G. Du Plessis-Gouret, publiés l'un et l'autre en 1885, dans la même livraison des Mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles (^). Pour ceux qui demanderont une description plus complète des orga- nismes des faunes et flores lacustres, je les renverrai entre autres à l'excellent livre du professeur D^' Kurt Lampert, directeur du Musée royal d'histoire naturelle à Stuttgart (■'). Les détails morphologiques, (1) Pour simplifier les citations ultérieures, j'indique ici les volumes des Bulle- tins de la S. Y. S. N. où ont été publiés les divers paragraphes de mes Matériaux en 6 séries. I'" série, || I-XXTI, Bulletin XIII. pp. l-lfi4, pi. I-III 1874 II« » .. XXIII-XXX, .. XIV, » 97-16(3, 1875 III« » » XXXI-XXXIX, » XIV, . 201-364, » II-VII 1876 IV« » .. XL-XLII. » XV. . 497-53.-), » VIII-IX 1878 V« » >■ XLIII-XLVIII, » XVI. . 149-169, 1879 VI« » » XLIX-L, » XVI, » 313-394, » X-XII 1879 (-) Mémoires de la Société helvétique des sciences natux'elles, XXIX, 2^ livr. Genève et Bàle, 1885. ■('■') K. Lampert. Das Leben der Binnengewi'isser. Leipzig 1898. 26 . BIOLOGIE physioJogiques et biologiques si brillamment exposés avec une com- pétence et une connaissance parfaites du sujet, la i-iche série des plan- ches et figures qui ornent ce bel ouvrage, en font le guide le plus com- plet et le plus sûr aussi bien de ceux qui veulent s'orienter sur ce sujet, que de ceux qui voudraient l'étudier plus à fond. VERTÉBRÉS (i) MAMMIFÈRES PRIMATES L'Homme, Homo sapiens L., n'est pas une espèce essentiellement aquatique; il ne le devient que par ses occupations professionnelles. Les métiers de pêcheur, de batelier, de lavandière, les exercices du bain, etc., amènent bon nombre d'hommes à une vie semi-lacustre, et en feraient presque une espèce erratique dans la faune du lac. Nous n'insistons pas sur cela. D'une autre part l'industrie de l'Homme ie conduit à intervenir dans l'économie du lac ; il bâtit des ports et des quais, il endigue les affluents, il barre l'émissaire, il déverse dans le lac les produits de ses usines, les égouts de ses villes, les cendriers de ses bateaux à vapeur, etc. Toutes ces actions modifient les conditions physiques du lac et interviennent directement ou indirectement dans les faits biolo- giques de ses habitants. Il exerce plus que tout auti"e animal une action puissante sur la nature et les êtres qui l'entoui'ent. Sous ce rapport il doit être rangé dans la classe des espèces adventices de toute société biologique, et nous l'inscrirons dans la classe des espèces adventices de la faune du Léman. C'est dans la race blanche, sous-race indo-germanique, variété gauloise, sous-variété helvétienne et allobroge. que nous devons (1) Nous nous appuierons pour ce chapitre sur la Faune des Vertébrés de la Suisse, par le D'' V. Fatio de Genève, Genève 18(J9àl8'J9; cet excellent traité de faunistique est presque complet, il n'y manque plus, en 19U0, que la seconde li- vraison dee Oiseaux. MAMMIFÈRES 27 faire entrer l'aborigène des bords du Léman. Mais tant d'invasions guerrières ou pacifiques ont amené des sangs étrangers qui se sont mélangés à celui des races indigènes, que nous ne pouvons pas parler de race pure. Nous aurons à revenir plus loin sur ce sujet. CHÉIROPTÈRES Les Chauves-souris insectivoi-es, sans appartenir à la faune lacustre, doivent cependant être citées parmi les animaux qui interviennent dans le cycle de la vie organique des lacs. Gomme les Hirondelles, elles viennent chasser sur le lac les Insectes ailés dont les larves se sont développées dans les eaux. Elles travaillent donc à sortir du lac une partie de la matière organique qui s'y est organisée en forme de matières vivantes. Nous devons les ranger parmi les espèces adven- tices. Le 12 décembre 1887, peu après le coucher du soleil, j'ai vu voleter quelques Chauves-souris sur le lac, devant l'embouchure de la Morge; elles étaient à la chasse des insectes. Plusieurs observations ultérieures m'ont confirmé le fait, qui n'est cependant pas des plus fréquents. Ces Chauves-souris appartiennent certainement à la section des Hydrophiles, ou Chauves-souris fréquentant le voisinage des eaux, représentées dans notre pays par le Vespertilion mou s tac, Ves- peHilio m'ystacinus Leisler, et le Verspertilion de Daubenton, V. Daubentoni Leisler (^). Le D^' V. Fatio a trouvé cette dernière espèce dans les troncs de vieux ai'bres près du lac au Creux de Genthod. INSECTIVORES La Musaraigne d'eau, Crossopus fodïens Pall., vit siu' le bord des eaux, où elle fait de grands dégâts dans les frayères des poissons. Elle est indigène dans notre pays ("). Elle n'est pas indiquée dans les listes de la faune du Léman; je n'ai jamais entendu parler de sa cap- ture dans le lac, mais je ne serais pas étonné qu'on la trouvât à l'état erratique dans ses eaux. (1) F. Fatio. loc. cit., T. I, p. 90 et 94. (2) Ibid., T. I, p. 123. 28 BIOLOGIE ROxNGEURS Le Castor, Castor fibcr L., existait en Suisse à l'époque des palafittes. Rûtimeyer Findique dans les stations de Moosseedorf, de Wauwyl et de Concise. J'en ai trouvé un maxillaire dans le palafitte des Roseaux, à Morges. L'espèce a entièrement disparu de nos con- trées. Le Rat d'eau, Arvicola ainpltibhis L., sous-espèce de A. terrestris L., n'a pas encore été constaté d'une manière certaine en Suisse, tout au moins au bord de notre lac. Fatio (') dit avoii' trouvé au bord de cjuelques courants d'eau des individus de couleur sombre, à pelage inégal, à queue longue, caractères propres à la sous-espèce aynjilnh'ius. 11 est cité par le doyen Rridel dans sa faune du Léman (-) comme fréquentant l'embouchure des ruisseaux. Je ne possède pas d'observa- tions qui justifient cette assertion, comme aussi je n'ai pas de raisons pour la mettre en doute. Etant donné les mœurs aquatiques de ces Rongeurs, nous devons faire entrer l'espèce, qui est plus fluviatile que lacusti'e, dans notre groupe des erratiques de la faune du Léman. CARNASSIERS La Loutre, Luira vuh/uris Evx]., habite au bord des lacs et des rivières ; elle est généralement répandue en Suisse (Fatio) (-^V Elle habite les plages solitaires où elle se nourrit de Poissons (^) et d'Ecrevisses. Ce beau Carnassiei- vient aujourd'hui très rarement jus- qu'au lac. Cependant j'ai noté quelques exemples de captures dans les eaux du lac Léman. M. A. Revilliod en a chassé une au bord du lac, au Yangeron près de Chambésy. Le 2 décembre 1878, il a tué une belle Loutre sous sa (') Fatio, loc. cit., p. 221. Voir aussi : Les Campagnols du bassin du Léman, p. 36. Genève, 1867. (-) Le doyen Bridel. Essai sur le Léman. Conservateur suisse, V, 1-93. Lausanne 1814. (8) Fatio, \loc. cit. p. 26 j I, p. 341. (■*) On accuse la Loutre de manger jusqu'à vingt kilos de Poissons dans ses re- pas d'une seule journée. Diana, II, 95. Berne, 1884. OISEAUX 29 campagne de la Moraine près de S^-Prex ; elle était probablement occupée à pêcher la Gravenche, qui fraie à cette époque à la pointe de Goulet ('). Les divers membres d'une famille de Loutres ont été tués dans le port de Genève vers 1875 ('). A Goppet une Loutre a été tuée dans le lac le 15 janvier 1883 ; elle^ s'attaquait à une famille de Gygnes (■*). M. Puenzieux, forestier cantonal vaudois, cite une Loutre vue dans le lac à Villeneuve, puis à Glaréns; deux jours après elle se laissait tuer à la Tour-de-Peilz(4). Au printemps de 1891, Ch. Bastian, préparateur au Musée de zoologie de Lausanne, a vu une portée de quatre Loutres dans les enrochements du nouveau port d'Ouchy; il en a tué une (°). La Loutre est une espèce aquatique, fluviatile, égarée dans le lac ; c'est pour nous une espèce erratique de la faune du Léman. OISEAUX («) RAPACES Le Milan noir, Milmis niger Brisson, est un oiseau de passage qui arrive dans notre pays vers le milieu de mars ou le commence- ment d'avril, qui repart en octobre C). 11 fait son aire dans une fente de rocher. 11 habite les bois du plateau Suisse, les rochers du Salève. (*) (Communication personnelle. (2) Tribune de Genève, 17 janvier 1883. (•■') Estafette de Lausanne, 18 janvier 1883. (•) Chronique agricole IV, 148. Lausanne 1891. {^) Communication personnelle. Q'>) Pour la classe des Oiseaux, outre la Faune des Vertébrés de Fatio déjà citée p. 26, nous avons consulté entre autres : L.-A. Decker, Mémoire sur les Oiseaux des envii'ons de Genève, 2'' édition. Ge- nève, 1864, suivi d'un appendice d'Edouard Mallct. J.-B. Bailly, Ornithologie de la Savoie. Paris et Ghambéry, 1854. V. Fatio et Th. Studer, Catalogue distribntif des Oiseaux de la Suisse. Berne et Genève, 189-?. (") Cf. Fatio. [toc. cit. p. ^G] II, 49. ■30 BIOLOGIE ir vient pêcher dans le lac les poissons crevés qui flottent sur l'eau, pour les apporter à ses petits, de là son nom vulgaire de Milan pè- c h e u r . Sa première apparition au printemps sur le lac a été notée les : 23 mars 1878 25 — 1879 23 — 1881 21 — 1882 25 — 1883 26 — 1884 30 — 1885 2 mars 1886 24 — 1887 18 — 1891 26 — 1892 11 — 1894 21 — 1896 27 — 1897, etc Dans l'hiver de 1879 une paire de Milans ont hiverné dans notre pays. L'un d'eux a été tué parle comte de Puligny à Fraidaigues, St-Prex ; l'autre a été vu par M. C. Monod sur un arbre de son jar- din à Morges. Pendant ses chasses siu' le lac, le Milan est parfois le jouet des Mouettes; j'ai vu une troupe de ces dernières, le 3 avril 1883, pour- suivre le lourd rapace en tourbillonnant autour de lui, comme le font les Hirondelles qui harcèlent une Buse. Le Milan-pêcheur est un oiseau de passage, espèce adventice de la faune du lac. Ce n'est pas seulement pour la nourriture de leurs petits que les Milans-pêcheurs viennent récolter des poissons sur le lac; le 10 juin 1889, j'ai noté la pêche du Milan qui profitait d'une moilalité abon- dante de Percliettes pour faire bombance au large de Morges. FISSIROSTBES DIURNES Les Hirondelles. L'Hirondelle de cheminée, /:/ù'(o?(/o nisiticaL., l'Hirondelle de fenêtre ou Gul-blanc, Clielidon urbica Boie, l'Hirondelle des rivages, Cotyle riparia Boie, appartiennent à la faune aérienne terrestre. Mais les ravages qu'elles font dans la gent des Chironomes, Tanypes, Ephémères, Peiles et autres insectes dont les larves se développent dans le lac nous forcent à les ranger dans notre catégorie des espèces adventices lacustres. Au moment de la méta- morphose des mouches aquatiques, les Hirondelles les poursuivent activement, soit sur le lac même, soit sur terre ferme, ou les insectes OISEAUX 31 ont émigré. Elles travaillent ainsi directement à débarrasser le lac des matières organisées sous la forme d'insectes. Ces mouches sont emportées sur terre ferme où les Hirondelles en nourrissent leurs petits ; elles sont donc sorties du cycle organique du lac. Les Hirondelles sont des oiseaux migrateurs. Elles arrivent des pays chauds entre le 25 mars et le l^i' avril (') et nous quittent vers le 10 octobre (-). Quelquefois elles sont surprises par un retour de froid (3), ainsi en avril 1812 et le 15 avril 1816(''), ou par un automne trop hâtif: le 30 septembre 1885 il en périt un grand nombre; j'ai compté 80 cadavres de ces oiseaux dans le bassin du port de Morges; à Vevey, on les ramassait à la pelle {^). Plusieurs observateurs croient avoir constaté que le nombre des Hirondelles qui estivent dans notre pays a sensiblement diminué dans les dix ou vingt dernières années. Nous l'attribuons à la chasse infer- nale qui est faite à ces gracieux et utiles oiseaux dans les pays du Midi et spécialement en Italie. PASSEREAUX DENTIROSTRES Le Cincle-plongeu r, Cinclus aquaticus Bechst., vit ordinairement au bord des eaux coui-antes et limpides; il s'y nourrit de Crustacés, d'Insectes d'eau, de frai de Poisson ; il niche sur les berges des tor- (1) Voici la date de l'arrivée des Hirondelles telle que nous l'avons notée à Morges dans les dernières années. 9 avril 1875 1 - 187(3 27 mars 1877 .31 — 1878 31 — 1879 Premiers jours d'avril 188U. 26 mars 1881 4 avril 1882 26 mars 1883 28 — 1884 27 — 188.5 30 — 1886 (■-) Necker. Mémoire sur les oiseaux des environs de Genève. Genève 1864, p. 81. (S) Au commencement de mai 1740, le froid a fait mourir presque toutes les Hi- rondelles qui tombaient par les rues, mortes de faim et de froid. Livre de famille -des Blanchenay, biblioth. Forel. (^) Necker, p. 60. (■"•) Diana, III, 84, 1885. 23 mars 1887 3 avril 1888 26 mars 1889 17 - 1890 15 - 1891 23 — 1892 16 — 1893 27 — 1894 27 - 1895 18 - 1896 24 — 1897 32 BIOLOGIE rents. En hiver il quitte les livières trop froides et descend jusqu'au lac, comme le Martin-pêche.ur. Dans Thivei" de ISO'i, je Fai vu à plu- sieurs reprises établi siu- les rocailles d'empierrement du quai du Château à Morges. C'est une espèce Iluviatile, temporairement lacustre. PASSEREAUX SYNDACTYLES Le Martin-pêcheur, Alcedo lihpida L., Oiseau indigène, solitaire,, nichant dans les berges des rivières, se nourrissant de petits Poissons, et d'hisectes d'eau. Pendant l'hiver il quitte parfois les rivières et vient sur les bords du lac oii on le voit passer comme une étincelle de lapis- lazuli dans son vol rectiligne qui rase l'eau. C'est, comme le Cincle, une espèce fluviatile, temporairement lacustre. ECHASSIERS MACRODACTYLES LaPoule d'eau, GalUmda chloropiis Lath., se plaît dans les roseaux où elle niche, a des habitudes d'un Palmipède, nage fort bien et plonge encore mieux. Elle est de passage sur le Léman vers la fin de mars et en octobre. Accidentellement elle reste en hiver sur le lac; un oiseau isolé a passé l'hiver de 1879 dans le champ de roseaux de Morges. La Foulque macronle, Fidicn atra L., vit dans les roseaux, nage avec aisance et se plait dans l'eau ; c'est un oiseau mauvais voilier. 11 se nourrit de frai de Grenouille et de Poisson au printemps, d'herbages en été, de graines en automne ; sa chair devient mangeable à la fin de l'été. Il est de passage à la fin de mars et en octobre. Les Echassiers de passage dans notre pays, qui peuvent accidentel- lement venir se baigner- ou chasser leur proie dans les eaux littorales du Léman et y apporter peut-être des organismes ou des germes pro- venant de pays étrangers, sont donnés dans la liste suivante. Je l'ai dressée d'après Necker et Mallet('), Fatio et Studer(-) et d'après les notes de quelques ornithologistes de mes amis. Les espèces qui viennent rarement ou très rarement dans notre région sont signalées par une ou deux astéi'isques. (') [loc. cit., Y>. 29] passim. (^) V. Fatio et TIi. Studer, toc. cit., p. 29. OISEAUX 33 Vanneau pluvier Pluvier doré PI u viei'-guignard Pluvier à collier inter rompu Grand pluvier à collier Petit pluvier à collier Vanneau huppé Tourne-pierre à collier Huitrier pie Grue cendrée Cigogne blanche Cigogne noire Spatule Ibis falcinelle Héron cendré Héron poui-pré Héron aigrette Héron garzette Héron crabier Héron blongios Bihoreau G r a n d b u t o r Râle d'eau Piàle de genêts Poule d'eau Bâillon P u 1 e d ' e a u poussin Poule d'eau marouette Poule d'eau ordinaire Foulque macro u le Couidis cendré Charadrius squatarola L. (') Ch. pluvialis L. Eudromias niorinellKS L. Aegialites cantianns Lath. Ae. Inatxcida L. Ae. minor M.-W. VaneUus cristatiis L. StrepsUas interpres L. Hsematopus ostralegus L. Grus cinerea Bechst. Ciconia alba Bechst. C. nigra L. Platalea leucorodia L. Fcdcinelli($ igneus Leach. Ardea cinerea L. A. pur pur ea L. A. egrella Wils. ('^) A. garzetta L. (■') A. ralloides Scop. C"^) Ardetta minuta L. Nijcticorax griseus Strickl. Botaurus stellaris L. Rallus aquat'icus L. Crex pratensis Bechst. Galli7iula pygmea Naum. (•') G. minuta Pall. (^') G. porzana L. (') G. chloropus L. Fulica atra L. Numenius arquatus Cuv. Nota. J'indique dans les notes qui suivent, à côté des noms qui sont connus de nos ornithologistes et chasseurs, les noms les plus récents des derniers catalogues du British Muséum et de la « Hand-list ». Th. Studer, qui a fait le choix entre ces deux publications, parfois assez divergentes, considère les noms qu'il propose comme définitifs. (1) Squatarola Itclvetica L. — C^) Herodias egrelta Wils. — (•') Garzetta garzetta L. — (*) Ardeola ralloides Scop.— (■'') Zapornia parca. — C') Porzana pusilla Pall. — (") Por- zana porzana L. 3 34 BIOLOGIE Courlis coiiieii GoLuiis à bec grêle Barge rousse Barge à nuque noire Barge Terek Bécasse Bécassine Double bécassine Bécassine sourde Chevalier arlequin Chevalier gambette Chevalier aboyeu r Chevalier stagnatile Chevalier cul-blanc Chevalier Sylvain Chevalier guignette Chevalier combattant Bécasseau maubèche Bécasseau violet B. variable B. de Schinz B. cocorli Bécasseau de Temmink Bécasseau minule Bécasseau pectoral Bécasseau platyrhinque Sanderling variable E chasse à pieds rouges Avocette Phalarope hyperboi'é Phalarope platyrliynque Flamant rose N. pliaeopus L. N. tenuirostris Vieill. Limosa lapponica L. L. aegocephala Bechst. Terekia cinerea Giild. Scolopax ruaticola L. Gallhiago scolopacina Bp. Ci. major Gm. Gallinago gallhnda L. (') Totunus fuscns L. T. calidris L. T. glottis Bechst. (") T. stagnatilis Bechst. T. oc]i)'0])>(s L. (3) T. glareola L. ('') Actitis Jn/polencos L. (^) Machetes pugnax L. Tringa cinerea L. ('') T. maritima Brunn. (') T. alpina L. («) T. Scliinzii Br. T. suharqnata Giild. ('') T. Temminkii Leisl. ("^) T. tninula Leisl. (") Tringites rufescens Vieill. Limicola platyrhgncha Temm. Calidris arenaria L. Himantopus riifipes Bechst. Recurvirosira avocelta, L. Phalaropiis hr/perboreas L. Ph. fidicarius L. ('-) Phœnicoptcrus antiquoriim Temm. 0) UjmnocnjiHes gallinula L. — (2) GloUis nebularius Guna. — (») Ilelodromas ochropus L.— (^} Rhyacophilus glareola L. — {^} Tringoides hypoleucos L. — ('>) Tringa canuta L. — (') Arquatella maritima Brûnn. — {>^) Pelidna alpina L. — ('') Ancylo- chilus subarquatas Giild. — ('") Limoiiites Temminkii Leisl. — (i') Limoniies minuta Leisl. — (12) Crymopliiias fulicarius L. OISEAUX 35 PALMIPEDES Les Iianiellii'o.stres sont représentés par : Les Cygnes, au col gi'èle, au bec de largeur égale sur toute la lon- gueur. Le Cygne à bec jaune, Cyoms miisicus Bechst., vient parfois en hiver jusqu'au Léman. Schinz en signale des passages sur notre lac en '176G et 1779 ('). 11 est quelquefois tombé sous le plomb de chas- seurs heureux (-). Le Cygne à bec rouge, Cygne tubercule, Cycmis olorL.,diété inti'oduit à l'état domestique dans le Léman en 1837. Une paire de Cy- gnes apportés de Paris par un conducteur de diligences, logée pendant quelques semaines dans un étang de la campagne des Artichaux à Montbrillant, a été achetée par la ville de Genève. Cette paire a fait pro- géniture et pendant une vingtaine d'années ses descendants sont restés confinés à Genève où ils étaient nourris, et où leurs nichées étaient pro- tégées derrière l'île de J.-J. Rousseau. Actuellement il en est encore de même. Les Cygnes de Genève sont libres dans leurs mouvements; ils cii'culent à leur gi"é, soit au vol, soit à la nage dans le Pdiône, dans le port et dans la rade, mais ils ne s'éloignent guère de ces lieux où ils sont bien nourris, et où ils jouissent des aumônes en pain mollet, de leurs admirateurs. Nous caractériserons cet état en disant que les Cygnes de Genève sont des oiseaux semi-domestiques. En 1858 une paire fut donnée à la ville de Vevey par la ville de Ge- nève. Le mâle devenu veuf quitta Vevey pour venir s'établira Morges; il alla chercher une compagne à Genève; puis le couple nicha et les œufs éclorent au printemps de 1859. Cette famille fut la souche de tous les Cygnes qui peuplent aujourd'hui le lac en dehors de la rade de Ge- nève, qui s'y nouriissent et qui s'y reprodinsent en toute liberté. Ils ont repris leur indépendance et les allures d'animaux non domestiques; ils sont farouches, mais sans être redevenus sauvages. Ils nichent vo- lontiers devant les habitations des liommes et savent fort bien venir mendier du pain. (1) Fauna lielvetica. Neue Denkschr. der sclnv. Nat. Ges., 1, 124. Nenchàtel, 1837. {'^) Deux jeunes ont été tués sur l'Arve le 21 janvier 1S91. Diana. VIII, 184, 1891. 36 BIOLOGIE J'évalue à 150 ou 200 le nombre des Cygnes qui habitent actuelle- ment le Léman. Ce nombre est limité par les guerres intestines entre les différentes familles qui ont pi'is possession des anses, golfes et ports d'habitat avantageux, et qui tuent impitoyablement un intrus qui chercherait à s'y faire place. Ce n'est pas la chasse qui en restreint le nombre. Sans qu'aucune loi s'y oppose, leur chasse ne serait pas tolé- rée par la population qui aime ces beaux oiseaux. Un chasseur qui tuerait ce gibier peu farouche deviendrait la risée de ses confrères. Les Cygnes n'émigrent pas, que nous le sachions, d'un lac à l'autre. Ils se trouvent trop bien sur le Léman pour avoir songé à reprendre les instincts migrateurs de leur espèce. Le Cygne a un grand appétit. Quand iUrouve des œufs de Poissons,, il s'en régale; on évalue à quelque ciuquante mille œufs son repas d'un jour ('). A ce point de vue, fait-il beaucoup de mal sur notre lac ? Je ne le pense pas. S'il détruit quelques milliers d'œufs de Brochet, c'est plutôt un gain pour la gent des Poissons qui sera moins décimée par ce Requin du lac. L'espèce pour laquelle il est le plus nuisible est la Gravenche, qui fraie sous SO''™ d'eau, dans la beine. Les Cygnes nichent sur les bords du Léman au commencement d'avril ('^); on assiste à leurs caresses entre le 5 et le 20 mars; ils pon- dent de 4 à 6 œufs dans un nid de branches et d'herbes. Ils couvent pendant six semaines (3) et les cygnets éclosent vers la fm de mai {^). Les parents soignent leur progéniture avec une tendresse jalouse et le spectacle de la mère portant sur son dos la nichée de ses cygnets est bien connu. Mais autant ils protègent attentivement le premier âge de leur jeune famille, autant ils deviennent barbares et bêtement fé- roces lorsque les enfants ont atteint l'âge d'un an et commencent à revêtir leur livrée d'adulte. Les parents les expulsent de la baie où ils ont élu domicile; pendant tout l'hiver, et surtout au printemps, le lac est le théâtre des poursuites brutales du père qui sans trêve pour- chasse ses enfants jusqu'à ce qu'ils se décident à émigrer. Dans ces batailles de famille on peut constater combien cet oiseau, (1) Diana, VII, 143, 1 889. (2) En 189G M. G. Monod a vu à Morges des Cygnes commencer leur nid déjà le 22 février. (3) Durée de la couvaison : 47 jours en 1878, Cygnes de Morges. (5) En 1893, les Cygnes de Morges ont vu éclore leurs cygnets déjà le 29 mars- (M. C. Monod). OISEAUX 37 si gracieux et si élégant, est vraiment stupide. Un vieux mâle se met à la poursuite d'une bande de quatre, de six jeunes Cygnes d'un an. Per- sonnellement il est plus fort que chacun de ses enfants; mais si deux d'entre eux réunissaient leurs efforts, ils auraient bientôt fait façon de la brutalité paternelle. C'est ce que les jeunes ne savent pas faire; ils se laissent battre individuellement les uns après les autres, et assistent en se mirant coquettement dans l'eau et en nettoyant leurs plumes au spectacle de la violence de leur père dont quelques instants après ils vont être victimes. Est-ce stupidité? f]st-ce respect, poussé jusqu'au martyre, de l'autorité paternelle ? Ces batteries ne sont pas toujours innocentes. En 1868 une famille de Cygnes, deux parents et cinq jeunes, sont partis de Lutry. où la ni- ellée avait eu lieu, pour Ouchy où ils trouvèrent une paii^e de vieux Cygnes, fort intolérants et d'humeur peu hospitalière, leur couvée ayant échoué au printemps. La rencontre fut terrible, et le mâle d'Ou- chy eut bientôt tué le père et la mère de Lutry ainsi qu'un des jeunes, et cassé une aile à deux des autres cygnets. M'"e a. Monod, qui depuis de longues années sui'veille avec intérêt les jeux de ces volatiles, estime que les parents tuent les jeunes difformes. On sait combien les animaux sont en général impitoyables envers leurs congénères faibles, malades ou blessés. Voici en revanche deux anecdotes qui sembleraient prouver chez les Cygnes des sentiments altruistes dignes d'éloges : Un jeune Cygne d'Ouchy avait été blessé dans l'été de 1877 dans une rixe de famille; ses deux ailes étaient luxées en dehors et les grandes rémiges tout ébarbées ; il ne pouvait voler et promenait mélancoliquement son impotence. Je l'ai suivi durant tout l'été, l'au- tomne et l'hiver de 1878 et j'ai constaté qu"il était épargné par ses frères et parents dans les luttes terribles que ceux-ci se livraient entre eux. Je trouve encore sur mes notes mention de lui en octobre 1878. — Autre observation. Un gi'oupe de cinq Cygnes volaient sur le port de Genève; l'un d'eux vint maladroitement heurter les barrières du pont du Mont- Blanc et s'abattre lourdement sur le palier. Un passant charitable releva le pauvre oiseau et le rejeta sur l'eau. Tout meurtri de sa chute, le Cygne avait grand'peine à résister au courant; le voyant en péril, deux de ses compagnons le rejoignirent et se plaçant à ses côtés, le pres- sèrent entre eux et le soutinrent fi'aternellement jusqu'à ce que, la dou- leur s'étant calmée et les forces lui étant revenues, il put se tirer d'af- 38 BIOLOGIE faire tout seul ('). Dans le premier cas charité passive, dans le second charité active. Ces sentiments sont trop rares cliez les animaux pour que nous ne soyons pas heureux de les noter quand nous les rencontrons. Le Cygne est irritable et susceptible; j'ai assisté le 30 mars 1875 à une scène amusante. On venait de passer en couleur la coque d'un bateau à vapeur ancré dans le port de Morges, et le vernis noir bril- la:nt faisait un iniioir assez parfait pour qu'un Cygne y vit son image; il crut y reconnaître un autre Cygne qui le persiflait et il enti'a en fu- reur contre lui. Il gonflait son cou, renversait la tète en arrière enti-e ses ailes soulevées, pirouettait sur lui-même en jetant des regards fé- roces contre le spectre qui l'irritait; de temps en temps il lançait à son sosie un coup de bec et la résistance incompréliensible qu'il rencon- trait réchauffait encore sa colère. Pendant une demi-heure j'assistai à sa rage impuissante et imbécile. Deux heures après je passai de nou- veau sur le quai : la scène ridicule continuait et je crois vraiment que la nuit seule a mis fin à la crise folle de notre vieux rageur. Quoique fort peu intelligents les Cygnes peuvent avoir les passions vives et même montrer des indices d'une corruption vraiment déplo- rable. Les 7 et 8 mai 1877 je voyais un vieux mâle coui-tiser une jeune cygnette qui n'avait pas déposé les plumes brunéUres de sa robe d'ado- lescence et par conséquent n'avait pas encore un an. Pendant deux jours les choses allèrent si loin que ce couple ridicule commençait déjà à construire un nid de branchages sous les murs de mon jardin. Une tempête dispersa ce nid, et je ne pus suivre les incidents ultérieurs de cette aventure grotesque. Le Cygne est ordinairement monogame; exceptionnellement cepen- dant, on constate des cas de polygamie. Ainsi au printemps de 1894, deux femelles de Cygnes, qui couvaient, chacune sur son nid, à quelques cents mètres l'une de l'autre, étaient servies et protégées par le même mâle. Un fait assez étonnant se renouvelait chaque année, alors que les travaux des barrages de Genève n'avaient pas encore régularisé le ré- gime du lac. Les Cygnes établissaient imprudemment au printemps leur nid sur une plage menacée par les vagues, et presque chaque année les hautes eaux de l'été submergeaient et détruisaient leur construc- tion. 11 semble que ces oiseaux n'avaient pas su apprendre dans les (1) Tribune de Genève, année 1887. OISEAUX 39 quarante années que leur famille habitait sur notre lac qu'il y a une crue estivale et qu'ils devaient s'en garer. 11 est vraiment curieux de voir combien l'expérience des générations précédentes profite peu à celles qui les suivent. Est-ce seulement chez les Cygnes que cette remarque est applicable? Tel fut le cas pour une couvée de Cygnes que j'ai pu observer de- vant notre jardin en 1878, et dont les vicissitudes méritent peut-être d'être relatées. Le nid venait d'être construit sur la grève; le 12 avril un premier œuf était pondu, le 24 un sixième. Le nid était situé assez loin de l'eau et semblait à l'abri des vagues ; d'après le régime moyen du lac de 1851 à 1875, le lac n'aurait pas dû l'envahir avant l'éclosion des cygnets. Mais les allures du Léman ont été si étranges en 1878 (^), les eaux ont monté si vite que le nid fut bientôt mouillé par les vagues. Nous vimes alors les Cygnes relever leur aire en y entassant tous les débris qu'ils pouvaient rassembler, et dont nous les fournissions à foison : branches, paille, papier, ils glissaient tout, fort adroitement sous leurs œufs. Malgré tous ces efforts, le lac s'élevait plus vite que le nid, et à chaque passage de bateau à vapeur les vagues, pénétrant à travers la charpente de branchages, venaient baigner les œufs couvés par la mère. Le 27 mai, profitant d'une courte absence des parents j'enlevai un des œufs et je l'auscultai; j'entendis le cri du cygnet (-). L'œuf était vivant, il pouvait être sauvé. Je me mis aussitôt en de- voir de le couver et je le plaçai dans un bain de sable chaud à 40», sous des couvertures (^). Le 28 mai, nouvel incident. Des vagues de vau- daire démolissent le nid, et en dispersent les débris; averti delà catas- trophe, j'arrive à temps pour repêcher à l'aide d'un filet deux des œufs qui flottaient dans le lac à quelque dix mètres du l'ivage. Ils avaient baigné pendant cinq minutes au moins dans l'eau assez froide (10 à 15o); mais enveloppés de linges chauds, ces deux œufs auscultés lais- sèrent bientôt entendre le chant du cygnet; le jeune oiseau n'avait donc pas soufïert trop gravement du naufrage. La couvaison artificielle continua jusqu'au lendemain et j'eus la satisfaction de voii- éclore mes (1) Voyez F.-A. Forel, Contribution à la limnimétrie du Léman. IV» série, | XXII. Bull. S. V. S. N. XVI 641. Lausanne 1879. 'P) Ce cri est fort étrange, très pénétrant ; il montre que le poussin vit déjà dans une chambre d'air et qu'il respire. (3) Chose intéressante : le lendemain malin le sable était refroidi, mais un ther- momètre placé dans la ouate, au contact de l'œuf, s'éleva encore à 35o. Donc le cygnet respirait activement et produisait une chaleur propre assez considérable. 40 BIOLOGIE trois jeunes Cygnes qui se développèrent à souhait sur un étang du voisinage (i). Nos Cygnes du Léman provenant d'une race domestique ont perdu les instincts de la vie sauvage. C'est ainsi qu'une paire de Cygnes se laissèrent prendre par la glace dans le port de Morges dans la nuit du 12 au 13 janvier 1878; on dut briser la couche glacée autour des pauvres oiseaux pour les dégager. Des Cygnes sauvages auraient su, par les mouvements incessants de leurs pattes, éviter cet accident en se gardant une flaque d'eau libre au milieu de la glace qui enva- hissait le bassin C-^). Nous décrirons dans un paragraphe ultérieur l'intéressante varia- tion que nous avons étudiée, depuis l'année 1868, sur les jeunes Cygnes du Léman et que nous avons appelée variété faux albinos. Elle mérite- une étude attentive, trop longue pour être intercalée ici dans notre énumération systématique de la faune du lac. Les Oies, Palmipèdes à bec étroit et haut, qui sont de passage sur le Léman sont : L'Oie bernache Bernicla leiicopsis Bechst. (•^) L'Oie cravant B. torqualaBechat. {^) L'Oie rieuse Anser albifrons Bechst. L'Oie naine A. minutus Naum. L'Oie cendrée A. cinereus Meyer. L ' i e V u 1 g a i r e A. segetum Meyer'. L'Oie hyperborée A. /**y/jer6oreHsPall. (très rare). ("') Le passage des Oies a lieu en novembre à la descente vers le sud, en mars à la remontée. Quelquefois on les a vues séjoui-ner tout l'hiver dans nos eaux. Les Canards, Anatidés à bec aplati, à lames horizontales, qui sont de passage sur le Léman sont : (') Donnés plus tard à l'Abbaye de St-Maurice en Valais, ils ont péri de froid ou de maladie à la fin du grand hiver 1880. (2) F.-A. Forel. Les flaques d'eau libre dans la glace des lacs gelés. Bull. S. V. S. N., XXIV, 272. Lausanne 1898. (*) Braiita leucopsis Bechst — ('<) Branla bernicla L. — (■') Chen hi/perboreus Pall. OISEAUX 41 Le Canard sauvage Le Canard pilet Le Canard chipeau La Sarcelle d'été La Sarcelle d'hiver Le Canard siffleur Le Canard sponsa Le Canard tadorne Le Canard casarka Le Canard souchet Anas boscas L. A. acuta L. (^) A. strepera L. (-) A. querquedula L. (^) A. crecca L. {^) A. ■pencJope L. (•"') A. sponsa L. (•') Tadonia cornuta Gin. T. casarca L. (très rare) (') Spatida clypeata L. Le passage a lieu à la descente en septembre ou octobre, à la remon- tée en mars et avril. Le Canard sauvage, le Pilet et la Sarcelle d'été hivernent souvent chez nous ; le Canard sauvage, le Souchet et la Sarcelle d'été estivent parfois et nichent dans les marais de Ville- neuve. Les Fidlgulcs, avec le pouce bordé d'une membrane, sont plus aquatiques encore que les Canards ; leur régime est piscivore, leur chair peu appréciée. Le Canard si ff 1 e u r h u p p é Le Canard à iris blanc Le Canard milouin Le Canard milouinan Le Canard morillon Le Canard histrion Le Canard garrot Le Canard de Miclon Le Canard macreuse Le Canard double-macreuse La Macreuse à lunettes Le Canard eider Le Canard à tête grise Fidigida rufina Pall. {^) F. nyroca GLild. F. ferina L. ('') F. mania L. (•") F. cristata Leach. Clangula histrionica L. (très rare). CJ. glaucion L. Harelda glaclalis Leach. Oldemia nigra L. (rare). 0. fusca L. 0. perspïcUlata L. (très rare). Somateria mollissima L. S. spectahUis L. (douteux). (') Dafild acuta L. — (-) Chautelasmus streperus L. — (3) Querquedula circia L. — (^) Nettium crecca L. — (•'') Mareca penelope. — (") jEx sponsa L. — (") Casarca rutila Pall. — C*) Netla rufina Pall. — (") Aythya nyroca Gûld. — (i") Aythya ferina L. 42 BIOLOGIE Ces Oiseaux sont de passage régulier ou accidentel; ils viennent du nord en septembre ou octobre, et remontent en mars. Quelques-uns hivernent même chez nous ; on cite le Canard à iris blanc, le Milouin, le Milouinan, le Morillon, le Garrot, la Macreuse et la double-Macreuse. 11 est probable que le Morillon et le Garrot estivent parfois dans noti'e pays et nichent dans les marais. En juin 1885, on a vu un couple d'Eiders nichant aux Pierrettes de Vidy C). Les Harles ont un bec long, conique, denté, terminé en crochet aigu. Ils se tiennent sur l'eau, nagent et plongent avec grande facilité; ils avancent entre deux eaux en ramant des pieds et des ailes ; piscivores ; poly- games. Le grand Harle Mergus merganser L. Le Harle huppé M. serrator L. Le Harle piette M. alhellus L. Ils sont de passage et comme les Canards, descendent vers le sud en automne, pour remonter au printemps. Les deux premiers nichent parfois sur nos lacs. Les Alcidés, à bec court et étroit. Aile courte en forme de sabre; queue courte. Guillemot à capuchon Uria troile Lath. (très rare) (^) Pingouin macroptère Alca torda L. (très rare). (3) Les Pélican idés. Le Pélican, Pelecanus onocrotahis L. est extrê- mement rare ('^). Necker (") en a vu un exemplaire tué pi'ès de Thonon. Les Phalacrocoracidés. Le grand Cormoran, Carho cormoranus Meyer i^') a été aperçu quelquefois sur le Léman. Aux quatre cas cités par (') Diana III, 52. 188-3. (-) Un exemplaire tué ù Morges et un autre à Vevey en 1836. Necker p. 182. (8) Un exemplaire jeune tué sur le lac près de Vevey {Necker p. 152), un près de Villeneuve, Studer et Fatio, 59. i*) Des oiseaux de passage accidentel font des apparitions parfois étonnantes. Tschudi nous parle d'un vol de Pélicans, que l'on a vus au nombre de 130 sur le Bodan en 1768. F. de Tschudi: Les Alpes, p. 79 de la trad. française. Berne 1859. (•') loc. cit. [p. 29] p. 151. C) Phalacrucorax carho L. OISEAUX 43 Necker, je puis en ajouter quelques nouveaux. En décembre 1878, un chasseur de St-Prex a tué un de ces oiseaux (Di' F. Ceresole, Morges). En décembre -J888. un Cormoran a été vu pendant plusieurs jours à la pointe de la Yenoge (E. L ombrai, pécheur, Morges). Le 18 janvier 1890, M. Auckenthaler. d'Ouchy, voit quatre Cormorans et en tue deux. En octobre 1899, un Cormoran a été tué par M. G. Perret, de Noville, à Fembouchure du Grand-canal ('). Les Procellaires ou Pétrels sont de même très rares, et égarés dans la région du Léman. LePuffin cendré Puffinus Kiihlil Boie. Tué près de Morges et dans le creux de Genthod. LePuffin Manks P. anglorum Kuhl. Deux exemplaires tués en 1866 (■-). Le Pétrel hi\ma.v Procellaria gïaciaUsL.i^) Collection.! urine d'Oi- seaux du pays. Le Thalassidrome tempête Thalassldroma pelagica L. tué sm- le Léman Q). Les L.aridés se divisent en trois groupes: les Stercoraires, les Mouettes et les Sternes. Les Stercoraires ont la base du bec recouverte d'une caroncule. Elles vivent de rapines et poursuivent les Mouettes auxquelles elles enlèvent leur butin. Stercoraire pomarin Lestris pomarina Temm. (''^) Stercoraire parasite L. jjarasitica L. (rare). ("') S t e r c r a i r e d e R i c h a r d s n L. Bxiffon t Boie. (•') Stercoraire cataracte L. catarrhactes L. (') (très rare). Ce sont des oiseaux rares sur notre lac. Les Mouettes et Goélands, à bec crochu. Le Goéland à manteau noir Larus mariniis L. Le Goéland à manteau bleu L. argentatiis Brunn. (') Tribune de Lausanne, 14 octobre 1899. ("-) Fatio et Studer, p. 61. (8) Fulmarus glacialis .Li. (*) Stercorarius pomatorhinus Temm. — (") St. parasilicus L. — ('') St.crepidalus Banks. — C') Megalestris catarrhactes L. 44 BIOLOGIE Le Goéland à pieds jaunes L. fuscus L. Le Goéland d'Audouin L. Axidomni Payr. Le Goéland à pieds bleus L. cmms L. Le Goéland ichthyaète L. ichthyaetus L. (très rai-e). La Mouette tri dactyle Bissa tridactyla L. (rare). La Mouette sénateur Pagophila ehurnea L. (très rare). La Mouette sabine Xema Sahïneï Leach. (rare). La Mouette à capuchon X. atricilUnn h. {ivès vdxë). plombé La Mouette pygmée X. mmulum Pall. La Mouette melanocéphale X. melanocephalum'î^lditl. {t. rave). La Mouette rieuse X. ridibundum L. La Mouette rieuse est très abondante toute l'année sur le Léman comme sur toutes les eaux continentales de l'Europe centrale. Le Goéland à pieds bleus est assez fréquent en hiver. Les Goélands à manteau noir, à manteau bleu et à pieds noirs, la Mouette pygmée sont de passage assez fréquent, mais en petites troupes. La Mouette tridactyle apparait parfois en grandes troupes, mais égarées, et chas- sées par la tempête ; Necker en cite des venues en février 4806 et en mars 1818 Quant aux autres espèces qui sont rares ou très rares, j'en citerai quelques captures: Goéland d'Audouin, un exemplaii-e tué à Ouchy par M. Bonjour (Necker). Goéland ichthyaète, un exemplaire tué à Genève en 1848 (Fatio et Studer). La Mouette sénateur, un indi- vidu tué à Ouchy par M. Bonjour (Necker). La Mouette Sabine, tuée sur le Léman en avril 1849 et décembre 1850 (Fatio et Studer) Mouette à capuchon plombé, tuée sur le Léman en automne 1848 (Id.). Mouette melanocéphale, tuée sur le Léman (Id.). La Mouette rieuse est, si nous faisons abstraction du Cygne qui est une espèce impoitée à l'état domestique, la seule espèce d'Oiseaux qui se trouve constamment sur le Léman. La Mouette est indigène; elle y est abondante : c'est par milliers d'individus qu'elle s'y ren- contre, en grands vols de centaines d'oiseaux, en groupes peu nom- breux ou en individus isolés. Peut-on dire que les Mouettes soient stationnaii-es sur notre lac ? Gela ne me semble pas probable. Cet oiseau est trop voyageur, trop entreprenant pour se cantonner délinitivement dans un district aussi OISEAUX 45 restreint. On voit les Mouettes sur toutes Jes eaux, lacs, marais, étangs fleuves et rivières du centre de l'Europe; elles y apparaissent, elles disparaissent pour un temps; elles promènent çà et là leur humeur vagabonde. Pour que l'espèce fût stationnaire, il faudrait que les nichées indi- gènes suffisent à la conservation du chiffre de la population. Quel est à ce point de vue l'état de la question ? La Mouette rieuse niche dans nos climats tempérés. Elle établit sur une plage graviéreuse son nid composé de quelques ramilles enchevêtrées (^). Mais elle choisit pour cela des localités désertes ou peu fréquentées par l'homme ("). Où y en a-t-il encore aujourd'hui de ces plages solitaires sur les bords du Léman? La plaine du Rhône, le delta de la Drance, peut-être les falaises de la Drance '? (■^) Autrefois quand le pays était moins habité, ou moins agité, il en était autrement. M. Charles Forel, de St-Pi-ex, m'a raconté que dans son enfance, disons vers 1830, les Mouettes nichaient régulièrement sur le delta du Boiron, près Morges ; les garçons de St-Prex allaient déva- hser leurs nids. M. Armand Forel a confirmé le fait. Que les Mouettes puissent nicher ou qu'elles nichent parfois chez nous, cela est incontestable. Mais ces couvaisons indigènes sont-elles assez abondantes pour satisfaire à la conservation de la très riche population que nous constatons sur notre lac ? j'en doute ; je crois plutôt, avec Necker et Bailly, à leur insuffisance, et par conséquent à la nécessité d'immigrations de l'étranger pour l'entretien de la popu- lation du lac. J'admets donc que la Mouette est un oiseau indigène ; mais vu son humeur vagabonde, je crois que le peuple des Mouettes du Léman se renouvelle fréquemment par apport et départ des oiseaux qui parcourent l'Europe centrale de la mer jusqu'aux Alpes. Les Mouettes qui ont séjOLu-né quelque temps sur noire lac savent fort bien oi^i elles doivent, en hiver, aller mendier le pain que leur pro- diguent leurs amis, sous les ponts de Genève, sur les quais de Vevey, (1) J'ai vu un de ces nids dans un des bassins du Jardin des Plantes de Paris le 20 mai 1897. (2) Les lies des grands lacs et marais de la Pologne, de la Finlande et de la Suède sont leurs places favorites ; elles y ont de véritables Rockeries, si je puis leur appliquer le terme expressif des grandes plages à nichées des Oiseaux dans le Nord. {«) M. Aloïs Pievilliod m'a dit avoir vu devant la Drance de très jeunes Mouettes, trop jeunes pour qu'il pût admettre qu'elles eussent immigré. 46 BIOLOGIE d'Ouchy, de Morges, de Nyon, au passage des bateaux à vapeur. Les Mouettes fraîchement immigrées sont plus farouches et il leur faut l'exemple de leurs congénères à demi apprivoisées pour qu'elles apprennent à surmonter leur terreur instinctive de l'homme. Les Mouettes sont donc à fa fois des oiseaux indigènes et des oiseaux migi-ateurs à mœurs vagabondes. Mais je ne puis les ranger dans la catégorie des oiseaux de passage régulier. Je n'ai pas su reconnaître d'époque fixe pour leur arrivée ou leur départ (^). Elles sta- tionnent sur notre lac aussi bien au gros de l'été qu'au cœur de l'hiver. Les Mouettes sont piscivores et insectivores. Elles piquent fort allè- grement du bout de leur bec tout insecte qui flotte à la surface de l'eau. Elles se l'assemblent en troupes à l'embouchure des affluents qui transportent un grand nombre d'insectes (-) ; il y en a toujours de grands vols à la Bataillière du Rhône. Avec l'agilité prodigieuse de leurs allures on les voit prendre des Papillons et des Hannetons volant sur le lac. Mais leur alimentation favorite est certainement le poisson, poissons crevés flottant à la surface, poissons vivants (malades) nageant près de la surface; elles plongent mal et ne peuvent pour- suivre les poissons à plus de quelques centimètres sous l'eau. Pendant tout l'été elles trouvent une abondante nourriture sur le lac. En automne déjà elles commencent à jeûner, et on les voit de septembre à décembre aller chercher pâture dans les champs ou prairies,, souvent à plusieurs kilomètres du lac. En hiver, elles sont aflamées. Ce n'est que forcées par la famine qu'elles vainquent leur sauvagerie naturelle et viennent se livi-er à une mendicité fort amu- sante en se précipitant en tourbillons bruyants et agités sur le pain que les âmes charitables leur distribuent à profusion. Sitôt qu'au prin- temps ont lieu les premières métamorphoses des moucherons et que les Poissons reviennent en beine, la nourriture devient abondante; les (1) Neckei- les fait arriver sur notre lac vers le 10 juillet; il ne dit pas quand elles repartent; en hiver il nous arriverait une grande immigration des Mouettes venant du Nord de l'Europe qui hiverneraient dans nos parages, {loc. cit., p.29| p. 154. D'après Bailly, les Mouettes arrivent en petites quantités, vers la mi-aoùt, puis en abondance, de fin septembre à mi-octobre; elles séjournent chez nous jus- qu'au printemps, mars ou avril, [loc. cit., p. 29] p. 320. (-) En mars et avril 1896, j'ai compté les Insectes morts et vivants chai'riés parla petite rivière La Morge, et je suis arrivé à des chitïres de 500, de 1000 et 1200 in- sectes divers par heure , des Coléoptères, Diptères, des Fourmis, etc. C'est par les jours de grand vent que le nombre était le plus considérable. OISEAUX 47 Mouettes s'éloignent des quais et le pain le plus mollet et le plus iippétissant ne sait plus les tenter. Les Mouettes ont une vue pi-odigieusement perçante et à portée très éloignées ; elles sont en même temps très attentives. L'expérience suivante que j'ai souvent répétée en est la preuve. Depuis l'année 1880 environ, ces oiseaux ont appris à suivre en Inver les bateaux à vapeur pour mendier les miettes de pain que les passagers leur prodiguent à plaisir. J'ai plusieurs fois, quand je voyais des Mouettes voler à grandes distances du bateau, à 200™, à 500'" et à l^m, laissé tomber dans le lac un morceau de pain gros comme une noix, en ayant soin de me cacher derrière un écran qui me rendait invisible à l'oiseau pendant que je préparais mon appât et que je le jetais dans l'eau. Jamais je n'ai vu cette proie minuscule échapper au regard aigu de la Mouette. Si je remplaçais le pain par un corps flottant non comestible, un bout de cigare, un morceau de bois, jamais je n'ai vu l'oiseau s'y tromper, et plonger pour essayer d'y goûter. On peut décrire comme suit le plumage de la Mouette rieuse à ses divers âges et en diverses saisons {^) : Jeunes de six mois, en hiver. Maculé de cendré sur la tète, taché de brun ou de noirâtre en avant des yeux et sur l'oreille. Cendré bleuâtre sur le dos et les ailes, avec les petites couvertm-es alaires variées de brunâtre et de roussùtre. Queue blanche, barrée de noirâtre au bout. Bec rougeâtre à la base, noirâtre ou brun à sa pointe, pieds jaunâtres. 2^ année, l^e mue de printemps (avril). Capuchon brun avec quelques plumes blanches. Queue brune à l'extrémité. Les couvertures alaires encore un peu brimâtres et quelques bordures roussâtres qui disparaissent à mesure que la saison avance. 2m e mue. (automne de la 2me année). Plumage de l'adulte. Adultes. Plumage d'automne et d'hiver. Blanc pur, teinté de rose sur la poitrine et le ventre. Tache noire ou noirâtre, en croissant, devant l'œil ; seconde tache plus grande dans la région parotique. Manteau et tectrices alaires cendi'é-clair. Les quatre rémiges primaires blanches, terminées et bordées de noii' sur le bord interne ; la pre- mière a ses bai'bes externes noires. Bec et pieds rouge de laque. Iris brun-foncé. (1) J.-D. Bailly. Ornithologie de la Savoie. IV, 319. Paris, 18.')4. 48 BIOLOGIE » Plumage de printemps. Tète et haut du cou, capuchon brun-noi- râtre, nuancé de l'oussàtre. Rose du ventre plus prononcé, paupières blanchissantes. Bec et pieds teintés de cai-min. — C'est à partir de mars, quelquefois de février et môme en janvier, qu'apparaît cette parure, promesse d'un printemps prochain ('). Les Hirondelles de mer ont les ailes très grandes, aiguës et étroites, se croisant à l'arrière ; la queue est fourchue. Mêmes allures et même vol que les Hirondelles (Hirnudo). On peut citer: L'Hirondelle de mer Tsche- Sterna casjria Pall. (très rare). ('-) grava L'Hii'ondelle de mer Hansel St. anglica Mont. (3) L'Hirondelle de mer Caujek St. cœntiaca Gm. (rare), L ' H i r n d e 1 1 e d e m e r Pierre- St. fluviatilis Naum. Garin L ' H i r n d e 1 1 e d e m e r a r c t i q u e St. arctica Temm. (très rare). La petite Hirondelle de mer St. mhiuta L. L'Hirondelle de mer de Dou- St. DoiigaUl Mont. (rare). gall L'Hirondelle de mer leucop- Hydrodielidon leucoptera Meisn. tère et Schinz. L'Hirondelle de mer moustac H. hybrida Pall. (très rare). L'Hirondelle de mer épou- H. nigraBoie. vantail Ces gracieux oiseaux passent chez nous en descendant vers le midi en juillet et août ; ils remontent vers le nord du 20 avril au 15 juin. Les Hii-ondelles de mer Pierre-Garin et Epouvantail, ainsi que la petite Hirondelle de mer, nichent sur les bords du lac, la dernière aux Drances (Necker, Fatio et Studer). Les autres sont de passage irrégulier et sont rares ou très rares. Les Grèbes ont les pieds à palmature incomplète. On peut citei- sur notre lac : (!) J'en ai noté une, le 16 novembre 1881, qui portait déjà (ou encore) son capu- chon noir. (■^) Uydroprogne caspia Pall. (*) Gelochelidon anglica Mont. OISEAUX 49 Le Grèbe huppé Le Grèbe jou-gris Le Grèbe cornu Le Grèbe oreillard Le Gi'èbe castagneux Pocliceps Ci'istatns L. (^) P. rubricollis Gm. ('") P. aycticHs Boie. (•') P. nigricollis Saud. /*. minor Gm. Les Grèbes huppé et castagneux nichent parfois dans notre pays ; tous passent l'hiver, en partie au moins, sur notre lac. Le Castagneux qui n'est pas chassé, sa fourrure n'ayant pas de valeur, se tient près du rivage, dans nos ports même. 11 arrive ordinairement à la fin d'oc- tobre; la date la plus hâtive que j'aie notée de son apparition chez nous est le 8 octobre 1878. Il niche parfois chez nous. Vers 1850 une paire avait établi son nid dans un étang artificiel, sui' l'emplacement du quai du Château de Morges, alors en construction. (D'" Ferd. Ceresole.) Les autres Grèbes, rendus farouches par la chasse impitoyable qu'on leur fait, ne viennent vers la rive que le soir et la nuit, où ils pèchent le poisson vivant en le pourchassant entre deux eaux(^). Pen- dant le jour ils se réfugient au large. Le Jou-gris est plus rare que le Grèbe huppé. Les Grèbes cornu et oreillard sont rares ou très rares. Le Grèbe huppé, un grand et bel oiseau de 50 à 54cm ^le hauteur, a le ventre et le devant du cou blanc argenté, nacré, d'un éclat splen- dide ; c'est une des riches fourrures de la parure féminine, et pendant longtemps elle a été fort à la mode. Aussi, dans les années 1850 à 1875, cet oiseau a été chassé avec ardeur.' Les équipages de chasse étaient alors montés sur de longues yoles (péniches dans le langage des riverains du Léman) à 4 ou 6 rames, qui parcouraient le lac à la recherche des vols de Grèbes. Que sur les cinquante ou cent oiseaux qui se. groupent en compagnie, l'un d'eux se trouve fatigué, malade, ou alourdi par un trop copieux repas de poisson, au lieu de s'envoler comme ses frères plus agiles, il plonge à l'arrivée des chasseurs ; il est de bonne chasse. Cette chasse est violente. A l'instant où le Grèbe sort la tète de l'eau, un coup de fusil lâché en toute hâte le couvre de gi'enaille et le fait plonger au plus vite ; l'oiseau, qui comprend le péril, prolonge ses plongées pendant les- quelles il nage sous l'eau à force d'ailes et de pattes pour s'éloigner (1) Podicipes cristatus L. — (■) P. griseigena Bodd. — (") P. auritas L (*) Ils sont souvent trouvés noyés dans les filets des pêcheurs. 50 BIOLOGIE autant que possible des chasseurs ; ceux-ci, d'autre part, cherchent à raccoui-cir par un rapide coup de fusil la durée de l'instant déjà trop court où le Grèbe vient respii-er à la surface. L'oiseau se « rase comme un bouchon », c'est-à-dire qu'il ne laisse sortir de l'eau que son bec, par lequel il aspii'e en grande luUe l'air dont il a besoin ; il se cache derrière une bouée ou des leuilles flottant en plein lac, il cherche à gagner le rivage pour s'y masquer entre deux pierres ou derrière un pilotis; il se dirige, s'il le peut, du côté où il voit le lac ridé par une brise pour mieux échapper au milieu des reflets des vaguelettes aux regards de ses persécuteurs. Mais ces ruses n'en excitent que plus les chasseurs; l'oiseau se fatigue, il s'essouffle; ses plongées se raccour- cissent, il se laisse approcher ; un plomb heureux réussit à entrer dans l'œil ou à se glisser sous une plume jusqu'à la tête ou au cerveau, et les chasseurs exténués, éreintés, à bout de forces et d'attention, cap- turent enfin la noble bête qui leur a fait chèrement payer sa vie. La lutte est vraiment difficile et presque égale entre l'oiseau rusé et les chasseurs ardents à sa perte. Bien souvent c'est le Grèbe qui est vainqueur et qui échappe, même au milieu d'une pour- suite commencée. C'est la chasse la plus belle et la plus émotionnante qui nous soit offerte dans nos parages du centre de l'Europe, et tous ceux qui s'y sont livrés dans les splendides journées des lacs calmes d'hiver n'en parlent qu'avec enthousiasme et passion. A partir de 1870, les chasseurs ont frété pour la poursuite des Grèbes des bateaux de chasse à vapeur, le Bayard de M. E. Frossard de Saugy, le Caprlceàe MM. Revilliod et Monod.etc. Est-ce la suppres- sion de la fatigue qui faisait de la chasse dans une péniche à rame un exercice où l'homme devait largement payer de sa personne? Est-ce la disproportion entre la taille de l'oiseau qui est chassé, et celle du yacht et de son équipage? Toujours est-il que depuis l'introduction de la flotte à vapeur établie pour la chasse du Grèbe, ce sport semble avoir perdu quelques-uns de ses plus grands attraits. Les Grèbes du Léman sont particulièrement réputés. Il semblei-ait que quelques jours de bain dans les eaux de notre lac suffiraient à perfectionner sensiblement la beauté du plumage de ces oiseaux migra- teurs ; c'est là du moins l'opinion de tous nos chasseurs et naturalistes. Cette opinion est confirmée par le prix plus élevé que le commerce offre des peaux des Grèbes du Léman. Voici les chifTres qui m'ont été OISEAUX 51 indiqués par un fourreur de Lausanne (Maison Fontannaz) pour les prix d'achat en 1868. On payait une peau de Grèbe adulte du Léman (') 10 à 12 fi-ancs. du lac de Neuchâtel ou des IV Cantons 9 à 11 — du lac de Constance 8 à 10 — du lac de Côme ou du lac Majeur 5 à 7 — de la Mer Noire 2.50 à 3 — Ces chiffres sont plus éloquents que toute description des diverses peaux qui m'ont été démontrées par le marchand de Iburrures. Les Grèbes du Léman ont en somme un duvet plus abondant, le ventre d'un blanc plus éclatant; les bords du venti'e n'ont pas les plumes brunes qui, chez les Grèbes des autres lacs, forment une liseré jaunâtre entre le blanc du ventre et le noir des tlancs du dos. En novembre 1899, j'ai interrogé à ce sujet M'"*? Graul, marchande de fourrures à Lausanne. Elle me confirme le fait que le plumage des Gi'èbes du Léman est plus beau que celui des autres lacs, et a dans le commerce une plus grande valeur ; qiie la différence de prix s'élève à 25 ou 30 7o 61^ faveur des peaux de Grèbes du Léman; que cette diffé- rence de prix se justifie par le plus grand éclat de la fourrure : le plu- mage est plus brillant, plus lustré ; les plinnes du ventre sont plus larges, mieux étalées. Mais la fourrure du Grèbe n'est plus à la mode et le débit en est très restreint ; le prix d'achat des peaux de Grèbes du Léman ne dépasse pas actuellement 2.50 fr. à 4 fi-. On signale cependant une légère reprise- sur cet article, et l'on prévoit que pro- chainement la mode y reviendra. Quelle peut être l'action des eaux du Léman sui- le plumage d'un Oiseau '? je n'arrive pas à le deviner. Les Ploiig^eoii!^ se distinguent des Grèbes par leurs pieds entière- ment palmés. Le Plongeon lumme Colymbus arctu-us L. Le Plongeon imbrin C. gJaciaUs L. Le Plongeon cat-marin C. septentrionalis L. (1) M. G. Monod, de Mor^'es, m'affirme qu'en 1865 les marchands de fourrures ■de Lausanne paj'aient la peau de Grèbe fraîche 15 francs en moyenne. 52 BIOLOGIE Ils arrivent en octobre en petites troupes et passent l'hiver, le plus- souvent isolés, sur notre lac. Ils pèchent le poisson vivant et le poiu"- chassent sous l'eau. En résumé, pour ce qui concerne les Oiseaux, je ne puis considérer- comme appartenant à la faune lacustre du Léman que le Cygne et la Mouette rieuse, et encore dois-je constater l'introduction artificielle du premier en 1837, et les mœurs migratrices de la Mouette qui la font voyager de l'Océan à notre lac continental en faisant des stations sur toutes les eaux dormantes ou courantes qui nous rejoignent à la mer. Toutes les autres espèces d'Oiseaux sont, à des titres divers, erratiques,, adventices ou de passage. REPTILES G H É L N I E X s. Tortue européenne, Cistiido europaea Schneid., de la famille des Paludines, Cette jolie lortue palustre existait autrefois dans la faune suisse. Une carapace en a été trouvée dans les ruines du palafittedeMoos- seedorf, Berne ('). Fatio (^) cite encore les faits historiques suivants: En 1680 J.-J. Wagner l'indique comme abondante dans le petit lac de Weiden, Zurich (^) ; Schinz, en 1837, nous déclare que dans cette loca- lité la Tortue est complètement inconnue. En 1837, F.-J. Nager, _ d'Urseren, en signalait plusieurs trouvailles dans la vallée de la Reuss ( *). Le curé Chenaux, de Vuadens, racontait que vers 1840 une Tortue aurait été trouvée dans les marais de Bouleyres, près Bulle, Fribourg. Du Léman nous n'avons pas d'autre indication que celle du doyen Bridel qui, au commencement du XIX^ siècle, cite la Tortue comme indigène dans les marais de la plaine du Rhône : « On prétend qu'il y en (1) Rûtimeycr. Die Thierreste der Pfahlbauten. Keller,Berichle ûber diePfahlhau- ten, III Bericht. Mitth. Antiq. Gesellsch. Zurich. XIII, ii, p. 41. (2) Falio., loc. cit., |p. 26| III, p. 40 à 43. (•'') J.-J. Wagner. Hisloriae natur. Helvetiae curiosa, 1H80. ('') Schinz. Fauna lielvetica, Nouv. Mém. Soc. lielv. Se. nat. Neucbàtel, 1837^ p. 134. REPTILES 53 quelques-unes près des bouches du Rhône » (/). Aujourd'hui l'espèce semble y avoir disparu presque entièrement; la seule capture qui paraisse se rapporter à un animal indigène est celle que cite Fatio dans ces termes : « En 1859 ou 1860, le notaire Chausson, de Noville, rapporta des marais de Vouvry en Valais, non loin de l'embouchure du Rhône, la plus grande Cistude que j'aie vue dans le pays; elle est maintenant conservée au Musée de Lausanne » (^). D'autre part, à dater de 1845 l'on connaît un grand nombre de trou- vailles de Tortues rencontrées dans notre pays ; Fatio n'en énumère pas moins de 22 cas de 1845 à 1871 ; mais toutes, à l'exception peut- être de la Tortue du notaire Cliausson dont nous venons de parler, paraissent être des faits d'importation. En effet, depuis que les com- munications internationales sont devenues faciles, des colporteurs italiens apportent presque chaque année des panerées de Tortues vivantes; ils les vendent pour quelques sous au public qui s'en amuse pendant un jour ou deux puis les laisse s'évader hors desjardins.il est évident que les transpoits toujours plus fréquents que font chez nous les marchands vénitiens empêchent, pour les cinquante dernières années et pour l'avenir, toute possibilité de juger de l'origine indigène ■ou étrangère des Tortues que l'on a trouvées et que l'on trouvera dans notre pays. Nous croyons que l'espèce autrefois indigène dans les marais €t petits lacs suisses, peut-être alors erratique dans les eaux du Léman, a aujourd'hui entièrement disparu de notre vallée et de notre lac (■*). Ophidiens. La Couleuvre vipérine, Tropidoiot us viperiniis Latv., habite le bord de nos eaux, lacs et rivières. Je n'ai pas à citei- de captures dans le Léman, où cette espèce, palustre ou fluviatile, serait également à l'état erratique. (1) Ph. Bridel. Essai sur le Léman. Conservateur suisse. V 32. Lausanne 1814. (2) V. Fatio.loc. cit. III. 41. fs) La Tortue n'est pas indiquée par G. du Plessis dans sa faune d'Orbe, et n'est par conséquent pas connue actuellement dans les murais d'Yverdon. (Bull. S. V. S. N. IX 639. Lausanne 1868.) 54 BIOLOGIE AMPHIBIENS Batraciens. La Grenouille verte, Rana escidenta L. La plus aquatique de&- Grenouilles, s'avance assez dans le lac pour y être fréquemment pêchée. 11 ne se passait pas d'année sans que j'en visse quelqu'une devant mon jardin ou dans le port de Morges. Cependant elle y est fort dépaysée et ne se tire que difficilement d'afïaire au milieu des grosses vagues du lac. C'est une espèce palustre, erratique dans le Léman. Le 28 octobre 1880, j'ai assisté à une scène étrange et singulière- ment tragique : des Grenouilles se noyaient dans le lac. La rivière la Morge, débordée par des pluies torrentielles, avait entraîné jusqu'au lac une demi-douzaine de grosses Grenouilles ; celles-ci étaient prises dans un vaste remous des eaux, sur le flanc gauche de l'embouchure de la rivière, devant le quai, dans le lac soulevé par de fortes vagues de vent sudois. Les infortunés Amphibiens, surpris par cette agitation de l'élément liquide qu'ils n'avaient jusqu'alors connu qu'à l'état calme d'une mare stagnante, ballottés par les flots entrecroisés du ressac,, jetés parfois violemment contre les murs du quai, cherchaient, proba- blement depuis de longues heures, à échapper aux balancements inac- coutumés des vagues ; repris sans cesse par les orbes du remous, ils étaient toujours refoulés dans le centre du tourbillon.'Mes Grenouilles paraissaient épuisées et désespérées ; parfois elles semblaient s'aban- donner et, cessant pour un instant tout effort natatoire, elles se lais- saient couler à fond. Mais alors l'instinct de conservation les rappelait à elles; elles donnaient un coup de pattes et revenant à la surface aspirer quelques bulles d'air, elles prolongeaient ainsi leur agonie. Dans l'impossibilité où j'étais de leur tendre une perche de sauvetage, au milieu des vagues en furie, j'ai longtemps assisté impuissant à ce nau- frage, et j'ai pu me représenter par cet exemple les efforts désespérés du nageur, de l'homme à la mer, abandonné à la surface des flots, à bout de forces, à bout de souffle, résigné à une mort inévitable, qui AMPHIBIENS, POISSONS 55 renonce à la kitfe et qui se laisse couler; mais sous l'étreinte de l'as- phyxie, quelques mouvements instinctifs le ramènent à la surface, et son agonie recommence et continue jusqu'à ce que l'épuisement défi- nitif arrive implacable, et que le drame obscur et ignoré, mais terrible, prenne sa fin inéluctable. POISSONS Les Poissons du Léman ont été depuis longtemps étudiés par les auteurs. Nous en possédons de nombreuses listes avec des discussions plus ou moins critiques. Nous ne retenons que celles qui sont suffisam- ment originales. Z)i" Levade. Observations et réflexions sur quelques matières médi- cales, p. 148. Vevey 1777. 14 espèces. Razoïnnowsky. Histoire naturelle du Jorat, I, 125. Lausanne 1789. 16 espèces. Le doyen Bridel. Essai sur le lac Léman. Conservateur suisse V. 3i. Lausanne 1814. 29 espèces. L. Jurine. Histoire abrégée des Poissons du Léman. Mém. soc. phys. de Genève. 111, 133. Genève 1825. 20 espèces. R. Blanchet. Histoire naturelle des environs de Vevey, p. 45. Vevey 1843. 20 espèces. G. Lunel. Histoire naturelle des Poissons du bassin du Léman. Genève 1874. 21 espèces. Z)'' V. Fatio. Faune des Vertébrés de la Suisse. Poissons, t. IV et V. Genève 1882 à 1890. 20 espèces. Les études magistrales de Lunel et de Fatio seront les bases prin- cipales sur lesquelles nous fondei'ons notre résumé. 56 BIOLOGIE ACANTHOPTÉRIGIENS. Perciclés. La Perche de rivières, Perça fluviatiUs L. Noms locaux Per- che, Boliat; les jeunes Poissons jusifi'à 12cm de longueur Perchet- tes, Milcantons; de 12 à 20*^™, Demi-Perches (^). Ce Poisson est abon- dant dans notre lac ; il habite pendant l'été la région littorale, en hiver il se retire sur les bords du mont, dans la zone supérieure de la région profonde. La Perche fraie de mi-mars en mai, sur la beine; le nombi^e de ses œufs qui sont très petits est énorme ; on a compté 280,000 œufs dans une Perche de taille moyenne, jusqu'à près d'un million d'œufs dans de grosses Perches (de la Blan chère). Ces œufs sont agglutinés par un mucilage et attachés aux plantes aquatiques. La croissance de la Perche est très lente. Une Perche âgée d'un an ne mesure que 7 à 8''"» de longueur (Perchette) ; à l'âge de trois ans elle est déjà adulte et ne dépasse pourtant guère 15'^m de long (demi-Perche). Les vieilles Perches atteignent un poids maximal de 2 '/i ''^ (J urine) et une lon- gueur de 50 à 55"ii (Fatio). Les Perchettes sont sociables ; elles vivent en troupes, souvent très nombreuses, qui circulent dans l'eau le long de la côte en suivant un guide, le plus souvent la Perchette qui nage en tête, parfois un Poisson d'une autre espèce. Ablette, Vangeron. Les demi-Perches vivent en peti- tes sociétés ; les vieilles Perches sont solitaires ; on les voit longtemps immobiles à l'ombre d'une pierre ou d'un pilotis. Si les Perches adultes se rassemblent en nombre à Tabri des amas de branches que les pè- cheui's ancrent sur la beine (bouquets) pour les attirer, c'est par si- militude de goûts, plutôt que par instinct sociable. La Perche se nourrit de proie vivante : Vers, Insectes, Crustacés, Poissons; elle est trèsvorace et fait de grands ravages dans la gent des petits Poissons à quelque espèce qu'ils appartiennent; mais elle semble encore avoir luie préférence pour les jeunes Perchettes. J'ai trouvé (1) Jurine cite encore le nom de Brandenaille, donné aux Demi-Perches. Je ne l'ai jamais entendu. POISSONS 57 dans l'estomac d'une demi-Perche une grosse Perchette qui avait elle- même mangé, peu avant son trépas, une petite Perchette. Les Perches du Léman ont été atteintes à diverses reprises par une épizootie meurtrière que nous avons appelée typhus des Perches {^). La première apparition connue de la maladie, la plus désastreuse peut- être, a eu lieu en 1867, aux mois de mai et de juin. C'est par centaines de milliers certainement que les Poissons périssaient. Les Perches de tout âge étaient atteintes. Le Poisson malade devenait lent, paresseux, montrait les caractères de l'adynamie, et finissait par mourir sans secousses ni convulsions. Outre quelques altérations pathologiques inconstantes, nous avons toujours trouvé dans les Poissons, que nous avons pu étudier encore vivants, la présence dans le sang de Bactéries de grande taille (4 à 6 ;j- sur 0.5 |j-) en plus ou moins grand nombre; en même temps le sang montrait une altération singulière; c'est la cristallisation del'hématine dansl'intérieur des globules sanguins, sous la forme de cristaux en bâtonnets, rouge foncé, pi-ismatiques, tron- qués aux extrémités, composés parfois de plusieurs aiguilles soudées côte à côte ; ces cristaux mesuraient 12-15 [x sur 2-4 p-. Le même épizootie s'est reproduite à diverses reprises. En mai 1868, quelques cas dans le Léman. En 1873 elle montra les mêmes caractères et la môme intensité qu'en 1867. (-) Dans cette apparition je constatai de même les Bactéries dans le sang de l'animal vivant. La même cons- tatation a été faite en 1882 par le prof. D^" Ed. Bugnion de Lausanne, qui a répété toutes les observations que j'avais pubhées pour les épi- zooties antérieures. Nouvelle épizootie en avril 1892. Ceiitrarcliidés. La Perche-soleil. EKj)omotis(Lepomis) gihhosiisL., d'origine amé- ricaine, a été introduite à Genève en janvier 1898 ; 4000 alevins âgés de six mois, de 2 à 3''», de long, ont été versés dans le lac. Ces Poissons se sont rapidement développés, et au mois d'août de la même année (1) F-A. Ford. Maladie épizootique des Perches. Bull. S. V. S. N. IX 596, Lau- sannel868. — F.A. Forel et G. du Plessis. Etude sur le typhus des Perches. Bull. S. méd. Suisse romande, II. 211. 229. Lausanne, 1868. C^) F.-A. Forel. Enquête sur le typhus des Perches. — Bull. S. V. S. N. XIII. 400. Lausanne, 1873. 58 BIOLOGIE de nombreux exemplaires longs de 8 à 10'=™ ont été pris dans les en- ' virons de Genève (*). Il est à espérer que cette jolie espèce se repro- duira dans notre lac et en enrichira définitivement les eaux. Notons que des Eupomotis, qui nous ont été envoyés en février 1900 par le Di' H. Oltramare, ne mesuraient que 9.5^^ de longueur. Seraient-ils déjà des descendants de la première génération, importée à Genève, ou bien l'espèce ne deviendi'ait-elle pas plus grande? Cottiilés. LeCbabotde v\\\ève, Cotlns gohio L. Noms locaux Cbassot dans le canton de Vaud, Séchot à Genève, Testu ou Grosse-tête, en Savoie. Le Gbabot vit solitaire, blotti sous les pierres ou appliqué sur le sol entre deux pierres. Il n'a point de vessie natatoire; aussi est-il plus lourd que l'eau et il repose sur le fond; il rampe sur les pierres en .s'accrocbant aux aspérités avec les nageoires. Mais qu'une proie se présente à son avidité, il s'élance en nageant comme un trait sur elle et l'engloutit ou l'entraine dans sa cacbette. Son régime est purement ani- mal : Insectes d'eau, Crustacés, frai et alevins de Poissons ; sa glouton- nerie est célèbre. Il passe toute l'année dans les estuaires de rivières ou dans la beine ; en hiver j'en ai souvent vu fuir devant ma pince lors des pèches d'antiquités lacustres. Le Chabot fraie de mars à mai. 11 dépose ses œufs dans une cavité que le mâle creuse sous une pierre, dans le gravier du fond, formant ainsi un véritable nid ; les œufs petits, 2™" cle diamètre, sphériques, assez durs, peu nombreux, 300 à 750 (Fatio) sont adhérents à la pierre, qui forme le toit du nid. La ponte faite, le mâle monte la garde près du nid et protège ses œufs ou ses alevins. Ces derniers vivent d'abord en troupe ; plus tard ils se dispersent. Le Chabot type de Lunel mesurait 13^"^ de longueur. Poids maxi- mal 30 gr. Le Chabot est un Poisson de rivière, établi dans le lac où il est de- venu une espèce lacustre. (1) D' Oltramare. Journal le Genevois. AoVit 1898. — E. Yung. Arcli. de Genève. 1898. VI, 513. POISSONS 59 Malacoptérygiens. Graclidés. La Lotte, Lota vulgaris Cuvier. Nom populaire: Moutèle, M o- taile. Ce Poisson, essentiellement carnassier, se nourrit d'Insectes d'eau, de frai, d'alevins et de Poissons vivants. Il est considéré par les pêcheurs et pisciculteurs comme le rapace le plus dangereux et le plus destructeur des autres espèces de Poissons. La Lotte fraie en février par 60™ et plus de fond. Elle suit la Fera dans sa descente au fond du lac, et va faire de grands rava- ges sur les fi'ayères. En été elle se retire volontiers dans les grands fonds du lac, où on la pêche au fil à hameçon par 200 et 250™ de pro- fondeur. En automne et en hiver elle remonte sur les flancs du mont où elle chasse les Poissons blancs. Ses chasses se font surtout de nuit. (Mo geon, maître pêcheur à Ouchy.) Elle devient adulte à sa 4me année. Son poids maximal dans le Léman n'atteint pas ^^'^ (7 livres, Jurine). Sa chair est très délicate et le foie de Lotte est parmi les friandises les plus recherchées par les gourmets. Nous reviendrons dans un autre chapitre sur les légendes et tradi- tions concernant l'introduction de la Lotte dans notre lac. Cypriiiiclés. La Carpe commune. Cyprinas carpio L. La Carpe d'après Lunel passerait l'hiver cachée dans la vase, et n'en sortirait qu'au piintemps. Cette opinion n'est pas admise par les pêcheurs du lac, qui estiment qu'en hiver la Carpe comme les autres Poissons-blancs, séjourne sur les flancs du Mont. (Mo geon.) Elle fraie d'avril à août dans les herbes lacustres de la beine. La fécondité de la Carpe est énorme ; on a compté jusqu'à 700 mille œufs dans un Poisson de è^«. Elle est omnivore ; elle mange les plantes aquatiques, les Insectes d'eau et les débris organiques de la vase. D'après le doyen Bridel, en 1814, la Carpe du Léman atteindrait un 60 BIOLOGIE poids de i5^s. ; la plus grosse Carpe pesée par Luiiel ne dépassait pas O"*?. Longueur maximale mesurée par Lunel 79''^. La Carpe est abondante à Villeneuve ; le 10 avril 1868 on en a ap- porté de cette localité au marché de Genève un poids total de 1250''^, En fait de belles pêches de ce Poisson, je puis citer celle d'un pê- cheur de Villeneuve (^) qui d'un seul coup de filet a capturé : le 25 avril 1896 600'^? de Carpes et m^'^ de Perches en février 1897 300 — 50 — le 12 janvier 1898 350 — 200 — Les pêches de Carpes étaient assez abondantes à Villeneuve pour qu'autrefois on fit des saucisses avec la chair de ce Poisson pour les moines de la Part-Dieu C-^), qui se condamnaient au maigre pendant toute l'année. (3) En été nous avons presque chaque année la visite de quelques grosses Carpes qui viennent se montrer dans le port de Morges. L'espèce Carpe présente de nombreuses variétés; Lunel cite les sui- vantes constatées dans le Léman. A. La Carpe à miroir. Cyprinus rex cypyhiorum Bloch. B. La Carpe à cuii". C. nudus Bloch. G. La Carpe bossue. C. elatus Bonaparte. D. La Carpe reine. C. regina Bonap. E. La Carpe de Hongrie. C. Inmgaricus Heckel et Knerr. La Carpe, originaire dit-on de Chine, ou tout au moins d'Asie, aurait été introduite dans l'Europe occidentale déjà dans le moyen âge. Mais cette notion de l'origine asiatique de la Carpe avait été sérieuse- ment ébranlée, il y a quelque quarante ans, quand Biitimeyer avait indiqué la trouvaille de débris de ce Poisson dans le palafitte de Moosseedorf, près de Berne, de l'àge néolithique ('*). Ce fait était assez intéressant pour que j'en aie recherché la vérification. Le professeur (1) Ch. Chablais, maitre-pêcheiir, in litt. (2) Couvent de Chartreux, fondé en 1807 par la comtesse Wilhelmine de Gruifère, supprimé en 1848 par un décret du Grand Conseil fribourgeois ; sur les flancs du Moléson. (■') Ch. Dufour, communication verbale. ('') L. Rûtimeyer. Die Fauna der Pfalilbauten. Mitth. der Antiq. Gesellsch. Zurich, XIII, ii, 2, p. 41. Ziirich, 1860. POISSONS 61 D'' Th. Studer, qui possède dans le musée de Berne la collection complète des débris de Poissons trouvés dans les palafittes de Moossee- dorf, de Concise, de Locraz, de Mœrigen, m'écrit qu'il n'y a pas trace de Cyprinus carpio ; on aura probablement confondu avec les écailles d'un autre Cyprinoïde, Ahramis brama qui y est assez fré- quent. Voici du reste la liste des Poissons des palafittes que nous donne M. Studer : (') Esox lucius, le plus fréquent, écailles, os de toutes les stations. Salmo salav (Moosseedorf). Vertèbres. C'est peut-être des os de Trutta lacustris; d'ailleurs l'Aar n'était pas loin du Moosseedorfsee et l'on pouvait y prendre des Saumons. Coregonns Asperi Fatio. Uobenhausen. Ecailles. Squalius cepJialus L. écailles. Abramis brama L. écailles, très fréquentes. Perça fluviatilis L. écailles très fréquentes. Donc, rien n'indique que la Carpe existât en Suisse à l'époque des palafittes et nous n'avons rien à opposer de ce fait à l'opinion très ré- pandue d'une provenance asiatique de ce Poisson qui aurait eu son centre de dispersion dans le Nord de la Chine. En revanclie nous trouvons le nom de la Carpe dans la taxe ofllcielledes Poissons faite à Villeneuve, le 20 avril! 376. (■-) La D r a d e, Ca rass ms a u rat us L. Le P o i s s o n - d o r é, o u P o i s s o n- rouge, provenant de la Chine, échappé des aquariums ou étangs, est actuellement acclimaté dans nos eaux et on le pèche parfois, rare- ment cependant, dans le Léman. C Lunel en cite sept exemplaires péchés dans le lac ou le Pihône de Genève, qui lui ont passé entre les mains. J'en ai vu moi-même un bel exemplaii'e, d'un rouge brillant, dans le port d'Evian, le L4 octobi-e 1879. A fétat de liberté, le Poisson- rouge l'eprend sa livrée naturelle, d'un vert bouteille. 11 fraie en avril ou mai sur les plantes de la beine. C'est une espèce d'importation ac- cidentelle, du fait de l'homme, récente. La Tanche, T'niea vuUjaris Cuv., est peu abondante dans le Lé- man. Elle se plait dans les anses abritées, les ports à fond vaseux et (I) Th. studer. 26 décembre 1898. In litt. (-) Conservateur Suisse, XII, 312. Lausanne, 1829. 62 BIOLOGIE herbeux. Elle fraie de mai à juillet et fixe ses œufs par du mucilage aux plantes aquatiques. En automne elle s'enfoncerait dans ia vase et y passerait l'hiver : ce fait est admis par les pêcheurs du lac. La Tanche atteint un poids de 1.6 à 2.2'>- (.1 urine), 3'^^ (Lunel). L unel cite la capture de la belle variété, connue sous le nom de Tanche-dorée, Tinca auraixi Bloch. Le Goujon, Gohio fluviatUis Cuv., habitant de la beine dans la saison chaude, descend sur les' flancs du mont en hiver. Il fraie en avril sur les graviers de la grève immergée, en fixant ses œufs par du mucilage aux pierres. Le Goujon est insectivore; il se nourrit surtout de larves d'Insectes et de Vers oligochètes qu'il va trouver dans la vase dans laquelle il fouille. Sa chair est très délicate; il est d'un excellent manger, mais n'apparaît guère sur le marché, car les pêcheurs le gardent pour en faire les meilleures amorces pour leurs hameçons. Longueur maximale 17'"'", poids 35^1' (V. Fatio). Autrefois très fréquent, le Goujon a pi-esque disparu de nos eaux. (Mogeon, pêcheur, 1878.) LeSpirlin. Sj)irrr)ins hipunctatus Bloch. Noms vulgaires d'api'ès Jurine :Platet à Genève, Baroche à Coppet. Ce Poisson dont on faisait autrefois une Ablette a été établi par Fatio comme type d'un genre spécial, intermédiaire entre les genres Ahramis et Alhurmis, en raison surtout de sa dentition ('). Son corps, moins effilé que celui del'Ablette, est plus large, pluscourt; ses yeux sont plus grands; il pré- sente une triple ligne de points noirs en dessus de la ligne latérale. Sa l)]us grande longueur ne dépasse pas 12 à 14'''" avec poids moyen del5^'i'. C'est plutôt un Poisson de rivière. Dans le lac on le trouve générale- ment à l'embouchure des ruisseaux. Le Spirlin fraie en mai dans les eaux courantes. L'Ablette. Alhunius liicidiis (Heckel). Noms vulgaires: Sardine, F» on d ion, B la n chef. Blanchaille, Naze, Bezeula, Mirandelle, Gribouille. Cette jolie Sardine, comme on l'appelle à Genève, vit dans la beine en élé, en hiver à mi-Mont; elle fraie en mai et juin sur les plantes littorales ; elle est insectivoi'e, omnivore. Elle est utilisée par les pêcheiu'S comme amorce pour leurs hameçons. (') Fatio, loc. cil. [p. 26] IV, I, 389. POISSONS 63 L'Ablette atteint un poids de 30 à 35^i', une longueur de 21'^^'". Elle est fort abondante dans notre lac, le plus abondant des Poissons littoraux. On recueillait autrefois les écailles de l'Ablette pour la fabrique des fausses perles (J urine). Je ne sache pas que cette industi-ie soit en- coi-e actuellement représentée dans notre pays. Il est un fait intéressant de fascination, queje dois citer ici à propos des Ablettes. Lorsque nos pêcheurs cherchent des Poissons vivants pour amorces de leui-s liameçons, ils parcourent le port de Morges, en bateau, armés d'une ti'ouble, (coiffe de filet portée sur un cercle de fer et emmanchée), et d'une rame ; quand ils arrivent près d'une troupe d'Ablettes, ils frappent l'eau d'un coup de rame en faisant passer la pelle au-dessous des Poissons; ceux ci s'affolent, montent à la surface et se laissent prendre dans la trouble. C'est un cas piesque analogue dont j'ai été témoin le 13 septembre 1877, quand j'ai vu un Cygne pêcher des Poissons vivants ('J. Un Cygne poursuivait des Ablettes sous le pont du débarcadère de Morges; ces Poissons ont des allures si vives que d'un coup de nageoires ils au- raient pu, semble-t-il, échapper à leur majestueux persécuteur. Mais non ! les Ablettes menacées semblaient affolées ; au lieu de s'en- fuir à distance ou de s'enfoncer rapidement, elles montaient à la surface, comme paralysées, elles donnaient quelques coups désor- donnés de nageoires, et l'Oiseau les gobait l'une api-ès l'auti'e : en quelques minutes, je l'ai vu en prendi-e ainsi une demi-douzaine. Le Cygne, comme le pêcheur à la trouble, exercent évidemment ce qu'on appelle la fascination, c'est-à-dire déterminent par leur attaque vio- lente une émotion, un effroi, qui paralyse la volonté de la victime; celle-ci, désorientée, éperdue, ne sait plus faire les efforts très simples qui l'emporteraient hors de laportéede son ennemi ; au lieu de s'enfuir, ce qui lui serait très facile, elle s'abandonne à l'attaque et se laisse prendre. LeRotengle. Scardinius erytlrrophtahmis L. La Raufe des Ge- nevois et des Vaudois, la P 1 a t e ou P 1 a t e 1 1 e des Savoyards, le P 1 at e r o n des Veveysans, est i-emarquable par la beauté de ses couleurs, l'élégance de son corps élevé et compiimé; l'obliquité de la bouche et la position reculée de la nageoire dorsale le distinguent des autres Cyprins, dont il (') J'ai vu de nouveau le même fait à Genève le 2 octobre 1894. 64 BIOLOGIE a du reste les mœurs. Habitant la beine, il fraie de mai à août autour des plantes d'eau ('). Il est trèsvorace. omnivore et herbivore; sa chair est peu estimée, molle et à odeur de vase. La Raufe atteint rarement l''^ de poids ; longueur maximale 30'"'". Abondante autrefois dans les fossés de la ville de Genève, elle fréquente de préférence les eaux tranquilles, ports de Morges, d'Ouchy, golfe de Villeneuve, etc. Le Gardon. Leuciscvs rudlua L. Le Vangeron ou Vengeron des Vaudois et Genevois, le Blanchet des Savoyards d'Evian, la Raufe des gens de St-Saphoiin, le Fago des gens de Lutry, atteint un poids maximal de 1^^- (Lunel) y.2^s seulement (Jui-ine) 750^''' (Fatio). Régime omnivore, chair peu succulente. Mœurs des autres Cyprins : entre volontiers dans les estuaires des rivières, et en remonte le cours. Il fraie en beine, en avril et mai. Sa fécondité est considérable; L unel a compté plus de cent mille œufs dans une femelle. 11 devient adulte de fort bonne heure; J urine dit avoir trouvé des œufs mûrs dans des Vangerons de 6'^"Kle long. Le C h e V a i n e, Squcdius cephalus L. Mœurs des autres Cyprins. Fraie en avril et mai sur les pierres des embouchures de rivières. Très vorace, omnivore et Carnivore, s'attaque même au Poisson vivant. Il est par- fois pris à l'hameçon amorcé par un Chabot ou une Loche. D'après les pèclieurs de Morges et Ûuchy, le poids maximal ne dé- passerait pas 2^^'. Ju ri ne va jusqu'à 4 à 6 hvres 2 à S^e ; Lunel jusqu'à 3-4'^^'. Le doyen Bridel en 18L4, leur donnait jusqu'alors (!). Leur longueur peut atteindre 50 à 60"" (L unel). Le Chevaine est le plus grand de nos Poissons blancs. Le Vairon, Plioxbms laevls Ag. est un Poisson de ruisseau ou de rivière qui arrive accidentellement au lac. Je le tiens pour une espèce erratique, quand on le rencontre dans les eaux lacustres. Ses noms populaires dans notre pays seraient, d'après Jurine, Véron, Aneron, Gremollion, petit-Saumon, Lebette, Grisette. Longueur maxi- male IL'", poids maximal 15"'\ (1) En 1877 il a frayé dans le port de Morges dès les premiers jours d'avril. POISSONS 65 Acaiitliopsidés. La Loche franche, Cohitis barbatula L., a des noms vulgaires en i^rand nombre : Dormille, bai'omètre, moustache, petit barbot, gremill iette, motaile de ruisseau. C'est un Poisson de rivière. Est-il erratique dans le lac? L u nel dit oui. Les pécheurs d'Ouchy et de Morges disent non. Ses mœurs sont à peu près celles du Cha- bot. 11 est probable que comme celui-ci, mais moins fréquemment que lui, il descend parfois dans les estuaires et de là entre accidentellement dans le lac. Saluioiiîdés. Corégones. Ce genre de Salmonidés est très répandu dans nos lacs subalpins du nord des Alpes. Dans la plupart il y a une, deux ou trois espèces qui sont spéciales à ce lac ou qui ne se rencontrent aussi que dans les lacs voisins. Il n'y a pas de genre de Poissons qui soit aussi polymorphe que les Co- régones. Tandis que la plupart des espèces de Poissons d'eau douce sont remarquablement ubiquistes et se retrouvent avec les mêmes ca- i-actèi'cs spécifiques dans toutes les eaux, lacs, étangs, rivières, etc.. ■montrant à peine quelques variétés (la Carpe p. ex.), les Corégones va- rient assez pour qu'on en ait décrit des formes spécifiques dans cliaque lac. Je trouve dans Fatio(') Ténumération de 24 formes, espèces ou s(jus-espèces indigènes des lacs suisses et savoyards; je donne ici les noms vulgaires C-^) : JJodan, Blaulelchen, Gangfisch, Balchen, Kilchen: Zurich, Albeli-Blauling, Haeglig, Bratfisch, Blauliug. Walensee, Albeli-Blauling, Felchen. Zong, Albeli-Albock, Balclien. Pfaeffikon, Albeli (C. S u Iz e l' i). Grelfensee, Albeli (C. dispar). Balldegg-Hallwgl, Ballen (C. baUeoides). Sempac]i, Ballen (C. Suidteri). \ 'ÀîinWiî (Fig. 17 1). — La Gravenche, Coregonùs hieiytalis, Jurine, d'après une planche de Lunel. Les dimensions maximales de la Gravenche sont : longueur 3-4,5''", poids 500.^' (Lunel, Fatio), 750^ (Ramuz, pêcheur à Morges). Elle est donc notablement plus petite que la Fera. La Gravenche fraie en décembre sm- le fond graviéreux de la beine, et surtout aux emjjouchures de livières, Venoge, Aubonne, Drance. Quant à ses mœurs dans le reste de l'année, ce sont celles de la Fera." La Gi'avenche montre cependant plus de résistance que la Fera à la captivité en réservoir, où elle peut être gardée pendant des semaines et des mois. Comme la Fera, et malgré ses excin-sions en beine à l'épo- que du frai, la Gravenche appartient à la faune pélagique. D'après V. Fatio et H. Goll(')la Gravenche, autrefois abondantedans le Léman, serait en dimimition sensible. t*) H. Gnll. h^'- tHvrier 1900 in lilt. 70 BIOLOGIE La grande Marène, Coregonus maraena Bloch. GeCoi'égone oi'igi- nairedeslacs dePrusseaété introduit dans le Léman en 1881 : 5000 ale- vins reçus d'Allemagne et élevés dans le réservoir de Pvoveray par AL H. Chatelanat ont été versés dans le lac; 9000 alevins de même pro- venance ont été mis au lac en 1882. En Allemagne, ce poisson atteint 8 et lOi^^' de poids et 1,3'" (!) de longueur. En sera-t-il de même dans les eaux moins riches en nourri- ture du Léman? Toujours est-il qu'à partir de 1890 les pêcheurs ont appoi'té aux marcliés de Lausanne et de Genève des Feras des Alle- mands, se distinguant des Feras ordinaires pai- un corps plus trapu, des formes plus arrondies du dos et du ventre, des écailles plus grosses, et une teinte d'un jaune rougeâtre, ressemblant parfois à celle des Car- pes ; leur poids était déjà de 1 à 1 V-2''^' e» 1891. (H. Goll.) (') En février 1900, M. Goll m'écrit que la Marène est relativement très abondante dans le marché aux poissons; elle atteint le poids de 1 Vj à 2i 03 53 o t2 o ri •CD ri ci; o C •p s \ ci "3 -p / , O m •o s; 1=1 -^ •O __, ^ CD o p- •CD O 2 :2 œ S S ri ^ 5^ ai P S X X Ci; •q:> X £ S ci O VI CD 7^ o X X CD p < a; Oj '•^ T3 p4 « O o ^ ri <— ) 1 ' r" _5 p s 1 co f "3 w s ^ ï Si +1 c 5 O P s s: tD X 5: fcC rH <-i eu '" o \ o o 1 := CD 5 5 O X o g 1 à "rt o -tJ ^ 3 o 13 .2 5îi ^8 'E, o c x CD CD ■ph T-l 2 CD p S H 's o r^ CD a:) 73 '^ o o •cfj C 53 C 'p g 'S 1 ^ 4-J OJ n 'O '^ i'^ c ~-,^ co ' w ^' ^ 1^ -O 'H- 53 o -Ç ï o' •CD 3 c S p-l •cr. •^ •p \ ?:: ; 1 f^; \ '-^ Ci 1 p ^' -.1') r- , CD = Qj CD Cj © w s ■si Vj ::= 5 r-. o 3 ri "S X "r! X r'i X il 1'^ o; CD OJ 1 P- -P X O o c o v. CD X 0) c 5b r2 ri ■~r CM o CP C p .2 •p 1 d f o o o â £:2 o o '-^ O ci X >< ~ O y. lïi C!0 ri n-) ■ ^' X ■- o ci ■^ — g CD CD CD o "c — o ^-^ 1— C OJ X O "3: ^ 'P >-> 2 Q c y. y. •CJ 'ô Zi. c; ri S CD P ri 1 K K ~- S »>; eu Q z H p^ > C tL: c^ Tti BIOLOGIE qu'ils proviennent de tentatives d'acclimatation. L'un de ces poissons- mesiirait 45'''» de long et pesait 665gi'ammes.(') Pour faciliter à nos pêcheurs la distinction entre les quatre espèces. de Corégones indigènes ou importés dans le Léman, je donne ici le résumé de leurs caractères d'après Fatio. (Voyez tableau page 71.) L'Ombre commun, Thumallus vidgaris Nilsson, Ombrette des pécheurs. C'est plutôt un Poisson de rivières, où il passe l'hiver et fraie d'avril à mai ; mais il se rencontre parfois dans le lac. Autrefois assez fréquent, il a presque disparu aujourd'hui, d'après les pêcheurs d'Ouchy. 11 atteint un poids del''8'. 11 est insectivore; sa chair est excellente. L' Omble-chevalier, Salvelinus umhla L. Ce superbe Salmo- nidé atteint une longueur de 70 à SO^m (3 pieds d'après le doyen. Bridel)et un poids maximal de 7 à 8i*8-(10'^s d'après Mo geon,pêcheur à Ouchy, 25 à 30 livres d'après J urine). 11 vit en plein lac, comme la Truite, et comme elle, il poursuit ses chasses jusque dans le littoral; il est piscivore, et se pèche aux fils amorcés de Poissons vivants. 11 fraie en janvier et février dans des localités caillouteuses, oiTiblièresd'Yvoire(-) par 60m f\Q fond ('*). D'après les pêcheurs d'Ouchy, les filets à Fera,, posés à 200 et 300™ de fond, en février prenaient fréquemment des Om- bles chargés d'œufs ou de laitance. C'est un excellent poisson; d'après les gourmets, le meilleur des Poissons du lac. Le Saumon commun. Sahno Salar L. Divers essais d'introduc- tion de cette espèce étrangère à notre lac ont été tentés (^), en 1852 et 1853 par les D''« May or et Duchosal de Genève, en 1857 etl863 par Aua;. C h a v a n n e s de Lausanne. (1) Voyez la description de Fatio. loc. cit. [p. 50] V. '.281». (2) T.I, p. 140. (S) En 1888 on a noté le fait extraordinaire que sur les omblières d'Yvoire l'Om- l)le avait fraj^é dans les mois de juin, juillet et août. H. Lunel. Arch. Genève, XX,. 305. 1888. (■*) G. Lunel. p. 127. POISSONS id Un cet-tain nombre de jeunes Saunions ont été péchés à diverses repi'ises. En 18(59, des Saunions qui ne pesaient que 375 à 400^ ont été apportés à Aug. Ghavannes qui les tenait pour des produits nés dans notre lac et descendant des Saumons introduits l'2 ou 15 ans aupara- vant. (1) Le 10 mars 1882, on a péché dans les pêcheries de l'Aubonne un bâ- tard de Saumon et de Truite qui a été étudié par Th. Studer et J.Goaz de Berne. Le poids de l'animal était de 2500^^. Sa longueur de 69'"', sa hauteur de 12,5'''". C'était un mâle. (-) La Truite, Saliuo larustris L. Toutes nos eaux, aussibien les riviè- res et les ruisseaux que les fleuves et leslacs hébergent ce beauetnoble Poisson. Ses variétés ont été séparées par les auteurs en espèces diver- ses ; ainsi par exemple Gtinther dans le Gatalogue des Poissons du British Muséum (^) distingue la Ti-uite des ruisseaux, la Truite du Léman, la Truite de Rapp (dans le Bodan), la Truite lacustre (dans les lacs Autrichiens). Mais une étude critique des formes et variétés de ces Poissons a amené les natiu-alistes suisses à la réunion de toutes les Truites de notre pays dans une seule espèce appelée par .1 urine Salino trutta,'pd.v Lu ne\ Trutta varlabUts, ji-àvF a.tio Sahno lacustrisL. Gette espèce est très polymorphe. Ses couleurs varient depuis les teintes les plus pâles jusqu'au noir, en passant par le verdàtre, le bleuâtre, le violet; les tachesou macules qui ornent sa peau sont parfois du vermillon, de l'ocre jaune, du bleu, du violet ou du noir. La taille diflére dans des proportions importantes d'une variété à l'autre. Il y a dans ces faits de coloi'ation et de taille des différences indivi- duelles, d'autres sont temporaires ou transitoii'es; les unes sont dues aux eaux dans lesquelles séjourne l'animal, les autres à la profondeur plus ou moins grande à laquelle il stationne. En général, moins l'eau est profonde et plus la lumière est vive, plus les couleurs du Poisson sont foncées, brillantes et riches. D'une autre part plus le bassin où la Truite vit est étendu,' plus elle se développe, en une variété de grande taille. (1) Bull. s. V. s. N., X, 340. (2) Prof. D'' Th. Studer. Beschreibung eiiies Salmoniden ans dem Genfersee am 10. Miirz 1882 dem naturfiistorischen Muséum in Bern eingesandt. (3) Catalog of Fishes of the British Muséum. T. VI, p. 79. Londou 1S6G. 74 BIOLOGIE Fatio distingue parmi les Truites de nos eaux deux formes, l'une petite, /*or ma minor, la Truite des ruisseaux, le Salmo farïo des auteurs, l'autre grande, forma major, la Truite des lacs, qu'il divise en variétés rhenana, Lemani, meridionalis et excelsa. La variété du Léman présente les caractères suivants : Tète forte, œil petit, maxillaire dépassant le bord postérieur de l'œil. Livrée plus ou moins tachetée. Vomer de forme et de dentition particulières. (^) A côté de cette Truite normale et féconde on trouve dans le Léman, comme dfins la plupart des lacs subalpins, une Truite stérile, dont les glandes génitales sont plus ou moins atrophiées, la Truite bleuâtre ou argentée. Ses formes sont plus élancées, sa tête plus conique, son pédicule caudal plus allongé ; sa chair est rose ou saumonée, sa taille plus faible que celle de la Truite normale. Les analogies avec le type du Saumon sont frappantes. Aussi nombre d'auteurs attribuent-ils cette forme au produitd'un croisement entre l'espèce Truite et l'espèce Saumon, le produit vm mulet étant, comme c'est le cas en général, stérile. Cette opinion est fortifiée par le iait que les Truites argentées n'ont pas été vues par J urine au commencement du XIX^ siècle, et qu'elles n'ont été signalées dans le Léman que depuis l'importation dans notre lac du Saumon vers 1850. Cependant, d'autres arguments trop longs à développer ici, empêchent d'adopter sans réserve cette interprétation qui doit encore être soumise à une discussion ulté- rieure. Quant à la chair saumonée, ce ne sont pas seulement les Truites stériles qui ont cette particularité, si fort appréciée parles gourmets; elle apparaît accidentellement chez des Truites parfaitement fécondes, sans qu'elle soit du reste signalée par aucun caractère extérieur. On ne connaît pas avec certitude les conditions de sa pi'oduction, qui est attribuée pai' les pêcheurs à l'abondance des Crevettes, Gammaras, entrant dans le régime de la Truite. Tandis que la Truite des. ruisseaux reste toujours de petite taille, peut-être parce qu'elle émigré dans les lacs sitôt qu'elle prend des dimensions trop grandes pour les creux des rivières où elle stationnait dans sa jeunesse, la Truite des lacs peut devenir énorme dans les grandes eaux de notre Léman. Lunel en a vu une de 15'^^ avec longueur maximale de 1,1"^ ; il signale de plus un squelette de Truite (') Voir Falio. Poissons, II, 349. POISSONS /o conservé au Musée d'histoire naturelle de Genève qui mesure 1,31m de longueur. J u rine, après avoir constaté que dans les quinze dernières années (avant 1815) la plus grosse Truite pèchée dans les nasses de Genève ne dépassait pas 32 livres de 18 onces (17,6*^?), indique cepen- dant comme poids maximal 36 livres, soit 19,8'^fc'. Il y a loin de là à la Truite historique de 62 livres envoyée en 1663 de Genève à Amsterdam dans les flancs d'un énorme pâté ('), et aux Truites légendaires de Grégoire de Tours qui pesaient un quintal. (') La Truite fraie noi'uiale aient en octobre ou commencement de no- vembre, dans les rivièi'es et cours d'eau. Pour cela elle sort du lac; elle entre dans les petits affluents, Aubonne, Venoge, Promenthouse, etc., mais surtout dans le fleuve affluent, le Rhône du Valais, et dans le fleuve émissaii-e, le Pvhône de Genève. 11 est intéressant de constater combien les instincts anadromes de ces poissons les font au.ssi bien remonter contre le courant d'un fleuve glaciaire aux eaux limoneuses €t froides, ou descendre le courant d'un émissaire lacustre aux eaux tièdes et limpides. 11 est vrai qu'à deux kilomètres aval de Genève, ils trouvent dans l'Arve, à supposer qu'ils y arrivent en évitant les nom- breux pièges et nasses qui leur sont tendus de tous côtés, les eaux glaciaires qui semblent le mieux leur convenir; mais si réellement les Truites savent se mettre à la recherche des eaux de l'Arve en tra- versant celles du Rhône genevois, il y a là bien plus qu'un fait d'in- stinct, mécanique et impulsif, j'y vois une manifestation spontanée d'une intelligence active, curieuse et aventureuse. Leur sortie du lac commence déjà en avril et mai, mais n'atteint son maximum d'activité qu'en été; la rentrée au lac commence à partir du 20 octobre et dure jusqu'à fin décembre. Jurine nous donne en tableau le nombre des Truites pochées de 1802 à 1807 dans les nasses de Ge- nève; j'en tire les chiffres exti-êmes et moyens qui nous offrent des notions intéressantes sur les allures de ces migrations temporaires. (1) « Anno 1663 Genevae Traita LXII liln-arum capta uti à'jXfjZX'f^z ^ à'jTOTT'.aTOÇ mihi retiilit, quae opère pistorio côndita Amstelrodamum missa fuit. » J.-J. ]yagner Historia iiaturalis Helveticae cariosa p. 220. Zurich 1680. (2) « In lioc stagno (Leinano) ferunt tructarum piscium magnitudinem usque ad «entum librarum pondéra trulinari ». Divi Gregorii archiep. turonensis « De gloria martyrum ». Cap. de Sancto Mauricio et sociis. BIOLOGIE Minimum. Maximum. Moyenne, 6 34 16 4 10 7 9 15 12 <2 22 14 20 27 23 38 58 48 26 169 70 t28 75 46 52 210 112 96 231 181 237 484 321 100 206 144 76 Mois.. Janvier Février . . . . Mars Avril Mai ,Tuin ..... Juillet Août Septembre . . . Octobre .... Novembre . . . Décembre . . . La Truite, quand elle séjourne dans le lac, vit surtout dans la l'égion pélagique où elle poursuit les troupes de Feras ; ses chasses l'amènent aussi dans la région littorale ou dans la région profonde. C'est un Poisson pélagique, accidentellement littoral ou profond. Dans sa jeunesse, la Truite est insectivore; elle happe les Insectes aériens qui rasent la suiface de l'eau; elle se nourrit des Crustacés et Insectes d'eau nageurs dans le lac. Adulte, la Truite est Carnivore et se nourrit de Poisson vivant. £soci<1és. Le Brochet, Esox luciiis L. Le plus grand et le plus fort des carnassiers du lac, atteint une longueur de 1.3"^ et un poids maximal de 15 à 16'^§^. (') 11 se noun-it de Poissons, Grenouilles, Rats d'eau ; il s'attaque même à FHomme. C-^) Le Brochet h'aié en beine de févi-ier .à mai. (1) Un Brochet de 1.35'" et de lô^'^i a été pris le 23 juin 1891 dans le port de Ge- nève (Journal Le Genevois). Brochet de 22 livres, 18 juin 1897, à Nyon. Brochet de 23 livres, le 2() juillet 1877, à Allanian. Brochet de 25 livres, le 5 juin 1897, à Vidy. ("^) Je n'ai jamais entendu citer une attaque de ce genre dans le Léman. Mais le fait suivant a été raconté par les journaux, il y a une vingtaine d'années. Un jeune garçon qui nageait devant les bains publics de Neuchàtel fut mordu à la cuisse par un gros Poisson; les traces des dents firent supposer que ce devait être un Brochet. (Bull. soc. se. nat. Neuchàtel, 1876, X, 148.) POISSONS 77 Le Bi'ochet est le plus vorace des PoissoDs d'eau douce. 11 détruit une ■quantité énorme d'autres Poissons. Voici les chiffres qui indiquent les poids, en grammes, de quelques espèces de Poissons d'eau douce dans les premières années de leur âge. (<) 1 AN. 2 ANS. 3 ANS. 4 ANS. 5 ANS. Carpe . . • 18 80 500 750 1200 Tanche . 10 60 285 410 - Truite. . 15 80 300 400 500 Brochet . 50 600 '2000 4000 6000 Au même âge, le Brochet acquen-ait un poids dix l'ois plus fort que celui d'une Truite. Des pêcheurs estiment que le Brochet mange deux fois son poids de Poissons en une semaine; d'autres prétendent que ce qu'il dévore en un jour égale son propre poids. Paul Regnard nous apprend que le Brochet consomme trente kilogrammes de Poissons pour augmenter son propre poids d'un kilo.(") C'est beaucoup. Mais est-ce bien à nous Hommes à faire à ce Poi.sson des reproches sur sa gloutonnerie, nous dont les plus modérés mangeons, quand nous sommes adultes, 7 à 8 fois notre poids de nourriture par an, sans compter les boissons dont nous consommons plusieurs hectolitres dans le même temps. Comme terme de comparaison, je considère l'alimentation de l'Homme enfant, dans sa première année. Il augmente de 15ï par jour; pour cela il ab- sorbe 950- de lait, dont 11 %, soit lO^s' de substances solides et 89% d'eau. Donc pour augmenter d'im kilo, l'enfant doit absorber 7'"^'' de substances solides, ou 63 litres de lait. Nous sommes presque aussi Yoraces que les Brochets. En 1886 et 1887, vers la fin de uiai, il a régné chez les Brochets du Léman une épizootie meurtrière qiii en a fait périr im grand nombi'e de tout âge et de toute taille. Le prof. H. Blanc, de Lausanne, a étudié cette maladie; (•'^) il l'attribue à l'envahissement de l'animal vivant par des Champignons qui se développent à l'extéi-iein^ sous forme d'une mousse blanche, Saprolegnia ferax ou Achlia proliféra. Le parasite 4>agnant les branchies amène peu à peu l'asphyxie du Poisson. (') A. Peiipion. Traiti'' de pisciculture. Cité par la Revue scientifique. X, (S8, Paris 1898. (2) Loc. cit. [p. lG],p. ;.)4. (8) Bull. s. V. S. N. XXIir, 33, Lausanne 1888. BIOLOGIE Muréiiidé.s. L'Anguille., Anguilla vulgark Flem. Ti'ès rare clans le Léman; y existe cependant à l'état de nature. Dans le cliapitre où nous tfaiterons de l'importation des Poissons, nous ferons l'histoire complète de l'in- troduction de l'Anguille dans noti-e lac. Pour le moment, bornons-nous à dire que nous avons des récits authentiques de pêches d'Anguilles dans les temps anciens, disons jusqu'à la moitié du XiX^ siècle. Ce Poisson y était qualifié de rare ou très rare. Mais à partir de 1865 le- nombre des captures s'est considérablement accru, et l'Anguille y est devenue moins rare ; quelques individus sont péchés chaque année ; pour mon compte j'en ai vu plusieurs. Cela provient d'un apport arti- ficiel d'alevins d'Anguille dans un étang de Fernex, mis en communi- cation avec le lac, ainsi que nous le raconterons plus tard. Indépendamment de cette introduction artificielle et voulue, FAn- guille existait donc dans le lac à l'état de nature. La chose était-elle possible, étant connu les mœurs anadromes du Poisson, et f isole- ment presque absolu de notre lac '? On sait que l'Anguille descend à Ja mer pour frayei' devant l'embouchure des tleuves dans les grands fonds et que falevin remonte les l'ivières en mars et avril. Comment cette montée ai-riverait-elle jusqu'au Léman. Est-ce par le ruisseau le Nozon qui se partage à Pompaples entre les deux ruisseaux abou- tissant l'un au Léman l'autre au lac de Neuchâtel? Etait-ce par fancien canal d'Ehitreroches qui a joint laVenoge au lac de Neuchâtel de 1640 à 1829 '?(^) Est-ce par la perte du Rhône, le Poisson rampant sur les rochers pour franchir le rapide'? La rareté des individus qui exis- taient autrefois dans le Léman correspondait avec les difficultés d'une introduction dans le lac par des procédés aussi étranges; nous n'a- vons pas à faire intervenir pour expliquer ce fait la malédiction de St-Guillaume, évèque de Lausanne (Guillaume de Champvent, 1274- 1302) qui chassa publiquement et à perpétuité les Anguilles de notre lac. (-) (') J. Ogiz. Revue historique vaudoise. III, 204, 1895. (2) Felicis Matteoli doctoris, tractatus de exorcismis. Francofurtis MDXIIC^ p. 385. POISSONS, INSECTES 7^^ L'Anguille vit dans la région littorale, cachée entre des pierres ; elle atteint dans notre lac 1,1^'^ de long, et 3^^ de poids. (Lunel.) En résumé nous connaissons dans le Léman en fait de Poissons : A. Espèces lacustres indigènes ou dont l'introduction par immigration- ou par importation est de date inconnue, en tous cas très ancienne. 14 espèces: La Perche, la Lotte, la Carpe, la Tanche, l'Ablette, le Ro- tengle, le Gardon, le Chevaine, la Fera, la Gravenche, l'Omble-Cheva- liei', la Truite, le Brochet, l'Anguille. B. Espèces Jluviatiles indigènes à l'état erratique dans le lac : 6 es- pèces : Le Chabot, le Goujon, le Spirlin, le Vairon, la Loche, l'Ombre. C. Espèces étrangères importées par l'homme intentionnellement ou accidentellement dans les époques récentes, disons dans le XlXe siècle; 6 espèces : la Perche-soleil, le Poisson doré de la Chine, la Marène, le White-Fish, le Saumon, l'Anguille. L'Anguille parait dans nos deux groupes : espèces lacustres indigè- nes, car il y a quelques cas authentiques de pêche de ce Poisson venu dans notre lac par les voies naturelles ; espèces étrangères im- portées, car il y a eu évidemment une introduction artificielle en grand des Anguilles de l'étang de Fernex. La faune ichthyologique du Léman est pauvre en espèces, mais intéressante à plus d'un titre. Nous y reviendrons. ARTHROPODES INSECTES La classe des Insectes est essentiellement aérienne; avec les Oiseaux et les Arachnides, ils sont les animaux les plus complètement liés à la vie dans l'air soit par leurs allures, beaucoup d'entreeuxont la. faculté de voler, soit par leur respiration trachéale qui implique la pé- 80 BIOLOGIE nétration de Fair en nature dans l'arbre respiratoii-e. 11 y a cependant des exceptions, et les Insectes aquatiques sont assez nombreux. Je signalerai : Parmi les Coléoptères pen tanière s, la tribu des Hydro- c a n t h a re s (g. Dytlsciis, etc.) et la tribu des H y d r o p h i li e n s (g. Bi/drophUus, etc). Parmi les Coléoptères cryptomères. la tribu des Donaciens dont les larves sont aquatiques, les Insectes parfaits aériens i-estant près du riv^age. Parmi les H é m i p t è re s la famille des H y d r o c o r i s e s, avec les Notonectes, Nepiens, Le p top odes, nageurs sous l'eau, et les Veli ens marcheurs sur la surface de l'eau. Parmi les N é v ro p t è r e s et les Diptères, im grand nombi'e d'In- sectes sont aquatiques à l'état de larves, aériens à l'état parfait. Nous citerons parmi les P s e u d o - n é v r o p t è r e s : les L i b e 1 1 u 1 i e n s, les Ephémériens, les Perliens, les Hémérobiens; parmi les Né- vroptères : les Phryganiens; parmi les Diptères: les Culi- ciens, les Chironomidés et les Tipulidés. Si la liste des Insectes aquatiques est assez longue, il n'en est pas de même de celle des Insectes lacustres. Peu d'animaux de cette classe peuvent se plier aux conditions de vie dans un grand .lac; nous n'avons dans le Léman à citer que trois espèces qui, à l'état parfait, appartiennent à notre faune établie. En revanche, nous trouvons dans la vase, et surtout dans la vase de la l'égion littorale, un grand nom- bre de larves de Névroptères et de Diptères. Ces larves y fourmillent parfois, s'y développent en nymphes, mais les Insectes adultes sortent de l'eau pour terminer leur cari'ièi-e dans l'air. Quelques-uns de ceux-ci échappent au bec des Oiseaux ou à la dent des Chauve-souris; ils dé- posent leurs œufs dans le lac et leur descendance suit les mêmes cycles que les générations précédentes. Malgré leurs migrations à cer- tains de leurs âges, ils n'en sont pas moins des espèces établies de la faune lacustre. Ajoutons que ces larves aquatiques des Insectes du Léman sont insuffisamment étudiées, et qu'elles offiiront certainement bien des faits intéressants à qui voudra s'y consacrer. A côté de ces espèces établies, qui passent toute leur vie dans le Léman ou qui n'y accomplissent que quelques-unes de leurs métamor- phoses, espèces qui sont le plus souvent représentées par un nombre INSECTES 81 considérable d'individus, nous avons les espèces erratiques et les espèces adventices. Des Insectes étrangers au lac, qui y arrivent seu- lement à l'état de cadavres et qui servent de nourriture entre autres aux Mouettes, participent comme espèces adventices à la biologie du lac; nous n'en parlerons pas ici autrement que pour dire combien leur nom- bre est considérable. J'ai compté en avril 1896 le nombre d'Insectes noyés dans la rivièi-e la Morge qui sont transportés par heure au lac. Ce sont surtout des Fourmis, des Diptères et des Coléoptères. 432 Insectes par heure. 22 avril 16 heures 432 23 — U — 888 26 — 12 — 742 27 — 12 — 1176 28 — 12 — 1224 Nous indiquerons seulement les principales espèces erratiques que nous avons rencontrées dans le Léman, Insectes aquatiques des eaux campagnardes qui sont venus s'égarer dans le lac. Coléoptères. Orlchtoch'dus villosiis Lacovd. de la famille des Gyrins, (Coléoptères pentamères) est abondant sur le lac, dans la région littorale. J'en ai récolté des cinquantaines d'exemplaires soit sur la chaîne d'un bateau ancré près de l'embouchure de la Morge, soit dans une cabine de bois sur pilotis, dans les bains publics de Morges (Juin 1 891). Haemonia appendiculata Panzer {H. equiseti Fab.), de la tribu des Donaciens (Coléoptères crypto-pentamères). J'ai trouvé ce bel Insecte de 1869 à 1875 dans le lac, devant Morges (^), sur les rameaux de Po- tamots submergés, sous 2 à 3™ d'eau, à 50'" du rivage. Il était à l'état adulte, marchant sur ces rameaux auxquels il se cramponnait avec ses six pattes armées de crochets. J'avoue que cet Insecte a toujours été pour moi un problème vivant. 11 n'est absolument pas adapté à la vie aquatique; il ne sait pas, il ne peut pas nager, il ne peut que marcher sous l'eau. Peut-il respirer sous l'eau ? il faut le croire, car il ne vient pas respirer à l'air. Je l'ai, observé pendant longtemps dans des bocaux et aquariums, jamais je ne l'ai (1) Plus exactement devant les tanneries Reymond et le jardin Monod. 82 BIOLOGIE VU montef à l'air renouveler sa provision de gaz respirable. Je l'ai tenu emprisonné sous l'eau par des toiles métalliques qu'il ne pouvait fran- clîii-; il n'en souffrait aucunement. Au contraire, si je le sortais de l'eau, il était fort gêné, et sitôt qu'il était séché, il mourait. Aurait-il adopté la respiration aquatique? Je n'ai pas vu trace de branchies. Nous avons donc là l'anomalie d'un insecte parfait, à ailes dévelop- pées, à formes et organes du type aérien le plus normal, incapable de nager, fort maladroit et fort empêché dans sa marche lente sous l'eau, insecte qui vit et respire sous l'eau, et est tué par le transport à l'air. Malheureusement,depuis l'année 1875, malgré des recherches attentives, je n'ai plus retrouvé cet Insecte dans la seule station où je l'avais constaté, et pai' conséquent, j'ai dû interrompre les observations et expériences qui m'auraient amené peut-être à l'explication du mys- tère ('). Le Prof.-Di' Ed. Bugnion a étudié cet Insecte qu'il avait trouvé en novembre dans la Glatt, à Wallisellen, sui' les rameaux de Potaniogeton perfoUatnm (juin 1873); (") en plus que moi, il a reconnu que la larve pompe l'air renfermé dans les cellules des plantes aquatiques au moyen de deux crochets chitineux qu'elle porte à l'extrémité de l'abdomen et auxquels les deux troncs trachéens. principaux aboutis- sent; l'insecte parlait court sur les plantes submergées, entouré d'une couche d'air. Renouvelle-t-il cet air à la surface? Bugnion ne peut l'affii'mer (•''). Parmi les Coléoptères erratiques trouvés accidentellement dans le lac, je puis citer : Hiidropoi'us septenti'lonaUs, sous les galets, au bord du lac. D^' Adr. D u m u r. ■ Agahus ynaculatus L., un seul exemplaire devant mon jardin, à Morges, 1880, F.-A. F. HijdrophiUis plceuf; Latr., près de Morges, 1896, F.-C.-H. Forel. Dytiscus )nargïnalïs Latr., péché devant mon jardin, à Morges, le 27 février 1883. (1) C'est probablement VHaemonia equiseti que le doyen Bridel cite dans la faune du Léman soîis le nom de Leptura aquatica. Cette espèce doit donc être plus abondante sur d'autres parties de la région littorale. (-) Actes de la Soc. lielv. Se. nat., Scliaffliouse 1873, p. 56. {^) Ed. Bugnion, 15 février 1900, in litt. INSECTES 83 HÉMIPTÈRE; Sigara Lemani Meyei'-Dïirr ( '). Ce joli Insecte nageur de la tribu des Notonectes, voisin des Corixa. vit sur les pierres de la grève, sous un ou deux décimètres d'eau. Au printemps, par "un beau jour ensoleillé et calme, c'est par milliers qu'on le voit nager sur la grève immergée du lac. 11 est complètement adapté à la vie lacustre; non seulement il nage avec rapidité et aisance, il se fixe aux pierres et herbes aquatiques, mais encore il respire l'air dissous dans l'eau. 11 ne supporte même pas le transport à l'air, et sitôt qu'il a passé quelques minutes desséché sur un morceau de papier buvard, il périt d'asphyxie. En lait d'Hémiptères palustres ou fluviatiles ti'ouvésà l'état eri'atique dans le Léman je n'ai à citer que Ranatra Unearis L. capturé deux fois à Morges et au Boiron près St-Prex. Gerris lacustris L. que j'ai vu à différentes reprises nageant tout effaré dans les eaux littorales, soit devant mon jaixlin, soit dans le port de Morges; il était vivement poursuivi par des Poissons qui ne tar- daient pas à le happer. PSELTDO-NÉVROPTÈRES. Les Névroptères sont assez richement représentés dans notre faune lacustre par les larves de nombreuses espèces. Nous citei'ons : Les larves de diverses espèces d'Ephémériens, qui marclient libre- ment, en agitant leurs branchies dorsales, sur le sol. dans la vase, et sous les pierres de la région littorale (-). Une larve fort curieuse de la Sizrjra fusea/a, parasite des Spongilles du port de Morges (1878). Cette lai've aux allures et à la forme étrange, qui a été prise pour un Annélide par Gr ube et décrite sous le nom de (1) La description de cette espèce n'a pu être retrouvée dans les œuvres de Mej'er-Dûrr ; mais une carastéristique très complète est donnée dans F. -X.Fie- ber, Die Europâischen Hemiplera. Wien, 1861, p. 89. Elle est probablement de la plume de Meyer-Diirr. (-) J'ai trouvé une seule fois, en plein lac. le 28 avril 1875, une larve d'Epliémère •nageant à la surface à un kilomètre de la rive, devant Morges. 84 BIOLOGIE Branchitoma spongillae,Siété. reconnue par Brauer (Neiiroptera aus- triaca) pour appartenir au genre Sizyra, placé entre les Osmyla et Hemerob'nts, tribu des Hemerobiens, famille des Névroptères planipen- nes. J'en ai trouvé une bO^ d'exemplaires en 1878 dans les Spongilles du port de Morges, quelques-unes sur les Spongilles du débarcadère de Morges en dehors du poi't. Depuis lors je ne l'ai plus revue. NÉVROPTÈRES. La tribu des Phryganiens apporte à la faune lacustrequelques larves.. Les unes, espèces à fourreaux mobiles, vagabondes, des genres Phry- ganea, Hydroptila et genres voisins, sont isolées, peu nombreuses; sauf deux espèces de Phryganea et la Sialis lutaria L., ce que j'en ai vu ne me permet pas d'en faire autre chose que des espèces erratiques dans la faune lacustre. En revanche, d'autres larves, d'espèces à fourreaux fixés aux pierres et bois de la région littorale, sont en nombre énorme. Ce sont incon- testablement des espèces établies dans le lac. Je n'en ai reconnu qu'une seule espèce; il y en a probablement plusieurs. Le Tinodes^ lurida (1), belle larve verte de 8 à 10»im ([q longueui*, tisse un fourreau soyeux serpentiforme, fixé sur les pierres de la beine jusqu'à2à3"' de fond. J'ai élevé de ces larves et j'en ai obtenu les insectes parfaits qui ont été déterminés par R. Mac Lachlan, de Londi-es. J'aurai à en parler plus longuement loi'sque je traiterai de la question des galet» sculptés. D'après mes élèves en aquarium et mes observations en nature (en 1877-79) la ponte des œufs aurait lieu en juin et juillet; les œufs éclosent au bout de 10 jours; l'Insecte vit à l'état de larve pen- dant l'automne, Fhiver et lepi'intemps: il se métamorphose en nymphe- vers le milieu de mai et en insecte parfait vers le milieu de juin. Diptères. Les Diptères sont très abondamment représentés dans le lac. Non- pas par la famille des Guliciens ou Némocères piqueurs; — je n'en ai jamais constaté les larves dans les eaux de Morges et les jardins au (1) D'après Mac Lachlan c'est la même espèce que Pictet a nommée Hydropsyche: microcephala; jy vois plutôt son H. maciiUcornis. INSECTES 85 bord du lac ne sontjamais infestés par le fléau des Cousins,— mais par la lamille des Tipuliciens, spécialement la tribu des Chironomidés. Les larves des Taui^pus et des Clùrono^nus abondent dans la vase aussi bien de la région littorale que dans celle de la région profonde. Ces dernières, les larves de Chironomidés de la région pi-ofonde, sont intéressantes à un double titre. A. Si peu d'instants après la pèche on place une de ces jolies larves blanches, roses ou vertes, sous le microscope, on constate que les trachées ne sont absolument pas apparentes. Avec un peu d'attention, on peut en retrouver les gros vaisseaux dans la profondeur des tissus transpai-ents, mais elles n'ont pas leur aspect ordinaire de troncs noi- râtres ramifiés; elles sont vides d'air et pleines d'eau. Ce n'est que lorsqu'on a laissé l'Insecte séjourner pendant quelques heures en rap- port avec l'air atmosphérique, dans un verre peu profond, que l'on voit ces tubes trachéaux se remplir progressivement d'air, et se dessinei- par- réfringence puissante au milieu des tissus sous la forme de cananx noirs à contours fortement accentués. Ainsi donc la larve, dans la ré- gion profonde, a ses tubes i-espiratoires pleins d'eau ; elle a une respi- ration aquatique. Cette absence d'air s'explique par l'impossibilité des •rapports avec l'air extérieiu' ; confinée dans la vase de la région pro- fonde, incapable de s'élever entre deux eaux, elle ne peut aspirer de l'air à l'état aériforme, et ses trachées ne contiennent que de l'eau. Elle est donc condamnée à une respiration aquatique. Cette respiration anormale est-elle suffisante? Evidemment oui, puisque l'animal vit et se développe. Ce fait paradoxal est il unique? Non. Nous le retrouverons bientôt chez les Limnées, et à cette occasion ou plus tard nous discuterons la signification de la respiration aquatique des animaux aériens. B. Je n'ai jamais vu en plein lac une larve de Chironomien venir éclore à la surface et la nymphe s'y changer en insecte parfait. Ces éclosions se l'encontrent sur le lac, mais seulement dans la région littorale. Ce n'est pas que ces larves soient incapables de se transfor- mer en nymphes et en mouches. Si je garde en aquarium pendant quelques jours le produit d'un di-agage profond en le recouvrant d'une gaze pour capturer les insectes, je vois bientôt des nymphes de Chiro- nomes et de Tanypes sortii- du limon, monter à la surface de l'eau, et les mouches s'envoler dans l'aii'. Mais, encore une fois, ces éclosions de Némocères n'ont pas lieu en plein lac, et la preuve en est que les Hi- 86 BIOLOGIE rondelles ne poussent pas au large leurs chasses aux mouches à plus d'un kilomètfe de la côte. Les lat'ves de Chironomiens de la région profonde ne se transfor- ment-elles pas en nymphes et en adultes. Je ne saurais le nier dé- .tinitivement, car il serait possible que la grande majorité de ces In- sectes soient surpris pendant leurs migrations à la surface par les Poissons pélagiques qui en feraient leur proie et qu'un nombi^.. telle- ment intime qu'il nous échapperait, arriverait seul à la surface. D'une autre part on peut se demander comment les o^ufs de ces Insectes arrivent dans la région profonde. Les œufs sont pondus à la surface de l'eau, dans la région littorale. Au printemps l'on voit toutes les herbes et les pierres salies par une substance visqueuse jaunâtre où le microscope fait reconnaître les longues chaînes des œufs des Némo- cères. Les petites larves, à leur éclosion, peuvent être entraînées en plein lac par les vagues et les courants, et coulant dans les grands fonds, s'y développent dans la région profonde. Là n'est pas une grande difficulté. Maisil est une autresolution de cette question. 0. G rimm de St-Peters- bourga décrit une reproduction pédogénétique des Diptères ('). Il a vu ces Insectes, encore à l'âge de larve, présenter déjà un état de maturité suffisant des ovaires pour pondre des a^ufs capables de se développer. J'ai lieu de supposer qu'il en est peut-être de même pour nos Ghirono- midés de la région profonde. Deux fois j'ai vu, ou cru voir, le corps de nos larves transparentes, verdâtres, rempli d'œufs reconnaissables à leur taille et à leur forme; d'auti'e part j'ai plusieurs fois, dans mes dragages profonds, trouvé des œufs de Diptères agglomérés ensemble en paquets discoïdes. Ces observations ne sont malheureusement pas assez complètes pour que je puisse être aftirmatif ; on pourrait admet- ti'e la possibilité d'une reproduction par pédogénèse de nos larves de Diptères ou du moins de quelques-unes d'entre elles, mais je réclame, avant tout de nouvelles études, observations et expériences dans cette direction. Les possibilités qui sont en présence pour la reproduction de nos Diptères lacustres sont donc : /r« hypothèse. Ponte des œufs par les femelles de flnsecte ailé sur (1) 0. von Grimm. Ungeschlechtliclie Fortpllanzung einer Chironomus-Art. Mém. Acad. imp. St-Pétersliourg, XV, n» 8. 1870. INSECTES, ARACHNIDES 87 les coips flottants de la l'égion littorale. De ces œuls soitent des larves dont quelques-unes sont entraînées par les courants jusque dans la i-égion pélagique,et tombent sur le sol de la région profonde où elles se développent dans la vase. Sans contact avec l'atmosphère, elles ne se métamorphosent pas en insecte parfait dans cette station obscin-e et elles meurent sans descendance. Ou bien encore elles se transforment en venant à la surface et les mouches qui échappent à la dent des Poissons et au bec des Mouettes, s'envolent pour aller pondre au rivage. Dans l'une et l'autre de ces alternatives nos larves de Diptères seraient des erratiques de la faune littorale, égarées dans la l'égion profonde. 5e hypothèse. Les larves de Diptères se reproduiraient par pédogé- nèse dans la région profonde, sans venir jamais à l'air et sans se méta- morphoser en mouches. Elles sei'aient ainsi une espèce établie de la faune profonde. Je dois dire que la première hypothèse me parait la plus plausible. ARACHNIDES ACARINÉS. Ilydracbiiides. Les Arachnides lacustres appartiennent presque tous à la famille des Hydrachnides. Ce sont de petits animaux, gi'os comme une tète d'épingle, à corps globuleux, souvent peint de brillantes couleurs, et élégamment dessiné de taches compliquées, à quatre paires de pattes plus ou moins longues. Les uns sont nageurs, les autres marcheurs; ils courent sur le sol et les herbes aquatiques à la j^echerche de leiu- proie morte ou vivante qu'ils dévorent avec avidité. Les Hydrachnides du Léman sont nombreux en espèces, et en individus. Le produit de mes pèches a d'abord été étudié par le prof. H. Le- bert, alors à Breslau, qui crut y découvrir un nouveau genre, Campo- gnatha, dont il décrivit deux espèces. Plus tard, lorsque Lebert rentra eu Suisse, il a continué ses études sui- les divers Hydrachnides du lac, et, plein d'enthousiasme poia- les charmants petits animaux qu'il 88 BIOLOGIE admirait et qu'il aimait, d'après les échantillons vivants que je lui en- voyais à Bex ou à Nice, il a décrit, dessiné et nommé -19 formes diffé- rentes. La mort est venue surprendre notre ami avant que son Œ'uvre i'ût terminée ; la description morphologique était assez avancée, mais le travail zoologique et bibliographique était tout à fait insuffisant. Le manuscrit de Lebert fut publié (') avec invitation aux Hydrachnolo- gistes à en faire une critique et une révision. Cet appel a été entendu. M. F. Kônike de Brème a fait en 1881 {-) une révision qui asuppiiméla plupart des noms de genre et d'espèce proposés par Lebert; c'étaient presque toutes des formes connues. L'année suivante, le D^' G. Haller de Berne, alors à Zurich, a repris le même sujet en se basant sur les animaux que je lui envoyais vivants, et il a publié en 1882 une étude sur les Hydrachnides de la Suisse (3). Il a depuis lors continué ce tra- vail et constaté quelques formes nouvelles (*), qui ont été critiquées par Kônike. C'est à ces dernières publications de Kônike et de Haller que je dois renvoyer ceux qui voudraient plus de détails sur ces petits Hydraclmides. Atax spuiipes Bruz. [Neumania nigra Lebert | région littorale Morges. A. crassipes O.-F. Miiller. Cette jolie espèce,bonne nageuse, existe dans notre lac dans la région littorale. J'en ai rencontré quelques exemplaires dans la zone supérieure de la région profonde et un (ou deux) indi- vidu nageant dans la région pélagique. Je dois donc l'indiquer comme espèce littorale établie, erratique dans les régions pélagique et pro- fonde (»). A. Hjjsi/op/ioi'a Clap., parasite dans la cavité palléale des Anodontes. Région litloi'ale. (1) //. Lebert. Hydrachnides. Matériaux lue. cil. p. 25, § XIII et Hydrachnides de la faune profonde § XL. (2) F. Kônike. Revision von H. Lebert's Hydrachniden. Zeitsclir. f. wiss. Zoologie, XXXV, 613. 1881. (3) G. Haller. Die Hvdrachniden der Schweiz. Mitth. Naturf. Gesellsch. Bern 1882. (*) G. Hnller. Beitrtige zur Kenntniss der Schw. Milbenfauna. Vierteljalu'essch. der Zûrcher Nat. Gesellsch. 1885. (°) Asp er a trouvé cet Atax dans la région pélagique du lac de Zurich. (Wenig bekannte Gesellsch. kleiner Thiere. Zurich 1880.) et Pave si dans celle des lacs d'Iseo, d'Annone et d'Alserio (Ulteriori studj sulla fauna pelagica Rendic. r. Ist. Lombardo Xll, xvi (Milano 1879). ARACHNIDES 89 Nosea hinotata Kramer, [iV. magna Leb.J faune littorale Morges. N. nodata Muller, [^Piona accentuata Leb. | région littorale, beine. Morges. N. relicidata Kramer, [A', lutescens Leb.J région profonde, 45^ de- vant Morges. Arercus latipes Koch. \ForcUa cassidifomiis Haller-Lebert, et F. Ahnmherti Haller.] Hygrohates nigro-macidatus Lebert-Haller, régions littorale et pro- fonde. H. longipaljiis Hermann-Konike [CampogxatiiaForeli elC. Schnetz- leri Lebert]. Cet animal est extrêmement abondant dans la légion profonde, depuis la zone de 35™ jusqu'aux plus grands fonds du lac. Les paquets de ses œufs, à divers états de développement, se trouvent fréquemment dans le produit de nos dragages profonds. Midea eUiptica Muller, [A^'esea Kœnikei Haller, A^:)er\a Leoiani Hal- ler] région profonde. Lehcrtia (Pachi/gaster) tau- i)isignita Lebert. (fig. 178.) C'est le seul des genres nou- veaux de Lebei't r[ui ait ré- sisté à la critique ; c'est même la seule espèce nouvelle d'Hy- drachnide que nos recherches sur le Léman aient fait décou- vrir. Cette espèce a été depuis retrouvée dans diverses eaux de divers pays ; dans le Léman elle vit aussi bien dans la ré- gion littorale que dans la ré- gion profonde, zone supérieure. Le genre est caractérisé en- tre autres par deux particularités qui lui sont spéciales: La présence sur la face ventrale d'une large plaque poreuse, finement ponctuée, formée par la congruence des plaques épimérales des quatre paires de pattes. Cette plaque est échancrée à la partie postérieure pai- l'aire génitale. Quant à l'aire génitale, elle présente de chaque côté trois ventouses, grandes, rectangulaires, à Tintérieur des plaques génitales disposées en une rangée simple. (Fig. 178). Lebertia tau-insignita, d'après un dessin de Lebert. Gross. environ 30/1. 90 BIOLOGIE Axona versicolor Kramer [B>'ac/«.ypoda paradoxa, Leb.J. Ari'henurus shmator [A. biscissvs Lebeit] O.-F. Mûller. A. globator Koch. Limnesla liistrionica Bruz. L. nndidata O.-F. Millier \L. var'œgata Lebert, L. tessellata Leb., L. triangidaris Leb.]. Ces six dernières espèces vivent clans la région littorale. L. pardina Neuman. Région littorale et région profonde zone supé- rieure. Ensemble 17 espèces d'Hydrachnides appartenant à 9 genres, ont été constatées jusqu'à présent dans les eaux du Léman. Troiubididés. A la famille des TromhldïdésAn même ordre des Acarinés,appartient un animal microscopique, lent etparesseux dans ses allures, découvert par G. du Plessis dans le déti'itus des dragages profonds de 50 à 150"^ devant Morges, Ouchy et Villeneuve ('). 11 l'attribue au genre H«Zrtca»'».5 Brady [Proceed. zool. Soc. 1875. XXJ mais ne lui a pas attaché de nom d'espèce. Cet animal n'est pas rare {"). Tardigrades. De l'ordre des l'ardigrades, nous avons une espèce, VAi'ctisco>t tardlgradxun Schrank, fréquent dans la vase du fond, dans la région littorale comme dans la région profonde. Cette espèce est du reste vid- gaire dans toutes les eaux tempoi'aii-es ou stagnantes, jusque dans la mousse des toits; c'est elle qui est célèbre par les facultés de revi- viscence ou de résurrection que possèdent ses œufs après dessication. Ce Tardigi'ade a été trouvé pour la première fois dans notre lac par le professeui' E. Selon ka, aujourd'hui à Miuiich. pendant une visite qu'il nous faisait à Moraes en 1875. (') Du, Plessis, lue. cit. [p. 25], p. 51. {-} Th. Studer a retrouvé en 1893 cet animal au lac Cliampex (Valais); il y voit une espèce de genre l'achygnathus ; une autre forme qu'il a pèchée au Geistsee, prés de Thoune, se rapproche du Trombidium fuscum Brady (Proceed. zool. Soc. London, 2 jan. 1877) (Note de Th. Studer). CRUSTACÉS 91 CRUSTACES Nous connaissons clans le Léman des Crustacés de tous les ordres ayant des représentants dans les eaux douces, à savoir' : parmi les Malacostracés, les Thoracostracés Décapodes, les Arthrostracés Isopo- des et Amphipodes ; parmi les Entomostracés, les Phyllopodes, les Copépodes et les Ostracodes. Thoracostracés. Décapodes. L'Ecre visse de rivière. Astacus fluviavilis Fabr., est assez fré- quente dans les localités pierreuses de labeine('), où elle se nourrit de proies animées. On ne la pêche que. dans le port de Genève, où j'en ai vu récolter des paniers bien remplis. Le doyen Bridel attribue à cette Ecrevisse du lac des qualités cidinaires supérieures à celles de l'Ecre- visse des ruisseaux. Dans le port de Genève on rencontre paifois des individus albinos, qui sont, à l'état vivant, d' un rouge presque aussi vif que l'Ecrevisse cuite ; il y en aurait le deux pour cent du nombre total. G. Lunel('^) en fait une variété fixée, en se fondant sur ce que, soit les œufs, soit les jeunes d'un individu rouge ont la même couleur que leur mère. Le seul exemplaire que j'aie vu vivant de cette variété rouge, le 16 janvier 1878, au milieu d'un panier d'Ecrevisses capturées par des pêcheurs dans le port de Genève, était chargé d'œufs, mais le vitellus.en était brun et non rouge conmie ceux de Lunel. (1) Dans les cailloux des stations lacustres antiques de Morges, entre autres. (-) Actes de la Soc. helv. des se. nat. Soleure 1889, p. 04. 92 BIOLOGIE Arthrostracés. Isopodes. L'Aselle aquatique, AseUus aqnatlciis L., était cité par le doyen Bri del dans sa faune du Léman (') sous le nom de Clopoi-te aquatique, Otiiscus aquaticus. Pendant vingt ans nous et nos amis l'avons cherchée en vain. Ce n'est qu'en janvier 1899 qu'Henri Blanc a découvert son ha- bitat ("). Ce Crustacé vit dans les ra- meaux et entre les feuilles des Céra- tophylles. C'est par dizaines que j'en ai récolté sur cette plante le 30 décem- bre 1899, dans le port de Morges. Chose curieuse pour la saison, une femelle por- tait un paquet d'o'ufs; Blanc a constaté des faits analogues. Ast'Uns Foreli H. Blanc. Cet intéres- sant Malacostracé, aveugle, non pig- menté, d'un gi'is de limon, habite la ré- gion profonde; il n'est abondant qu'à partir de 60 ou 80™. Quelques individus isolés ont été péchés par moi jusqu'à 40m et même à 30™ devant Morges. (Fig. 179.) Asellus Foreli H. Blanc, (Fig. 1 79.) d'après un dessin de Blanc. Gross. 12,1. -ct • • -u • tt -d i i Voici, d après H. Blanc, les carac- tères de l'espèce: «Longueur maximale 5™™. Longueur des antennes inférieures égalant la moitié de la longueur du corps. Tigelle des an- tennes inférieures de 13 à 26 articles. Antennes supérieures, tigelle 5 articles. Organes olfactifs, trois chez le mâle, comme chez la femelle. Organes olfactifs ne dépassant jamais en longueur les articles qui sui- (1) loc. cit. [p. 28], p. 41. C-i) Archives de Genève, VIII, 497. 1889. CRUSTACES 93 vent sur l'antenne. Dents du bord interne du pied-màchoire 2, rare- ment 3.» (') Cette espèce est voisine de l'As elle des cavernes, Asellus cava- ficus Schiodte, également aveugle et incolore; elle est plus lointaine- ment apparentée avec l'Aselle aquatique, Asellus aquaticus L. La discussion des caractères et des conditions généalogiques de notre Aselle aveugle du lac(-) m'a conduit à admettre que cette espèce est une descendante de l'Isopode de la faune souterraine des cavernes qui a trouvé dans le lac des conditions de vie calme et obscure, ana- logues à celles de son milieu normal; qu'elle n'est donc pas un produit de transformation immédiate de ['Asellus aquaticus oculé, qui se serait modifié directement dans le lac par le fait des conditions de milieu de la région profonde. Entre les deux généalogies possibles qui s'expri- ment par les tableaux suivants: iie hypotlièse. Asellus aquaticus. Se hypothèse. Asellus aquaticus. A. cavaticus. A. aquaticus. A. aquaticus. A. cavaticus. A. Foreli. A. aquaticus A. cavaticus. A. Foreli. je me décide pour la seconde hypothèse. Les soies des pattes et des appendices caudaux sont plus petites et moins nombreuses; le nombre des articles des membres et des organes appendiculaires est moins grand dans l'espèce lacustre que dans l'es- pèce cavicole des Aselles aveugles. Tigelle des antennes inféi'ieures. » » supérieures. Organes olfactifs Dents du pied-màcboire . . . A. cavaticus. A. Foreli 25 à 55 13 à 26 6 à 12 9 3à 6 3 4à 5 2à3 Nous allons retrouver des faits analogues chez les Amphipodes.. (') Voj'ez la description de Blanc. Matériaux, lac. cit. [p. 25J VI" sér. § L. (-) F.-A. Forel. La faune profonde des lacs suisses, loc. cit. [p. 25] p. 170. '94 BIOLOGIE Aiiipliipodes. La Crevette d'eau cl ou ce, Gammarus pulex Fabr., est fréquente -dans la beine pierreuse et dans les gazons des plantes aquatiques. Dans la région profonde je ne l'ai pèchée qu'une seule fois par 40'» de- vant Morges. Un pêcheur d'Ouchy m'en a remis plusieurs exemplaires recueillis au fond de son bateau après qu'il avait relevé ses filets à Fera venant des très grands fonds du lac. Cette pi'ovenance est dou- teuse. Henri Blanc n'en a jamais ti'ouvé dans la région profonde. Je tiens pour erratique l'individu unique que j'y ai rencontré. La Crevette lacus- tre aveugle, Niph a r- gus Foreli Al. Humbert, est une des espèces abon- dantes de la région pro- fonde. De petite taille, d'un blanc rosé fort élé- gant, absolument aveu- gle, elle remonte im peu plus haut que l'Aselle aveugle et se pêche con- stamment depuis la pro- (Fig. 180.) yiphargus Foreli Al. Humbert. d'après un dessin d' Humbert. Gross. l"2/l. fondeur de 30"\ (i) (Fig. 180.) La même question peut être discutée à son sujet comme à celui de l'Aselle aveugle. Est-ce une espèce littorale, oculée, qui est devenue aveugle dans un milieu obscur? Kst-ce un échappé de la faune des cavernes, déjà aveugle, qui s'est acclimaté dans un milieu assez semblable à son habitat normal pour qu'il y ait fait souche? Humbert n'en faisait qu'une variété du Nipltargus puleauus Koch, Crevette des puits ou des cavernes; il admettait une relation de descendance entre les deux formes ; la Crevette lacustre aveugle proviendrait selon lui de la Cre- vette des eaux souterraines. C'est, fondée sur des arguments morpho- logiques, l'opinion que je professe en la basant sur des notions biolo- giques. (') Vovez la description complète (ÏAlois Hnmherl. Matériaux, loc. cit. [p. 25] IIP série, | XXXIX. CRUSTACES 95 Mais d'autre part, j'estime assez impoitantes les dilïérences qui sépa- rent les deux formes pour élever à la dignité d'espèce la variété la- custre d'Aloïs Humbert. Voici les dimensions caractéristiques données par Humbert de ce qu'il appelait la variété lacustre du Léman du Niphargus des puits, N. Foreli. Longueur de l'extrémité des antennes supéi'ieures à l'extrémité des dernières pattes sauteuses 12mm Longueur du corps, du devant de la tète à Textrémité du der- nier segment 7 Longueur des antennes supérieures 3 Longueur de la dernière paire de pattes sauteuses 2 Humbert a comparé sa variété lacustre à la variété cavicole en se fondant pour cette dernière sur des animaux qu'il avait récoltés dans un puits, à Onex, près Genève. Les dilïérences peuvent se caractérisei- ainsi : Les soies et les épines sont moins nombreuses dans la forme lacustre; les organes formés d'articles, tels que les antennes et les pattes natatoires ont une tendance à la réduction du nombre des pièces. Exemple : Soies et épines. Antennes inférieures, nombre des bâtonnets 7-11 Première paire de mâchoires, nombre des soies Lames de la 2^ paii-e de mâchoires, id. Lame du le»' article des pattes-mâchoires, épines » 2'' . » » » » A"-' » » soies » 5e » - » » Articles des organes. Anteimes supérieures . . Fouet des antennes inférieures Petit rameau de la l''? paire de pattes natatoires » » 2*^ » » Grand rameau 3e 2'- 3^' Forme Forme cavicole. lacustre 7-11 4 9-10 7 22 14 4 2 16 12-15 50 32-35 13 9 29 19 10-12 9 13 10 12-13 9 10-11 8-9 12 8 11-12 7 10 7 96 . BIOLOGIE C'est tout à fait parallèle à ce que nous venons de voir chez les deux espèces analogues d'AselIes. . Entomostracés. Phyllopotles. Ces jolis Entomostracés sont parmi les plus nombreux et les plus élégants des habitants vivants des eaux douces. Ils sont richement représentés dans la faune du Léman. Ils ont été étudiés au commencement du siècle par le naturaliste ge- nevois J urine (^), mais il est probable qu'il s'est borné à pécher dans les étangs et rivières, et qu'il n'a jamais jeté son filet dans le lac. Le produit de mes pêches a été déterminé par le D^' H. Vernet, à Duillier(^), et le D^' A. Lutz, de Berne (■'^). Henri Blanc a étudié la faune du lac dans les environs d'Ouchy ('*). G. Burkhardt, de Bâle, s'en est. occupé dans ses recherches sur le plancton (•"•). Nous avons à citer les espèces suivantes : SiDiDÉs. — Sida lim)ïetica G. Burkhardt. \S. crystalVuia, 0. F. M.] Cette nouvelle espèce reconnue par le jeune zoologiste bâlois a d'abord été trouvée dans le Ceresio, plus tard dans d'autres lacs, entre autres dans les pèches pélagiques d'E. Y un g dans le Léman, par 150 à 200"^ de fond {^). H. Blanc a de même reconnu cette espèce dans ses filets promenés entre 100 et 200'" de profondeur. C'est donc une espèce pélagique des couches moyennes ou profondes du lac. C'est probable- ment la même espèce que j'avais trouvée dans la région littorale, et aussi dans ma drague à filet promenée dans la région profonde; dans ce dernier cas, la capture de ce Cladocère se serait faite dans la montée ou la descente de la drague. (1) Louis Jurine, Histoire des Monocles qui se trouvent aux environs de Genève. Genève 1820. Avec 22 planches dessinées et peintes par M"" Jurine. (2) Matériaux, loc. cit. [p. 25] 1" série, § XIV, 4« série, || XLI et XLII. (3) In lut. {*} Communications personnelles de H. Blanc. (^) G. Burkhardt. Faunistische und systematische Studien iiber das Plankton der grôsseren Seen der Schweiz. Revue suisse de zoologie, VII, 353 et suiv., Genève 1900. C^) E. Yuncj., loc. cit., [p. 1-5] p. 354. CRUSTACES 97 La S. Hynnetica se distingue de la S. crijstallina enti' l'absence des éminences de la tète et du dos, qui servent d fixation; puis par la disposition des dents du borddoi'sald men; ces dents sont souvent groupées par deux ou trois, tandis que dans S. crystallina, elles sont toujours isolées. Sida crystallina 0. F. Mill- ier. Région littorale. Daphnidés. — Daphnia hya- lina Leyd., région pélagique du Léman. G. Burkhardt divise les D. hyalin a en trois grou- pes, dans lesquels il répartit les vingt-six variétés qu'il a in- diquées dans les lacs suisses. Dans le Léman,, il a constaté les variétés primitiva et forcli du sous-groupe des microcephala; les variétés richardi, typica, yoniocephala, du groupe des hyalina avec des formes de passage goniocephala - primi- tiva et goniocephala- foreli ; enfin des variétés stecki et ga- leuta du groupe des galeata (Fig. isi.) Moina hathycoia h. avec forme de passage typica- l^'l^^^ '^'Tr"" """ ^'""''Vn ^ o o/i H. Ver net. Gr. environ 8d/1. Stecki (^). Scajjholeheris mncronala, forma 1, fronte brevi, P.-E. Millier ('■^), région littorale. Simocephalus vetulns O.-F.-M., région littorale. Moina hathycola H. Vernet, espèce voisine de la M. hra- chiata de Baird. Voici un abrégé de la description qu'en a donnée Vernet(3) : Longueur totale, 65'"^, largeur ma- e autres par 'appareils de u post-abdo- (') G. Burkhardt , loc. cit. [p. 96] 47-2-508. (-) D'après détermination de Ad.Lutz, 19 nov. 1877, tu litt. <8) Matériaux, loc. cit. [p. 2.1] 4<^ série, | XLII. 98 BIOLOGIE ximale, 41'»'". Antenniiles longues et fortes, portent des soies délicates, terminées par une papille sensitive de longueur inégale. Pas de soie au milieu du bord antérieur de l'antennule. Antennes très fortes à leur base, plissées jusqu'à la bilurcation, deux soies au bord antérieur, une au bord postérieur. Premier rameau, trois articles portant les deux pre- miers, chacun, une soie bi-articulée, le troisième, trois soies bi-articu- lées à l'extrémité du IVe article, et une soie simple sur les 11^ et 1V« articles. Post-abdomen large, terminé par deux longs crochets, entouré de crochets plus petits et de poils fins. Sur le bord postérieur, 18 cro- chets principaux en deux rangées, puis quelques crochets accessoires. Deux soies bi-articulées du post-abdomen, de longue taille. Cavité in- cubah'ice logeant deux œufs. Valves de forme assez irrégulière, boi-- dées de soies, ornées elles-mêmes de poils secondaires. Pas de stries sur les valves. Œil formé de lentilles peu nombreuses, mais grandes. Tache oculaire petite, en arrière, au-dessus de l'œil. (Fig. 181. j Cette Moina nage mal; elle marche sur le sol, au milieu des détritus du limon, dans la région profonde. Bosmina longïspina Leyd., très abondante dans la région pélagique. Dans ses études sur le plancton des lacs suisses, G. Burkhardt consacre un long chapitre à la systématique des Bosminas ('). Nous y renvoyons notre lecteur, en nous bornant à signaler la présence dans le Léman de Bosminas de grande taille, aussi bien du type longispina- bohemica que du type coregoni ; quant aux petites Bosminas, du groupe des Joxgiconiis, il n'y en a pas dans noti-e lac. Lyngéidés. — Eui'iicereus lameUatus O.-F. Mûller. Cette belle es- pèce, qui est commune devant Morges à la faune littorale et à la faune profonde, zone supérieure, jusqu'à 100™, a échappé au liletde Jurine; j'en ai tiré la preuve qu'il n'a jamais péché dans le lac. Ajoutons ce- pendant qu'Henri Blanc m'assure ne l'avoir jamais rencontrée à Ouchy. Camplocercus macrxirus, O.-F. Millier, également commune aux régions profonde et littorale. Acroperns leiicocephalus Koch. Alona striata Jurine, et A. quadrangularis O.-F. M., faunes littorale et profonde. A. grisea Fisch. A. acanthocercoides Fisch. (!) G. Burkhardt, ibid., p. 510-687. CRUSTACÉS 99 Alonella excisa Fisch. Acanthocercus sordidus Liévin. Pleuroxus personatus Leyd. P. irlgoneUus O.-F. M. P. tnmcatus O.-F. M. Chydorus sphœricus O.-F. M. Les 8 dernières espèces n'ont été vues que dans la faune littorale, excepté peut-être un Pleuroxus... qui n'a pas été déterminé spécifique- ment par M. Yernet, dans le produit d'un dragage profond. PoLYPHÉMiDÉs. — Bi/Hiotrep]ies longïmanus Leyd. Lepiodom hyalhia Lilljeb. Ces deux superbes espèces, admirables par leur transparence parfaite et par l'élégance de leurs formes et de leurs allures, appartiennent toutes deux à la faune pélagique. Copépocles. Ces mignons petits Crustacés pullulent dans les eaux du lac. Ils ont été étudiés et déterminés par le Di" H. Vernet, de Duillier. Cyclops magniceps Liljeb , région profonde. C. strenu us Fischer [brevicaudatus Claus]. région littorale, profonde et pélagique. C. serridatus Fischer, région littorale. C. Leuckarti Claus, région pélagique. (G. Burkhardt.) Diaptomus gracUis Sars. Très abondant dans la région pélagique. D. laciniatus Lillj., également dans la région pélagique, moins fré- quent que le précédent. Cette espèce a été reconnue pour la première fois dans notre lac par le prof. Th. Clève, d'Upsal, qui me visitait à Morges en juin 1887. La variété du Léman est im peu plus petite que la variété Scandinave. Camptocainpins stapJinUnus Jurine. C. mhwtus Claus. Ces petits Calanides, animaux limicoles, mauvais nageurs, sont dans les régions littorale et profonde. ErgasUus Sieboldi Nordmann, parasite des branchies de la Perche. (F. Zschokke.) Lernaeocera cyprinacea L., parasite de l'aisselle d'un jeune Véi'on. (G. Lunel). ArguJu? foJiaceus L. parasite des branchies du Brochet. (Lu nel). 100 BIOLOGIE O^tracodes. Ces petits Entomostracés à coquille bivalve ont été étudiés dans no- tre lac par le D'' H. Ver net de Duillier et par le D^ A. Kau fmann de Berne. Nous y connaissons les espèces suivantes : Cypridés. — Cypris ovum Jurine, région littorale. Je l'ai trouvé parfois dans la région pélagique; mais il ne peut y être qu'à l'état erratique, car il n'est pas un de ces grands nageurs tels que le sont tous les animaux établis définivement en plein lac. C. ornala. O.-F. Millier, faune littorale. C. minuta Baird, faune profonde. Candona lucens Baird. C. similis Baird. Ces deux espèces que Verne t réunit en une seule, se trouvent aussi bien dans la région littorale que dans la région pi'ofonde. Ces Candonas marchent dans le fouillis des détritus du fond de l'eau. Cythéridés. — Limnicythere relicta Lilj. \ (AcantJiopus elongatus H. Vernet, Matériaux l^-^ série XIV. 4e série i^ XLl.) Cytheridealacustris G.-O. Sa.vs.{Acant}iopiis '•^ resistans H. Vernet. Matériaux ihid.) •;i- Leucocythere mirahilis A. Kaufmann. Zool. ^- Anz., n" 404. 1892. (Fie 182) Leuco- ™^""' Cos trois petits Cythéridés ont été recon- ■, . , . vue anté- tx ,r ■. ' , i • -. cythere mirabi- i-jeure, iii^is par H. Vernet dans le produit de mes pe- niann vue de '^'^P^'^^ ches de la région profonde entre 30 et 100"i. ... ' ,, , , im dessin cote, aapies ^ g-^ f. \\ en a déterminé le faciès marin et les a dé- une figure de Kaufmann. ™^f/V crits comiiie formant un nouveau genre Gr 40/1 "■ • Acanthopiis. Brady et Norman(^); puis Va- vra('') et B. Moniez('^) ont défini la position systématique de ces Os- (1) A Monograph of marine and fresh water ostracoda. Se. trans. of the r. Du- blin Soc, ser. 2, vol. IL — The récent Britisli Ostracoda. Trans. Linnean Soc, London, XXVI, 353. 1868. (2) Ueber das Vorkoramen einer Siisswasser Cytheride in Bôhmen. Zool. Anz., n° 357. 1891. (3) Sur l'identité des genres Acanthopus (Vernet) et Limnicythere (Brady). Rev. biolog. du Nord de la France. I. 1889. CRUSTACÉS loi tracodes. A. Kaufinann(') a repris la question et après avoir confii-mé les opinions de ses prédécesseurs y a ajouté la découverte d'un troi- sième Cythéridé dont il a fait le genre Leucocythere. Il en adonné une desci-iption complète dans ses Cythéridés suisses ('^). Voici les caractères du genre: «La coquille est semblable à celle du Limnicythere avec des champs mal dessinés, diftèrente dans les deux sexes, absolument blan- che à l'état sec. Membres robustes. La soie de l'extrémité distale du 2^ article de la l'^^ antenne est aussi longue que les trois derniers articles ensemble. L'appendice branchial du palpe mandibulaire est bien déve- loppé; il porte 7 soies dont 5 longues et 2 courtes. La plaque mandibu- laire porte une soie à son bord supérieur. Les jambes sont fortes. Les soies sont ou dentées ou plumeuses. A la face ventrale du tronc, on voit une soie plumeuse. La S*" paire de pattes chez le mule est munie de longues soies transparentes ». Nous donnons ci-contre le dessin de la coquille du mâle de la Leucocythere mirahiUs. (Fig. 182 et 183.) Ces Cythéridés sont abondants à la sia-face de la vase de la région profonde où ils vont butiner en fourrageant dans les débris or- ganiques. MOLLUSQUES Les Mollusques du lac Léman, collectés et étudiés jadis par J. de Charpentier Ç), ont été décrits par le D'A. Brot, de Genève, qui a publié en 1867 son «Etudesur les coquilles de la famille des Nayades» (^). Le même auteur a déterminé toutes les coquilles quej'ai récoltées dans mes pêches lacustres (■''). M. S. Clessin, alors à Regensburg, a i-epris cette étude ('') sur le matériel que nous lui avons envoyé, Brot et moi. (1) Ueber die Gattung Acanthopus Vernet imd eine neue Sûsswasser Gytheride. Zool. Anz. n» 404. 1802. (-) Die Schweizerisclien Gytheriden. lievue suisse de Zoologie, VI, 113. Genève 1891. (8) Gatalogue des Mollusques terrestres et Uuviatiles de la Suisse. Faune helvé- tique. Méni. Soc. helv. se. nat. (^) Assoc. zoolog. du Léman. Genève 1867. On y trouvera toute labiJjliographie malacologique antérieure. (5) Matériaux, loc. cit \p. 25] 1'''^ sér., | XV. C') Matériaux, loc. cit. [p. 25] l'» sér., | XX, 3« sér., § XXXV. 102 BIOLOGIE C'est cFaprès ces deux derniers auteurs que je ferai l'énumération sui- vante. GASTÉROPODES Limnaea stagnaUs Lam. L. auricnlaria Drap. L. minuta Drap. Ces trois espèces sont abondantes sur les cail- loux et plantes aquatiquesdes ténevières, dans les baies abritées. Dans les ports bien fermés comme celui de Morges, la L. staynalis peut de- venir fort grande. L. profunda S. Clessin, est évidemment une forme dérivée de la L. staynalis, émigrée dans les profondeurs où elle a été trouvée en petit nombre d'exemplaires par 50m c]e fond. Voici la description de l'espèce traduite de S. Clessin('). Spirale très raccourcie, en revanche dernier tour très développé; 41/2 à 5 tours. Sur une coquille dont les dimensions sont : hauteur totale '15mm^ diamètre maximal' 9 à lOn™^ le dernier tour mesure 11/10™"% tandis que le précédent n'a que 4mm cle diamètre. (Fig. 184.) (Fig. 184.) (Fig. 185.) i ahyssicola A. Brot, de petite taille, très fré- profunda abyssicoia quente dans les fonds de 30 a lOO™ devant Morges, s. Clessin, A- Brot, ^^^^-^g ^qq années 1870-1875. Plus tard elle est de- d'après cl après un dessin un dessin venue rare. Je l'ai pêchée par 260™ de fond. Voici la de Brot. ^J^.^^'°t- description de Brot (-) : « T. parvula, oblongo-acuta, tenuicula, pallié cornea; anfractus IV convexi, su- tura impressû divisi, laxè convoluti, sub lente tenuissimè irregulariter transverse striati; apertura acutè ovata, supernè acuta, basi rotini- data; margine dextro paululum dilatato ; sinistro appresso, rimam umbilicalem occultante; callo parietati conspicuo. » Ses dimensions sont : longueur 65™™, largeur 3.5™'". (Fig. 185.) Clessin avait fait une nouvelle espèce L. Forell (3) d'après quelques coquilles assez divergentes de la forme typique de Brot. Après étude (1) s. Clessin. Die Molluskender Tiefenfauna unserer Alpenseen. Malakozoolog. Blatter, XXIV, 171. Cassel 1878. (2) Matériaux, loc. cit. [p. 25] l''« sér., § XV. (3) S.' Clessin, ibid, p. 172. GASTÉROPODES d03 il a reconnu que, elle et L. abi/ssiola, ne sont que deux vai-iétés des- cendant l'une et l'autre de L. auricidana de la région littorale ('). Ces Limnées de la région profonde s'y reproduisent fort bien; nous en trouvons fréquemment les paquets d'œufs dans le limon , et les embryons y sont bien vivants; ils se développent parfaitement en aquarium. Une question assez délicate est celle delà respiration des Limnées de la région profonde. Ces Gastéropodes pulmonés sont placés dans des conditions où ils ne peuvent remplir d'air leins poumons qui ne ren- ferment en réalité que de l'eau; leur respiration est purement aqua- tique, sans que cependant ils possèdent des appareils moditiés pour ce mode spécial d'absorption de l'oxygène. Nous reviendrons sui- cet in- téressant problème physiologique dans un paragraphe ultérieur. Planorhis marginatus. Drap. Dans la beine. PL albus O.-F. Millier {PL deformis Hartmann) sous les pien-es des ténevières, dans les canaux creusés au-dessous de ces pierres par le cheminement des diverses espèces animales (^). D'autres lois, je trouve le même Mollusque rampant sur les pierres; ses mœurs nocturnes ne sont donc pas certaines. Byllnnia tentaciUata L. se trouve devant Morges dans les gazons de Charas sur les talus du mont, et probablement aussi de la beine ; car les myriades de ces coquilles accumulées en certaines places blan- chissent le sol de la terrasse lacustre immergée. Valvata piscincdis Miill. V. antlqua Sow., fréquentes sur le sable de la beine. Valvata lacustris S. Clessin. Sous ce nom Clessin a distingué une espèce que j'ai trouvée, moins abondante que les Limnées, dans la ré- gion profonde devant Morges. Brot l'avait rapportée à V. obtusa Drap. Clessin la fait dériver de V. antiqua de la région littorale. Voici la des- cription de Clessin (^) traduite de l'allemand : « Coquille turbinée légère- ment aplatie, ombiliquée, solide, d'un jaune sale, à striation fine, irrégu- lière. Spirale à 4-5 tours, de progression très lente, ai'rondis, séparés par (1) In lut., 23 fév. 1884. (2) Cette espèce ne descend pas dans la région profonde. Cependant j'en ai trouvé une coquille dans un dragage à 50™ devant Morges ; la coquille était fraîche, mais vide de son animal; je suppose ici un transport par les courants d'une coquille flottante qui aura plus tard coulé dans le fond. (3) Clessin, toc. cit. [p. 102] p. 177. 104 BIOLOGIE une suture profonde; bouche arrondie, à bords réunis, tranchants. — Diamètre 4mm, hauteur 3.2'»™. » Cette coquille se distingue facilement de la V. anllqua. Sa spirale est moins haute; elle a des tours plus bombés, qui sont séparés par une suture plus profonde. Elleest plus largement ombiliquée, sa bouche est de forme circulaire. Ancylus laciiHlrts L. dans les ports et bassins où l'eau est relative- ment stagnante. A. fliiviatilis Mûll., près de l'embouchure des rivières, sur les piem'es des ténevières, en eau vive. LAMELLIBRANCHES Les Nayades ont été étudiées par A. Brot en 1867 ('); nous suivrons cet auteur dont la compétence était excellente. Quant aux Pisidies de la région profonde, elles ont été soumises à S. Clessin. qui nous en a donné de bonnes descriptions (2), Anodonta cygnea L. Forme type, en coquilles dans la collection de Charpentier, proviennent de Villeneuve. La localité n'a pas été re- trouvée. Var. rostrata (•') dans le lac, devant le marais de Villeneuve, abondant d'après Brot. [A. venlncoui C. Pfeiff. Une coquille dans la collection .lurine, avec indicati(m de localité, Genève. Cette espèce n'a pas été retrouvée : son habitat dans le lac est certainement douteux]. A. ceUeiisis Schrôt. Abondante dans les fossés de la ville de Ge- nève aujourd'hui comblés. Var. minor dans les anciens fossés de Ge- nève, dans le poit de Moi'ges, aux Pierrettes près d'Ouchy, à Ville- neuve. A. (Diatina L. la Nayade la plus abondante dans le Léman, sur tous les bords du lac. Var. rostrata près de Genève, dans les zones sableu- ses de la beine exposées à la vague; var. a&fereriafaauxPàquisde Ge- nève, à Pully, etc.; var. major, environs de Genève, aux Pâquis; var. elongnla, Genève, les Piei'rettes, etc. (1) A. Brot. Etude sur les coquilles de la fanlille des Nayades qui habitent le bassin du Léman, Assoc. zoolog. du Léman. Genève 1867. (2) loc. cit. [p. 102]. (3) Pour la synonymie des variétés de Brot, voir le mémoire original. LAMELLIBRANXHES 105 Anodoiita Pictetiana Mortillet, C'est la seule espèce nouvelle du Léman. Elle a été retrouvée, depuis sa découverte en 1854, dans les lacs de St-Paul sur Thonon, d'Egeri, d'Amsoldingen, etc. J'en donne la description rédigée par Brot (') : « Solidiuscula, transversè ovata, subtriangularis, compressiuscula, anticè attenuata et compressa, pos- ticè dilatata, in rostrum brève obtuse truncatum desinens. Area com- pressa, elevata, angulata. Pars anterior regula- ritei- rotundata (angulus lunulas nuUus). Marge superior ascendens, subarcuatus, posterior rectè descendens (statu juvenili concavus), basalis convexiusculus vel rectus. Umbones haud pro- minentes, rugis undulatis ornati. Testa in medio Isevigata, striis concentricis rainutis creberrimis sculpta, ad margines rugosa et epidermide fo- liaceo induta. Color olivaceo-ruber, versus apices rufescens. Ligamentuni pœne omninô obtectum. Margarita nitida, iridescens, anticè incrassata. Long. 99mm , ait. 64mm, cliam. 33™™ (specim. maxim.). Cette espèce habite Villeneuve, dans le lac: Var. rostrata, également à Villeneuve. Henri Blanc, de Lausanne, a fait récemment une observation in- téressante. Il a trouvé à trois ou quatre reprises quelques larves d'Anodonte, glocJiidium, dans son filet de pêche pélagique; une dizaine en tout. Ce fait est une nouveauté pour un lac d'eau douce; il rappelle les larves ciliées de Lamellibranches trouvées dans le plancton marin, les larves de Drenssena pohjmorpha dans le plancton d'eau douce des lacs de l'Allemagne du Nord C^). Mais il est assez difficile à placer dans le cycle de la vie larvaire de l'Anodonte, tel que nous allons le résu- mer (•*). En automne, les anifs passent de l'ovaire de la mère dans les compartiments de la branchie externe, au nombre de plusieurs cen- taines de mille; ils y séjournent tout fhiver. Au printemps, en février (Fig. 186.) Anodonta Pic- tetiana Mortillet, d'après un dessin de A. Brot. Réduction i ■>. (') loc. cit., y. 45. (-) Apstein, loc. cit. [p. 14] p. 18-2. (S) F.-A. Forel. Beitrage zur Entwicklungsgeschichte der Najaden, Wiirzburg, 1866. — M. Braun. Post-embryonale Entwicklung von Anodonta. Zool. Anz. I, 7, 1878. — C. Schierholz. Zur Entwicklungsgesch. der Teich- und Flussmuschel. Zeitschr. f. wiss. Zool. XXXI, 482, 1878. 106 BIOLOGIE et mat\s, les œufs, encore entiers, sont expulsés des branchies et sont lancés par le courant de sortie de l'eau respiratoire qui a traversé la chamiDre brancliiale, courant renforcé par une contraction brusque des muscles de la mère. Plus lourds que l'eau, ils se déposent sur le sol en- vironnant, à moins qu'ils n'aient été poussés sur les rameaux de quelque plante lacustre où ils s'accrochent par leur byssus larvaire. Le lil de ce byssus, squi atteint 12"™ et plus de longueur, se déroule dans l'eau jusqu'à ce qu'un Poisson, passant par là, l'accroche à sa na- geoire et entraine la larve avec lui. Les gros crochets de la coquille de la lai've, les bouquets de poils qui se développent en longs aiguillon:^, iiritent l'épiderme du Poisson, le provoquent à une tuméfaction, et la larve est bientôt logée dans un kyste où elle séjoiu^ne pendant 2 à 3 mois (72 jours, Braun), en perdant son byssus et en se développant lentement. Elle sort du kyste, tombe sur le sol où elle se transforme en jeune Anodonte en sécrétant une coquille nouvelle sur les sommets de laquelle les restes de la coquille du glochidium demeurent encore visibles. A aucune époque de la vie larvaire, le glochidium n'est na- geur; les quelques cils vibratiles qui entourent la bouche et les fosses latérales, ne peuvent absolument pas le faire mouvoir. Jusqu'à meil- leure explication, j'attribuerai donc les larves d'Anodonte de Blanc à un transport passif par les courants delà région littorale dans la région pélagique, où ces larves seraient ainsi erratiques. La Mulettebata ve, UniobatavusLam(^). Cette espèce appartient- elle à la faune du lac'? La question est intéressante. Voici les éléments de la réponse. Et d'abord les citations des auteurs qui en ont parlé: Razou- mowsky(-) nous mô\c[uel&.Myapictoi'uni. « Rien n'est plus commun, dit-il, que cette coquille aux bords des lacs de la Suisse, et dans le Pays de Vaud en particulier. » (Il ne parle pas du Léman.) B ride 1 a copié Ra- zoumowsky, pour son énumération des Mollusques; mais il a changé les phra.ses ci-dessus et parle de la Moule commune (Mulette des peintres) comme «très commune dans le lac Léman » {^). .lean de (1) H. Drouet élève à la dignité d'espèce U. squamosus Charpentier, cet Unio dont Charpentier n'avait fait qu'une variété dé VUniobalavus {H. Drouet, Unionidés du bassin du Rhône, Paris, 1885, p. 50). (-) loc. cit. [p. 5.5] p. 270. (8) loc. cit. [p. 55] p. 42. LAMELLIBRANCHES 107 GharpentierC) cite en fait d'Unios appartenant au Léman : Unio tumidus Retz, lacs de Genève et de Neiichâtel; Unio hatavus Lam., tous nos lacs; var. squamosus Gharp. dans un fossé près deNoville(-). A. Brot(3) nous raconte la trouvaille d'une coquille d'Unio batave sur la grève du lac près de l'embouchure du Vengeron par G. de Mor- tillet, et la trouvaille d'un second individu faite par Brot lui-même dans le lac devant les Pàquis de Genève. Il ajoute : «je ne peux croire qu'elle ne soit pas accidentelle, car sans cela j'aurais réussi à trouver d'autres échantillons ». Vers 1870, j'en ai i-amassé moi-même une valve sur la grève du Léman près de l'embouchure du Bief de Lonay près Morges. En 1887, H. Schardt en a trouvé un premier exemplaire vivant à Villeneuve, dans le golfe des Grangettes, où Charpentier, Mortillet et Brot avaient péché en vain ; depuis lors il en a retrouvé presque chaque année quelques individus. En publiant ce fait il a encore cité les trouvailles faites par M. Luge on à St-Sulpice ('') et E. G barbon nier près de Nyon (•"•). Vers 1894, M. Bedot a trouvé un seul individu vivant à la Pointe de la Bise près la Belette, Genève (O). Al. Schenk en a re- trouvé à Villeneuve, en 1899. Enfin moi-même j'en ai, en octobre 1899, trouvé quelques coquilles dans des tas de graviers dragués dans le lac devant l'embouchure de la Venoge; après que j'eus signalé ce fait à l'ouvi-ier qui extrait ce sable, il m'en apporta bientôt une centaine de coquilles, toutes fraîches, mais aucun animal vivant ("). 11 est donc pro- bable que le Mollusque vit dans la rivière voisine; mais je dois ajouter que deux tentatives faites par moi et par mon fils pour les découvrir dans la Venoge ont complètement échoué. (1) loc. cil. [p. 101] p. 24. (2) Dans la collection Shutlleworth à Berne, il y a quelques coquilles d'Unio batavus, var. squamosus Gharp., avec la note Genfersee. G. Surlieck suppose que ce sont ceux trouvés clans le fossé de No ville. Snrbeck. Die MoUuskenfauna des Vierwaldstâttersees. Revue Suisse de Zoologie, VI, .548. Genève 1899. (S) loc. cit. [p. 101] p. 51. (^) M. L u g e n précise mieux la localité. C'est à l'embouchure de la Gham- beronne, à Vidy près Lausanne, qu'il a trouvé chaque année, de 1888 à 1890, des valves isolées, mais fraîches de VUnio batavus, in litl., 28 février 1900. (5) Bull. S. V. S. N., XXIll, P. V., p. XXII. Lausanne 1888. (R) G. Surbeck, ibid. .549. C) Cette Mulette est notablement plus petite que les variétés décrites par Brot qui mesuraient de 65 à 61""" de longueur. Le plus grand de mes Unio batavus de l'embouchure de la Venoge ne mesure que 51"". 108 BIOLOGIE En résumé, les citations anciennes sont sans valeur, sauf celle de Charpentier, qui est assez étrange par l'indication qu'il fait de VUnio tu mkl H s daiiis le Léman, où il n'a plus été retrouvé par per- sonne. Au milieu du XIX^ siècle, absence presque complète de VUnio hatavus qui est pourtant cherché avec d'autant plus d'ardeur par M o r t i 1 1 e t et B r o t que cette espèce est abondante dans les lacs de Neuchâtel et de Morat, ainsi que dans les ruisseaux du canton de Ge- nève. Puis dans les vingt dernières années, trouvailles toujours plus nombreuses par Schardt, Schenk, Luge on et moi-même. 11 semble qu'il y ait là une de ces variations, si fréquentes, mais souvent si difficiles à constater dans l'aire d'extension d'une espèce animale. C'est une étude à poursuivre, et elle est d'autant plus recommandable que cette coquille est grosse et ne peut échapper à des yeux qui la reclierchent. D'autre part, VUnio hatavus qui semble presque éteint dans le Lé- man, y était autrefois abondant. J'en ai ramassé ime valve dans les ruines du palafitte des Roseaux à Morges (de l'âge néolithique). J'en ai trouvé une coquille dans un puits creusé à Morges sur l'emplacement d'un des anciens fossés du château (jardin Conod). Dans les fouilles du casino de Morges, en 1897, j'ai recueilli une centaine de coquilles de la même Mulette, dans les sables d'un ancien rivage du lac. Enfin H. Schardt nous confirme que «VUnio batavws était très fréquent à une époque qui n'est pas très éloignée, à en juger par la présence de ses valves à l'état subfossile dans les limons de certains endroits de la rive, et dans les anciens sédiments lacustres reposant sur les dépôts glaciaires à la hauteur de 2 à 5™ au-dessus du niveau du lac » {^). M. L u g e on a fait la même observation aux Pierrettes de Vidy (-). Unio tumidus Retz. Je dois l'indiquer, car il a été cité très positi- vement par J. de Charpentier comme existant dans le lac de Genève (•*). 11 n'a pas été retrouvé depuis lui. J'en ai cependant trouvé une coquille à l'état subfossile dans les fouilles d'un puits creusé au milieu du jardin Pache, à Morges, sur le trajet des anciens fossés de la ville du moyen âge. (1) Schardt, Bull. S. V. S. N., XXIII, xxii. Lausanne, 1888. (-) M. Lugeon, ibid. (S) Ajoutons que soit Razournowsky, soit Bridel, parlent de la Moule des peintres qui se rapproclie plus par la forme de VUnio tumidus que de VU. batavus. LAMELLIBRANCHES 109 Ci/clas cornea L., est assez fréquente dans le sable de la beine. Elle manque complètement, comme les Anodontes, à la région profonde. Pisidium amnkum Mûll. P. ]ienslowia}tH}ii Schepp. P. inilfltcJluni Jenyns. P. nitidum Jenyns. Ces espèces vivent dans le sable et la vase de la beine. P. Foreli S. Clessiu, très petite espèce, abondante dans la région profonde de 25 à 300'", dérive du P. nlluiuni. Je traduis la description de Clessin (') : « Coquille très petite, ovoïde, mince, transparente, ven- true, striée d'un dessin fin et irrégulier, brillante, de couleur cornée. Sommets larges, gonflés, saillants près du milieu de la coquille. Partie antérieure assez courte, très peu appointie ; partie postérieure arrondie. Bord antérieur un peu courbé, court, limité du côté des bords latéraux par la saillie assez prononcée des ai]gles du corselet et de la lunule; bord pos- térieur tombant verticalement, peu recourbé, séparé du bord inférieur par un angle assez arrondi; bord inférieur peu recourbé, sa courbure s'accentuant vers le bord antérieur; (Fig.isi.) PiskUum Foreu s. ç]essm. d'après un dessin de Clessin. Gr. 12 1. bord antérieur tombant verticale- ment avec une faible courbure à partir de l'angle de la lunule, formant avec le bord intérieur un angle à peine sensible. Ligament court, mince, en saillie. Nacre très peu développée. Lame cardinale très fine. Valve gauche. Dents cardinales 2. L'intérieure assez haute, s'élevant légèrement d'avant en arrière, à peine courbée; l'extérieure très fine, moins haute, presque droite, entourant presque complètement la dent intérieure. Dents latérales simples ; l'antérieure très près des dents cardinales, assez haute, avec pointe mousse; la postérieure moins haute, moins pointue. — Valve droite. Dent cardinale unique, peu re- courbée, s' épaississant un peu en massue postérieurement; cet épaissis- sement est légèrement échancré au milieu, et se prolonge en pointe fine en avant. Dents latérales doubles, très fines, peu appointies, les dents extrêmes très petites. Dimensions. Longueur 2.1'""^, largeur 1.7'"'", épaisseur 1.5'"'". (Fig. 187.) (') Matériaux, loc. cit. [p. 25] 3<^ série, | XXXV. 110 BIOLOGIE P. profimdum Clessin, décrit d'après quelques individus que j'avais dragués près de Chilien par 60 à 80™ de fond. Clessin n'a pas su in- diquer l'espèce littorale d'où dérive cette forme. En voici la descrip- tion traduite de l'allemand ('). Coquille petite, ovoïde, arrondie, assez épaisse, ornée de stries fines mais très irrégulières, brillante. Epiderme de couleur cornée, jaune. Sommets larges, assez saillants, très rappro- chés du bord postérieur. Partie antérieure large, assez longue, arron- die; pallie postérieure courte, tronquée. Bord supérieur courbé ; angles du corselet et de la lunule à peine marqués ; boid postérieui- tronqué, limité à ses extrémités par des angles arrondis ; celui qui touche au bord inférieur est très bien marqué; bord inférieur peu bombé, assez recoui-bé cependant vers le bord antérieur; bord antérieur très courbé. Ligament court, fort en saillie. Nacre blanche, calcaire. Lame cardinale large. Valve gauche. Dents cai'dinales, deux; l'interne courte, assez épaisse, à peine courbée, s'effaçant pro- gressivement en avant, de telle manière qu'elle semble n'être qu'ini épaississe- ment du bord des lamelles cardinales; de même aussi le sillon entre les deux dents cardinales est un peu enfoncé dans les lames, en relation avec la fos- sette entre la dent latérale antérieure et le bord extérieur des lames; dent cardinale externe courte, mince, peu courbée, faisant à peine saillie en arrière sur la dent interne, en avant ayant presque la même lon- gueurquecelle-ci. Dents latérales, simples ; l'antérieure très solide,haute à pointe émoussée ; la postérieure plus basse. Valve droite. Dent cardi- nale unique, à peine courbée ; son extr'émité postérieure forme un cône triangulaire court, son extrémité antérieure est très fine, plus basse. Dents latérales doubles; les internes très fortes et assez élevées peu appointies ; les externes très courtes et petites. Diwensio)is: lon- gueur 3.1mm, largeur 2.4™"^ épaisseur 1.6mm. (Fig. 188.) (Fig. 188.) Pisidimn iwofundum S. Clessin, d'après un dessin de des- sin. Gr. 7/1. (1) Matériaux, loc. cit. [p. 2Ô] 8'' série, | XXXV. ROTATEURS 111 VERMIDES ROTATEURS Après que MM. G. du Plessis, Imhof, Rlanc, et moi-même avions signalé la présence dans le Léman, et spécialement dans sa région péla- gique de quelque liuit ou neuf espèces de Rotateurs, leD'E.-F.Weber à Genève, a publié en 1898 une grande étude zoologique, anatomique et biologique : La faune rotatorienne du bassin du Léman (^), d'après laquelle nous allons indiquer la liste des Fîotateurs jusqu'à présent signalés dans notre lac. Une communication obligeante de M. Weber (4 février 1899) me permet d'ajouter encore quelques espèces aux listes publiées dans sa faune rotatorienne. Sédentaires. Floscidaria ornata Ehrbg., signalée par du Plessis sur les polypiers de FredericeUa Du Plessisi, dans la région profonde, Morges, Ou- chy, etc. FI. pelaglca Rousselet, espèce pélagique, rare dans le Léman. (Weber, in lUt.) Megalotrocha semibidlalii Thorpe et M. spinosa Tlioipe; mare de la grève inondable, la Relotte près Genève (Du Plessis et Weber, 2 août 1897). Cette découverte est vraiment extraordinaire. Les deux espèces de Mégalotroches, associées dans la mare de la Relotte, n'étaient connues jusqu'à présent, également associées, que dans deux localités de l'extrême Orient, environs de Rrisbane, Australie, environs d'Hong- kong, Cbine. Elles ont disparu delà mare de la Relotte, et n'ont depuis lors été retrouvées nulle part. (Weber, mars 1900.) M. albo/laviccDïs Ehrbg. Trouvée à la Gabiule et à la Relotte par G. du Plessis. (Weber in litt.) Conochiius unicornisI{ousse\et, région pélagique, signalée par Imhof sous le nom de C. volvox, retrouvée par Weber qui en a rectifié la dé- (1) Revue suisse de Zoologie, T. V, Fasc. 3 et 4. Genève 1898. 112 BIOLOGIE signatioii spécitique. C. volvox est une espèce palustre, C. unicoDiis une espèce lacustre. Arpenteurs. Philodlna roseoln Ehrbg., région littorale. Rôti fer macrocerus Ehrbg., embouchure du Flon, Vidy près Lau- sanne. C'est une forme palustre erratique dans le lac. (Weber.) Hageui's uns. Asplanchna pnodonta Gosse \A. helvetica Imhof], abondante dans la. région pélagique, en toutes saisons. AsplcDidinopus mynneleo Ehrbg., quelques individus péchés en août 1897 par Weber et G. du Plessis dans une mare de la grève inondée à la Gabiule près de Bellerive. Cette espèce paraît très rare dans notre pays; elle n'est probablement pas lacustre. SyncJiaeta peciinata Ehrbg., abondante dans la région pélagique en toutes saisons. Polyartlwa platyptera Ehrbg., abondante dans le Léman en toutes régions, spécialement dans la région pélagique. Tr'mrthra loiigiseia Ehrbg., pélagique, abondante en toutes saisons. (Imhof; Weber in litt.) Hydatina senta Ehrbg., mares de Vidy, espèce palustre des mares croupissantes. (Weber.) Proaies iigndia Gosse, phragmitaie de la Belette, littorale. (Weber, in litt.) Nageurs cuirassés. Enchlanis tremida Ehrbg., région littorale, phragmitaie de la Belotte. (Weber in litt.) Anurea acideata Ehrbg. type et var. hrevispina Gosse, pélagique du Petit-lac, rare. (Weber i)i litt.) A. colilearis Gosse, région pélagique du Léman, abondante en toutes saisons. Notliolca foliacea Ehrbg., région pélagique du Petit-lac, rare. (Weber in litt.) N. strata O.-F. Muller, phragmitaies du littoral (W^eber), variété labis Gosse, dans le lac à Corsier en avril 1889 et 1890. (Weber.) N. longispina Kellicott, région pélagique du lac, en toutes saisons. Plœsoma truncatum Levander, région pélagique du Léman, peu abondante. ROTATEURS, RRYOZÛAIRES 113 PL Hii" de fond. lUjthohoinns Leman'i Ed. (rrube. Le professeur de Breslau a (') Mém. Soc. phys. et liist. iiat. de Genève, XVII, II, 217. Genève 1862. (-) Bretscher. Die Oligoctiœten von Zurich. Revue suisse de zoologie, III, 499, Genève, 1896. — Beitriige zur Kenntniss der OligochPRtenfauna der Sclnveiz, ihid., VI, p. 369, Genève. 1899. (S) E. Piguet. Note sur la répartition de quelques Vers oligochètes dans le Léman. Bull. S. V. S. N., XXXV, 71. Lausanne 1899. ('•) Bretscher, in litt., décembre 1894. 116 BIOLOGIE donné ce nom (') à un Ver voisin du genre marin Œtellio, mais qui s'en distingue par l'absence complète du clitellum. Voici les caractères ([ui le différencient : « Deux soies dans les rangées latérales (parfois quatre soies), peu saillantes, la supérieure difficile à apercevoir; elles sont à crochet (Hackenborsten), mais ce n'est qu'avec de forts grossis- sements que l'on distingue les deux dents de la pointe extérieure. Le vaisseau dorsal envoie des rameaux qui le relient au vaisseau ventral, mais en outre, il montre des rameaux plus courts, disposés par paires et terminés en cul-de-sac. La peau est ti-ansparente. L'a- nimal est de grande taille, 4-5'^'" de longueur; il compte 40-62 segments ». (Fig. iOO.) Comme le Tuhlfex rhndorum, il vit dans la vase des régions littorales et profondes. Piguet ne Fa trouvé que dans la région profonde. Les œufs de cet Annélide sont enfermés dans de petits cocons ovoïdes, de consistance cornée, prolongés à chaque ex- trémité en un tube ouvert; ils sont abon- dants dans les détritus de la vase. Tubifex rivuloriDn Lam. Très abondants dans les parties vaseuses des régions litto- rale et profonde, ils disparaissent à partir de 80 à 100^ de fond. Limnodrilns Hoffmeisteri Clap. Comme le précédent, abondant dans la région littorale, pénètre dans les zones supérieures de la l'é- gion profonde ; il a été reconnu par B rets cher dans les envois du produits de dragages faits dans le Léman (•^). Psammoryctes barbalus Grube. A été reconnu par Piguet dans la région littorale et dans la zone supérieure de la région profonde. Ëtnholoccphaliis velutinus E. Grube. Ce beau Ver de grande taille, qui mesure jusqu'à 3 à 4^^^! de long sur i^m d'épaisseur est très abondant dans la région profonde à partir de 30 à 40'". Je ne l'ai jamais trouvé dans la région littorale. Grube l'avait d'abord rapporté au genre Sae- miris, en en faisant le S. velutinus {^). Mi'e H. Randolph, dans une (Fig. 190.) Bi/thonomus Leinani Ed. Grube, d'après un dessin d'E. Piguet. Gr. 2/1. (1) Jahresbericlite der Schlesischen Gesellsch.f. vaterland. Kultur.Breslau,1878> p. 72, 1879, p. 66. (2) Bretscher, déceml)re 1894, ai litl. (■■') IbicL, 1878, p. 71. ANNELIDES H7 étude sur les Tubilicidés('), a proposé la création pour cette espèce, et pour un autre Ver trouvé par elle dans le lac de Zurich et dans la Limmat, d'un genre nouveau caractérisé en ces termes : « G. EmholocephalHS H. Randolph. Gaine foi'mée de bactéries et de poussières étrangères, soudées par une substance agglutinante sé- crétée par l'épiderme. Absence d'yeux. Papilles non rétractiles, dis- posées en anneaux autour du corps. Tête rétractile. Tous les segments porteurs de soies ont des soies dorsales fili- formes, avec ou sans soies fendues en forme de pinceaux. Soies ventrales recourbées, sim- ples ou fendues, en fourchette ou en peigne. Les soies ventrales font défaut au Xle segment du Ver adulte. » « E. vehdiniis. Trompe. Papilles sensitives en deux anneaux à chaque segment. Soies dorsales filiformes, quatre à chaque faisceau. Soies ventrales, deux, recourbées, simples ou à peine fendues. Sac sétigère ventral du seg- ment X muni d'une glande accessoire. Néphri- dies entre les segments Vll/Vlll et VIII/IX. Longueur 3-5 "«. Nombre des segments 40-70. Habitat: Léman etlac de Zurich('^). » (Fig. 191.) Nous avons encore à noter le Stylodrihis heringianus Clap., ti'ouvé par Glaparède dans le Rhône de Genève et par Piguet dans un dragage à 120'» devant Ouchy. La déter- mination spécifique cependant est donnée par Piguet comme douteuse. Nais (Stylaria) prohosciclea MûUer. N. elinguis Mûller. L'une et l'autre rampant dans l'enduit de petites algues qui recouvre les rameaux des plantes submergées du littoral. (Fig. 191.) EiiiJ/olocephalus ve- littinus, d'après un dessin d'E. Piguet. Gr. 2,1. (') Beitrag zur Kenntniss der Tubificiden. Jenaische Zeitsclir. f. Naturwissen- schaft, XX, 462. Jena 1893. ('^) D'après Vejdowsky, Saenuris velutina Grube, Naïs papillosa Kessler du LiadogSL, Spirosperma fei'ox Eisen des lacs de Suède, seraient identiques. M"« Ran- dolph met en doute la similitude du troisième de ces noms. L'enveloppe papil- leuse extra épidermique est semblable à celle de Slavina appendiculata Vejdowsky. D'après Grube, elle est analogue à celle de Nais papillosa Kessler et de Tubifex papillosus Glaparède, cette dernière espèce marine. 118 ~ BIOLOGIE Chaetogaster Ihnnaei Baer, parasite des Limiiéesdu portdeMorges. Ch. diaphanus d'Ud., très abondant dans la région littorale (H. Blanc). AUolohophora fœtida Eisen. Cette belle espèce a été trouvée en 1883 dans la vase de la région littorale, à l'embouchure de la rivière la Morge; elle y était fréquente sous les pierres laissées à nu par la baisse des eaux en automne. E. de Ri beau court l'a retrouvée à Clarens('). A. veneta Rosa, subsp. Jwrttmsis Michaelsen, trouvée par E. de Ribeaucoui't à Glarens avec A. fœtida {-) dans les amas de poussières lacustres de la grève (•^). A. Hertnannl Michaelsen, trouvée par Ribeaucourt dans la vase du Flon et à l'embouchure de la plupart des ruisseaux affluents du Léman. [Id. in litt.] HiRUDINÉS. En fait d'Hirudinés nous avons : Hirudo medicinalis L., trouvée en un exemplaire devant les quais de Morges, évidemment eiratique, échappée d'une officine de phar- macie. Haemopis sangutsw/a L., abondante sur la grève inondée de la Belotte, près Genève (M. Be dot). Nephelisvidgaris Moq.-Tand. Très abondante dans la région littorale, sous les pieri-es; nage fort élégamment dans l'eau. Clepsi)ie bioctdata Sav, Cl. complanata. L. Cl. marginata. L. Ces trois espèces se trouvent sous les pierr-es des ténevières de la beine. Piscicola geometra L. Adhérente par ses ventouses sur les corps so- lides delà région profonde; de là elle monte sur les Poissons dont elle suce le sang. On la trouve en grand nombre sur les filets de pêche qui ont séjourné quelque temps sur le fond. Une à deux fois je l'ai prise nageant librement dans la région pélagique. BranchiohdeUa astaci Odier. Pai'asite des branchies de FEcrevisse. (') E. de Ribeaucourt. Etude sur la faune lombricide de la Suisse. Rev. zool. suisse, IV, 1896, p. 43. C^) Loc. cit., p. 42. (8) E. de Ribeaucourt, in litt. 12 mai's 1899. NÉMATODES 419 NÉMATODES Les Vers libres de cette classe que j'ai trouvés dans mes dragages ont été étudiés par le Prof. D^' Ed. Bu gnion, de Lausanne; les Vers para- sites des Poissons par G. Lune 1, de Genève, qui m'a donné une liste complète de ceux qu'il a trouvés dans ses dissections (•), et par Fr. Zschokke, de Bâle (-), alors à Genève, qui s'est appliqué à l'étude de la faune parasite des Poissons. Dorylainius stagnalis Duj., fourmille dans le feutre organique et dans les poussières que récolte la drague à filet. II est aussi abondant dans la région littorale que dans la région profonde, jusqu'aux plus grands fonds de 300'". Trilohus gyacilis Bastian. Comme le précédent. Gordius aquaticus L. Quatre exemplaires de cette espèce m'ont été apportés par des pêcheurs de Morges, de St-Prex, d'Ouchy et de St- Saphorin, par 30 à 200^ de fond. Il est probable que ce sont des Vers entraînés dans le lac par les ruisseaux; que c'est une espèce erratique dans la région lacustre. Zschokke a trouvé dans l'intestin d'un Omble des larves de 17™^ de long qu'il attribue à cette espèce. Mermis aquatUis Dujardin. Ce beau Nématode, blanc-rosé ou ver- dâtre, abonde dans le limon de la région profonde. J'en ai trouvé trois individus parasites dans le corps d'une seule larve de Tanypus dragué devant Morges par 40'" de fond. Dans la région littorale, il est aussi fréquent, et je le retrouve au printemps en nombre considérable au- tour des racines du Potamogeton ci'isjms. Sur deux plantes de cette espèce, j'en ai compté un jour 250 à 300 individus. Mermis chironomïï Siebold, vit en parasite dans la larve des Chiro- nomes. J'en ai recueilli quelques exemplaires, soit libres soit parasites, provenant de la région littorale de Morges. Filaria ovata Zeder, parasite du Goujon, de l'Ablette, du Rotengle et de la Giavenche. Dipharagiis denudains Dujardin, parasite du Chevaine. (1) Matériaux, loc. cit. [p. 25] 5*^ sér., | XL VIII. (2) F. Zschokke. Recherches sur l'organisation et la distribution zoologique des Vers parasites des Poissons d'eau douce. Arch. de Biologie, V. 1884. no BIOLOGIE D. filifornils Zschokke, parasite de l'Ablette. Cucullanus elegans Zed., parasite des Lotte, Perche, Truite et Brochet. C. Salariait Goeze, parasite de l'Ombre. C. glohulosus Zed., parasite de la Truite. Ascaris percae Goez., parasite de la Perche. A. gohionis Goez., parasite du Goujon. A. caj)sulavia Rud., parasite de l'Ombre et de la Lotte. A. a eus Bloch, parasite des Brochet, Lotte et Ablette. Ascaris iruncatula Rud., parasite des Pei'che et Omble. A. lenuissima Rud., parasite de la Lotte. A. adiposa Schrank, parasite du Brochet. £'c7iino/7iî/«c/*HspercaePall,, parasite de la Perche. E. cJavsecejJs Zed., parasite des Carpe, Loche et Gardon. E. )wdulosus Schr., parasite du Chevaine, de la Fera et de la Gravenche. E. glohuJos^(s Rud., parasite de la Truite. E. lid>eyosus Zed., parasite de la Truite et du Bro- chet. E. angustatus Rud., parasite des Brochet, Lotte, Carpe, Perche. F. proiet/sWestumb., Brochet, Lotte, Omble. Carpe, Ablette, Gardon, Chevaine. Kystes de Nématodes indéterminés Zschokke, pa- rasites des Fera et Lotte. (Fig. 192.) E7nea lacus- tris Du Plessis, d'a- près un dessin de G. du Plessis. Gr. 5/1. NEMERTIENS Emea h(custris G. du Plessis, découverte le 29 octobre 1891 sous les galets de la grève immergée d'Asnières près Genève par Du Plessis, qui Ta décrite d'abord sous le nom de Tetrasiemma lacustrisÇ-^), puis (3) Bull. S. V. S. N., XXVIII, 43. Lausanne 1892. NEMERTIENS, PLATHELMINTHES 124 l'a rattachée au genre Emea de Leidy(*). L'espèce lacustre de Du P 1 e s s i s diffère par la présence de deux fosses céphaliques de VEmea ruhra de Leidy qui en a quatre. (Fig. 192.) Du Plessis a constaté son Emea sous les pierres de la grève inondée et dans les mares de la grève inondable, dans tous les envi- rons de Genève; mais jamais ni dans le limon des dragages profonds ni dans les étangs, ruisseaux ou marais dans le voisinage du lac. Dans les bassins du jardin botanique de Genève, Jaquet l'a retrouvée; ces bassins sont alimentés par l'eau du lac. H. Blanc la pêche en abondance dans l'eau de ses aquariums, où il a fait déposer les phané- rogames delà beined'Ouchy. Depuis lors cette espèce, ou des Némer- tiens voisins ont été constatés à Zurich, à Bàle, en Angleterre, au Plônsee (Holstein), etc. PLATHELMINTHES Gestodes. D'après les notes de G. Lunel et les citations de Fr. Zschokke (^). Tous ces Vers sont parasites des Poissons, sauf une espèce, la Ligula, qui se trouve parfois à l'état de liberté. Caryoïphyllaeus jnscium Goeze, parasite de la Tanche. C. mutabilis Rud. Chevaine. TeirarrJiynchus lotae Zschokke. Lotte, Omble, Truite. Dibot}t}'iH}nUgula\)onn-dd\e[\ {Ligula simplicissima auct.), parasite de Perche, Carpe, Tanclie, Goujon, Rotengle, Gardon, Chevaine, Loche; se rencontre aussi à l'état de liberté dans la vase du littoral et de la région profonde. Les Vers que j'ai récoltés ont été déterminés par L. Lortet et Duchamp de Lyon, auteurs d'études spéciales sur ce groupe de Vers; ils ont reconnu l'identité d'espèce entre le parasite et la forme libre. Je tiens cette dernière pour erratique. Bothyioreplialus lalus Brems., à l'état de larve chez Lotte, Perche, (1) G. du Plessis. Organisation et genre de vie de VEmea lacustris. Revue Suisse de Zoologie, I, 3-29. Genève 1893. (2) Zschokke, loc. cit. [p. 119]. 122 BIOLOGIE Brochet, Omble. Voici en quelques lignes la can-ière de ce Ver; il intéresse l'Homme dont il peut devenir le parasite (i) : L'œuf tombe dans l'eau et y séjourne des semaines ou des mois; au bout de ce temps la larve soulève l'opercule de la coque et nage libre- ment dans l'eau sous forme d'un animalcule sphérique, de 50 l>- de dia- mètre, muni de cils vibratiles et de trois paires de crochets. La larve périt après quelques jours de vie libre dans l'eau, à moins qu'elle ne soit avalée par un Poisson. Dans ce cas, arrivée dans le tube digestif, elle perd son ectoderme cilié, elle perfore les parois intestinales à l'aide de ses crochets et, après avoir cheminé dans les tissus du corps, va se loger dans le tissu conjonctif d'un oi'gane, de préférence le foie ou un muscle. En 1881, Max Braun, à Dorpat, reconnut cette larve dans les muscles du Brochet, de la Lotte, delà Perche,du Saumon, delà Truite, de l'Omble, de l'Ombre. A Genève, Zschokke l'a trouvée dans la Lotte, la Perche, l'Omble, et plus rarement dans le Brochet. A cet état, la larve mesure de 8 à 30"^i"; elle représente ce qui sera le scolex du strobile ou le premier anneau de l'animal adulte. L'Homme mange un Poisson mal cuit; la larve arrive dans son intestin et s'y développe en un ver rubanné. Ce développement se fait très rapidement. Dans des expériences d'infection qu'il fit à Genève sur lui-même et sur quelques- uns de ses élèves, en 1887, Zschokke a obtenu comme maximum de croissance en 24 jours un ver de 850 anneaux et de 1.96™ de long, ou en 25 jours un ver de 900 anneaux et de 1.31™ de long. Notre pays passait autrefois pour un des foyers favoris du Bothrio- céphale large; un tiers, la moitié de la population, disait-on, était in- fectée par ce Ver. Une enquête statistique de Zschokke à Genève a fait juste raison de ce préjugé; cet auteur a montré que jamais la pro- portion des Hommes infectés n'a dépassé 10 %; que l'infection est en décroissance évidente dans les temps modernes; qu'en 1886 l'infection n'atteint pas le 1 % de la population {-). Bothrioceiiliahis infandihidiforniis Rud. Parasite de Fera, Brochet, Truite, Omble, Perche, Lotte, Ombre. (Zschokke.) Triaenophoi'us nodidosiis Rud. Pei'che, Lotte, Ablette, Truite, Ombre, Omble, Brochet. (1) Raphaël Blanchard. Les animaux parasites introduits par l'eau dans l'orga- nisme. Paris 1890. (2) Fr. Zschokke. Der Bothriocephalus latus in Genf. Gentralbl. f. Bakteriologie und Parasitenkunde, I, 377 sq. Jena 1887. PLATHF.LMIXTIIES 1*23 Cyathocephalus tvuncatus Pall. Fera, Lotte, (3mble. Taenia nodulosa Goeze. Rotengle. T. rugosa Gin. Lotte, Omble. T. longïcoUis Rud. Omble, Truite, Féfa. T. ocellata Rud. Perche, Fera, Omble, Truite, Rrochet, Lotte. T. filicollis Rud. Perche. T. salmonis-umhlae Zschokke. Omble. T. torulosa Batsch. Féia, Ablette, Lotte. Trématodes. D'après les notes de G. Lunel et de Fr. Zschokke ('). Tous pa- rasites. Diplostomiim volvens Nordmann. Gardon. D'iplozoo)t paradoxuni Nordmann. Lotte, Chabot. Tetracotyle percae Moulinié. Perche. Distoma rosaceuui Nordmann. Brochet. I). folium Olfers. Chabot, Ombre, Truite, Omble. D. nodulation Leder. Perche. D. longicolle Cheplin. Perche. Distomum truncatum Rud. Perche et Omble-chevalier. D. globiporuni Rud. Carpe, Perche, Gardon. D. laureatnm Zed. Truite. D. appendicidatnm Rud. Rrochet. D. Uicii Rud. Brochet. D. tereticoUe Rud. Rrochet, Chevaine, Ombre, Lotte, Omble, Ti-uite. Monostoma niavaenulae Rud. Chabot. Sporocyslis cottae Zschokke. Chabot. TURBELLARIÉS. Ils ont été étudiés avec soin par G. d u Plessls qui en a décou- vert et décrit plusieurs formes nouvelles (-); la plupart des espèces ont été communiquées par nous à L. de Graff qui, après nous en avoir (') Zschokke, loc. cit. [p. 119]. (2) Matériaux, loc. cit., [p. 25] |§ XVI, XXXI V, XXXVI, XXXVII, XXXVIII, XLV. 124 BIOI.OGIE donné une étude ('), les a fait entrer dans sa grande monographie des ïnrbellariés (-). Les Rhabdocèles habitent sur la surface de la vase, soit de la région littorale, soit de la région profonde ; ils nagent élégamment, portés par le courant de leurs cils vibratiles. Les Dendrocèles se trouvent de pré- férence sous les pierres de la beine. J'en donne l'énumération d'après la dernière étude de Du P 1 e s s i s (^). Dendrocèles. Pianaria aJhissima Yejdowsky. Ce Ver, originaire des eaux souterraines, qui se trouve en abondance dans les puits, s'en échappe pour vivre erratique sous les galets de la grève, à Corsier, à Bellerive, Genève, aux mois de mars et avril; il semble disparaître plus tard. Quoique parfaitement blanche comme la PL cavatica Fries, elle en diffère en ce qu'elle a deux points oculaires très petits, mais cepen- dant bien marqués. Polycelis nlgra Ehrbrg., abondant sous les galets du rivage dans tous les lacs de la région. Dendrocœlum lacteum Oerst. Très abondante sous les pierres du littoral et sur toutes les côtes du lac, cette espèce descend dans la région profonde où elle est assez fréquente. Les individus dragués en eau profonde sont de petite taille, colorés en rose pâle (ce que D u Plessis attribue à leur alimentation composée essentiellement de petits Crustacés) et parfois aveugles. Bothrioplana dorpatentis Braun. Sous les pierres de rivage et dans l'enduit d'incrustation des galets à Corsier, Genève. Du Plessis, l'auteur de la trouvaille, tient ce Ver aveugle pour un erratique échappé des eaux souterraines. Rhabdocèles. — Mierostonia lineare Œrst. Dans la région littorale et dans la région profonde. Ces derniers sont parfois aveugles et privés de nématocystes (G. du Plessis). Fuhrmann constate les mêmes faits dans des individus péchés dans des marais. Stenostoma leucops 0. Schm. St. unicolor 0. Schm. Macrostoma hystrix Œrst. (1) Matériaux, loc. cit., |p. 35], 3^ série, | XXXVI. (2) L. V. Graff. Monographie der Turbellarier, I, Rhabdocœla. Leipzig 1882. (S) D"" G. du Plessis. Turbellaires des cantons de Vaud et de Genève. Rev. Suisse de Zoologie, V, 119. Genève 1897. PLATHELMINTHES 125 Prorhy)ic}tus stagnalis Max Schulze. Gyrator herma})}iroditiis Ehr. Tous ces Rhabdocèles se ti-ouvent aussi bien dans la région littorale que dans la zone supérieure de la région profonde. Les individus péchés dans la région profonde sont plus petits, plus pâles, plus trans- parents; leurs points oculaires sont à peine visibles ou sont nuls. Macrorhynchus lemanus G. du Plessis, diffère de M. helgolcmclicus GralT, en ce que les vaisseaux aquifères sont convergents en une grosse vésicule contractile qui occupe toute la pointe postérieure du corps; le pénis est inerme. La vésicule à venin est au milieu du corps et ne porte point d'aiguillon. — Cette espèce a été découverte par Du Plessis d'abord à Morges dans la région profonde du lac, puis dans la couche glaireuse qui revêt les galets de la grève inondée à Corsier près de Genève, et décrite dans le ZooJogischer An:eigc)'{^), plus tard il l'a retrouvée à Yverdon dans le lac de Neuchâtel. Vortex viridis M. Schultze. Signalé par E. Penai'd comme trouvé dans le lac à Genève (2), tandis que G. du Plessis affirme que ce Ver n'existe pas dans le Léman, et a besoin pour son habitat d'eaux sta- gnantes à multiples dessicationsC*). Vortex scoparius 0. Schm., dans les galets de la région littorale à Corsier près Genève (G. du Plessis). Vorlex truncatus Ehrbrg. Dans la région littorale sur les galets de la grève. D'après Du Plessis, le soir, par les temps couverts et calmes, ce Ver se mêlerait à la surface aux cohortes des animaux pélagiques et se trouverait dans les produits de la pêche au filet fin. V. coronarins 0. Schm., région littorale, Corsier (Du Plessis). Vortex triquetrus Fuhrman. Trouvé dans le lac, à la Belette, en juin 1899(i). Mesostoma Vuigua 0. Schm., eri'atique dans la grève submergée de Vidy (Lausanne), Corsier et Bellerive (Genève) (Du Plessis), la Be- lotte (Fuhrmann). M. rostratum Ehrbrg., trouvé par Du Plessis dans la région littorale du Léman; il se rencontre aussi dans la région profonde à 45^ devant (1) XVIII, 2'). Leipzig 1895. (2) Archives de Genève, XXIV, fi41. 1890. (3) Loc. cit. [p. 124], p. 125. (*) 0. Fuhrmann. Turbellariés des environs de Genève. Rev. Suisse de Zoologie, VII, 717. Genève 1900. 126 BIOLOGIE Ouchy, dans le détritus moléculaire du fond, mais dans ce cas il est toujours fort pâle et très petit. Mesostoma trunculum 0. Schm., également trouvé par Du Plessis dans la région profonde, 30-40™, devant Morges et Ouchy. M. productum Leuck., trouvé deux fois par D u Plessis dans la région littorale près de Lausanne. Tijphloplana viridis 0. Schm. Région littorale et région profonde (Du Plessis). T. Halleziana Yejdowsky, originaire des eaux souterraines, erratique dans la région littorale de Corsier, Bellerive, etc. (Genève) (Du Plessis). Cateuula lemnae Dugès. Grève inondable à Vidy (embouchure du Flon) et à la Gabiule (Genève) (Du Plessis). TypJdoscolex Vejdoicskyi Sek. Trois exem- plaires trouvés par D u Plessis dans les incrus- ^ totions des galets de Corsier (Genève). Caslrada horrida 0. Schmidt, var. vindu Volz(^). Cette variété nouvelle découverte par Yolz et confirmée par Fuhrmann(2) a été trouvée sur la grève du lac à Anières, Genève. Allgigc.èles. — Plagiostorna Lemani G. du PI. Cette belle espèce a été déterminée par D u Plessis dans le produit de nos pèches de la région pi'ofonde; il l'a décrite en 1874 sous le ,T.. loo 7.^ . • ■ nom de Vorfex Lema)ù.(^. PJlle est abondante (iig. 193.) Monotus morgwnsis ^ ' Du piessis,d'après un dessin dans les prolondours de 20 à 100™. Nous ne de G. du Plessis. Gr.20/1. ,, . . , i . ■ i-x. i 1 avons jamais vue dans la région littorale. Depuis lors elle a été constatée dans la région profonde des lacs suisses, dans un marais près de Bàle (Fuhrmann), danslelacPeipus (Braun), dans le lac de Pion (Zacharias). Ce Ver nage sur la vase, mais ne .s'élève pas dans l'eau. (V W. Yolz. Ueber neue Turbellarien ans der Sclnveiz. Zool. Anz., XXI. 605. Leipzig 18118. (^) 0. Fuhrmann. Ibid., p. 124. (■■') Matériaux, loc. cit. [p. 25] l'"'' sér., | XVI. l'LATllELMINTHES lt>7 Le genre Plagiostuma est caractérisé par Grat'f : « Plagiostominés sans tentacules à l'extrémité antérieure du corps, laquelle est termi- née en pointe mousse. » 11 renferme essentiellement des espèces ma- rines : le PI. Lemani, la seule espèce d'eau douce jusqu'à présent connue, est un Ver de 7'""i de long, 'i'"'" de diamètre, cylindrique, ovoïde allongé, le dos bombé, d'un blanc laiteux, marbré sur le dos d'un réseau anastomosé et ramifié de lignes noires; deux points oculaires noirs. (Fig.194.) Monotus mor- glensis G. du Pies- sis. Ce Ver a été déterminé par G. du Plessis dans le produit de nos pêches de Morges en 1875 (/). 11 vit à la surface de la vase et du sa- ble jusque dans les fonds de (30m, nage rapidement et s'élève même dans l'eau. Je ne l'ai jamais trouvé dans les filets péla- giques. 11 est abon- dant dans toute l'étendue du lac, et depuis lors il a été l'etrouvé dans les lacs suisses, allemands, russes, etc. Voici la diagnose de l'espèce : « Monotus lacustre, longueur 1 à 2"im^ largeur 0,5 àl""". Couleur fauve, à tache médiane roussàtre. Une grande vésicule sensitive avec large lentille sphérique placée sur le front entre deux taches de pigment. » (Fig. 193.) (Fig. 194.) Pliigiostoma Ltmani Du Plessis, après un dessin de G. du Plessis. Gr. 12,1. (1) Matériaux, loc. cit. |p. 251 3« sér., | XXXVIII. — G. du Plessis. Rhabdocéles de la faune profonde du Léman. Arch. de Zool., exp. et gén., II, 48. Paris 1884- — Notice sur les Monotides d'eau douce. Zool. Anz., VIII, 291. Leipzig 188."). l'28 BIOLOGIE COELENTERES HYDRO-MÉDUSES Ce type n'est représenté dans nos eaux lacustres de Suisse que par le genre Hydru, le Polype d'eau douce. Dans le Léman nous connais- sons : Hydra vulgaris Pall. H. vindis L., H. grisea L., et peut-être encore d'autres formes. Ces Polypes appartiennent à la région littorale ; ils se fixent sur les corps solides, pierres, bois et herbes aquatiques. H. rubra Lewes. Cette petite espèce, dont la couleur varie du rouge de sang au rose pâle est abondante aussi bien dans la i-égion littorale que dans la région profonde. SPONGIAIRES SpongUla ^arws^Hs Lieberkïihn. Cette Eponge est abondante dans la région littoi-ale du Léman. G. du Plessis, Blanc, et moi-même nous l'avons trouvée partout sur les bords, ou bien étalée sur les pilotis et murailles, en grandes plaques vertes, d'où s'élèvent parfois des masses plus ou moins arborescentes fort développées (pilotis du débarcadère de Morges), ou bien sous les pierres de la grève sub- mergéeet delà beine, en plaques discoïdes jaunâtres. En revanche nous ne l'avons jamais aperçue dans la région profonde du Léman, pas plus sous la forme de colonies vivantes que décomposée en spicules qui, n'auraient pas échappé à notre microscope. A propos de cette espèce, je puis citer un fait qui montre bien les variations, inexpliquées d'ailleurs, dans l'habitat des animaux. Vers 1880, je trouvais en abondance la Spongille dans sa variété arbores- cente sui- les pilotis du port de Moi-ges et du débarcadère des bateaux à vapeur ; elle y formait de superbes colonies discoïdes avec de lon- gues arborescences. A paitir de 1882 elles ont complètement disparu et je ne les ai pas revues depuis. Je trouve toutefois quand je veux les SPONGIAIRES, PROTOZOAIRES 129 chercher les plaques discoïdes aplaties sur les pierres des enroche- ments des quais. Les Eponges s'accroissent fort vite. Le 8 novembre 1884, je notais que les blocs de pierre jetés dans l'eau pendant l'été précédent, devant la ville de Morges, pour former l'enrochement des murs du quai Lochmann, étaient déjà, après quatre à cinq mois à peine, habités par des plaques de Spongille de 3 à 7*^™ de diamètre. Dans l'hiver de 1900, je voyais des plaques d'Epongé de 30 à 40<^™ de diamètre, sur les planches d'une barque tirée sur le rivage pour des réparations. Com- bien d'années s'étaient écoulées depuis la dernière réparation de ce genre'? Quel était l'âge de ces colonies '? Je ne le sais, mais en tout cas ce n'était pas un grand nombre d'années. PROTOZOAIRES Dans l'embranchement des Pi'otozoaires, comme dans celui des Pro- tophytes qui suivra, nous avons afïaire à un monde très abondant, riche en formes, dont beaucoup sont nouvelles. Des travaux nombreux et importants nous ont présenté des sociétés d'êtres minimes, le plus souvent microscopiques, dont le rôle est probablement considérable dans l'économie de la nature. Mais ces recherches ne sont encore qu'une première introduction, et la connaissance complète, la juste appréciation de la valeur de ces protistes, sont bien loin d'être suffi- santes. Je me suis trouvé amené à changer ici le plan de mon catalogue des êtres vivants. Tandis que pour les embranchements précédents du règne animal j'ai pu décrire i-apidement et figurer toutes les espèces spéciales au Léman, ou nouvelles, découvertes ou décrites pour la pre- mière fois dans ses eaux, pour les êtres microscopiques que nous devons énumérer actuellement, je me bornerai, poui- les espèces nou- velles que je rencontrerai, à les signaler et à donner avec attention la bibliographie de leur description; les spécialistes n'auront pas de peine à les retrouver. 130 BIOLOGIE INFUSOIRES Etudiés dans notre lac par G. du Plessis('), H. Blanc (-), Im- hof(3), J. RouxCO- Vorticella convallaria Ehr., fixée sur tous les coips solides des ré- gions littorales et pélagiques. Elle est constante en particulier sur l'Algue pélagique Anahaena circinalis dont chaque flocon porte des centaines d'individus de l'Infusoire. Je tiens cette cohabitation, qui ne fait jamais défaut, pour un cas de commensalisme, sans que je sois capable de l'expliquer. Chodat a constaté le parasitisme de la Vorticelle sur une autre Algue, Sphaeroct/stis Schroeteri. V. nehulifera Ehr., région littorale. (Blanc.) Carchesium polypinum Ehr., sur les bois et plantes de la région littorale. Zoothamniiim arhuscula Ehr., région littorale. Epistylis lacnstris Imh., sur les carapaces des Crustacés de la région pélagique et profonde. Halteria grandinella Duj., faune littorale près de Genève. Penard l'a trouvée en 1890; le corps était bourré de corpuscules verts de chlorophylle (Zoochlorelles) ("■). Ophrydium versatile Ehr., région littorale. Les colonies gélatineuses d'un blanc verdâtre, grosses comme des pois, des noisettes ou des noix, abondent sur les Gharas et les Phanérogames de la beine. Vaginicola tincta, région littorale. (Blanc.) Trochilia palustris Stein, vue par Du PI es sis dans Feau de lavage des plantes récoltées dans la beine devant Vidy. (>) Matériaux, loc. cit., [p. 25], "V« série, § XLVI. (2) Communications personnelles. (') O.-E. Imhof. Faune pélagique des lacs suisses. Arch. de Genève, X, 349. 1883. — Studien zur Kenntniss der pelag. Fauna der schw. Seen. Zool. Anz., VI, 466. Leipz. 1883. — Resultate meiner Studien, etc. Leipzig 1884. — Weitere Mitt., etc. Zoolog. Anz., VIII, 160. 1885, etc. (*) Observations sur quelques Infusoires ciliés des environs de Genève. Revue Suisse de Zool., VI, 557. 1899. Ce travail du D"" Roux qui est si plein de promesses, s'est malheureusement arrêté aux étangs et bassins de la campagne de Genève. Dans des communications personnelles, l'auteur a bien voulu compléter ces notes. (S) E. Penard. La Chlorophylle dans le règne animal. Arch. de Genève, XXIV, 638. 1890. INFUSOIRES 131 Spiyostomuniambiguum Ehr., nage sur le limon de la région litto- rale et de la région profonde. Stentor coeruleus Ehr., St. poU/morphus Ehr., St. Roeselii Ehr. Ces trois espèces, tantôt nageantes, tantôt fixées sur des corps solides, se trouvent dans les eaux littorales et profondes du Léman. Bursaria truncalella MuUer, région littorale. Coleps liirlus Ehr., sur le sable de la beine de Genève en très grand nombre; le corps rempli de Zoochlorelles. (E. Penard.) Loxophyllum meleagris Duj., nage en abondance sur le feutre orga- nique de la région profonde, zone supérieure. (E. Penard.) Trachelins ovuni Ehr. Dans l'eau de lavage des Phanérogames de la beine à Ouchy. (Blanc.) Pavamecium axirelia Ehr., région littorale. (Blanc.) Acineta elegans Imh., sur les carapaces des Entomostracés de la ■région profonde. Podophrya cyclopuiii Glap., indiquée par Imhof dans les eaux pé- lagiques. A ces Infusoires indiqués jusqu'à présent par divers naturalistes, je puis ajouter une liste dressée par M. le D»" Jean Roux, de Genève, qui énumère le produit de cinq pêches différentes à la Belotte, à Pregny, à Hermance, près Genève, toujours dans la région littorale. Je marque d'un astérisque les espèces que Roux tient pour établies dans le lac. les autres n'étant probablement qu'erratiques. L'étude plus complète que nous promet le jeune Docteur de l'Université de Genève nous fera connaître à fond les questions faunistiques de cet ordre intéres- sant. Vorticella nebuUfera. y. microstûma. V. campanula. Carcheslnm pohjpinuni . C. spectabile. Epistylis Steini. E. plicatilis. Rhahdostyla hrevipe^. * Halteria grandinella. Urocentnim turbo. Oph rgdium versalile. * Chilodon cucullulus. TrochiUa paltistris. Aspidisca lijnceus. * A. costata. Eujilotes Oiaron. E. pateîla. Balladina parvula. Stylonichia myfilus. St. pustulata. Gastrostyla Stei7ii. Uroleptus mohilis. 132 BIOLOGIE Stichotricha secunda. Oxytricha pellionella. 0. ferruginea. Urostyla grandis. Blepftarisma laterilia. Bl. muscuhis. Spirostomum amhiguum. Stentor poli/morphus. St. cœrideus. St. igneus. Coleps hirtas. C. amphacantus. Lacrymaria olor. Urotrïcha lagenida. Prorodon teres. Loxodes rostrum. Lionotiis fasciola. Lîoriotus lamella. Ampliileptus Claparedei. Nassida aurea. Glaiicoma piriforniis. Gl. sc'mtUlans. Frontonia acuminata. Colpidinni colpoda. Chictochilum niargaritaceum. Uronema marina. Microthorax pusillum. Paramecium caudatum. * P. hursaria. * Lemhadion bidlinum. Pleuronema chrysalis. Cyclidium glaucoma. Strobilidium girans. Epistylis Steini est parasite de Gammariis pidex; Rhabdostyla brevipes est parasite de CycJops sp. Dans la région pélagique, Roux n'a trouvé que quelques Vorticelles^ entre autres Vorticella nebidifera et V. sp., fixées l'une et l'autre sur des Fragilaria. IMASTIGOPHORES Flagellés. Di)iobryo)i sertularia Ehr., D. cylindriciim Imhof, D. divergens Imh.^ D. elongatum imh., D. stipitatmn Stein, var. lacustris Chodat(i), très abondantes dans la région pélagique d'où chaque pêche en rapporte des myriades. Uroglena volvox Ehr,, dans les eaux littorales. A^iisonema grande Stein, dans la région profonde. (1) Imhof. Zool. Anz., 665. 1883. — Fauna der Alpinen Seen. Naturhist. Gesellscli. Graubûndens. 1887. — Chodal Bull, Herb. Boissier, V , 304. 1897. La variété lacustris de D. stipitatum est décrite et figurée par Chodal, p. 306. MASTIGOPHORES 133 Salpingoeca convallaria Stein. parasite sur une Algue pélagique. rt ;i « Dialomella Balfouriana Sm Epitliemia Argus Ehr. var. alpestris W. Sm E. i. conslrietum Ehr. . (j. geminaturn Lyng. . G. gracile Ehr. . . . G. helveticum J. Br. et var G. intricatum Ktz et va G. olivaceum Lyng. . 6. parvulum Ktz. . . G. subclavatum Grun. Ilnnischia amphioxys Grun et um + I ^' + |r + r + r + c c + + + r r r c r c r c r c + r c c r + + + + + + var Mastogloïa DanseiTlnw . . M. Smithi Thw var. liicustris Grun. . . Melosira arenaria Moore. . .V. cateiuUa J. Br M. crenulata Ktz M. distans var. nivalis W. Sm .1/. variait s Ag ileridion circulare Ag. . . Navicula Breb. Ce genre a été subdivisé par Clève. dans les 7 genres suivants Anomaeonisbrachysira Breb A. exilis Grun. . . , A. serians Breb. . . . A. s])haerophora Ktz. . A. zellensis Grun. . . Caluneis alpestris Grun. C. amphisbœna Bory. . G. Hebes Ralfs. . . . C. Schumaniana Grun. var. trinodis Lewis. G. silicnla Ehr. . . . var. alpina Gleve. . var. gibberula Ktz. . var./oH o *- -a s ^5 a •^ 'S» o '^ bacillifurmis Gi'un. bacillum Ehr. . . binodis Elir. . . cincia Ehr. . . . var. Heufleri Grun. cocconeiformis Greg, cryptucephala Ktz. var. veneta Ktz. . cuspidata Ktz. . var. anibigua Ehr. dicephala W. .S m. digitoradiata Greg. gastrum Ehr . . Ehr. . . var. schizo)ieinoides v. Hli helvetica J. Br. . hungarica Grun. lanceolata Ktz. . var. tenella Breb. minima Grun. . var. alomoides Grun mulica Ktz. . . var. Gi'pper/îawaBleicl nivalis Ehr. oblonga Ktz. . pelliculosa Hilse et Breb peregrina Ehr. . . var. meiiiscus Schum. var. «lentscîiius Schum placentuln Ehr. pupula Ktz. . pusilla W. Sm. pygmea Ktz. . . radiosa Ktz. . . Reinhardti Grun. rhynchocephala Ktz rotaeana Rab. salinarum Grun scutellotdes W. Sm seminulum Grun. tuscula Ehr. . . vi7-fdula Ktz. . + + + Ehr Ehr iV vulpina Ktz. . Neidium affine Pfitr. et var. rhodana J. Br var. amphirhynchus N. amphigomphus Ehr iV. bisulcatum Lagt. A'. îr/di.s Ehr. . . . var. ampUata Ehr. iV. productum W. .Sm. Pinnularia alpina W. Sm P. appendicnlata Ag P. borealis Ehr. . P. Brebissoui Ktz. P. daclylus Ehr . /'. divergens W. Sm. et var P 3î?)b« Ehr. . . . P. interrupla W. Sni. P. io ki gelée des Batradwspernium . (Ghodat, loc. cit., VI, p. 466.) Characées. Ces plantes ont été étudiées avec grand soin par le D^' J. AI ii lier de Genève. Voici Fénumération complète des espèces et variétés qu'il a décrites dans ses Characées genevoises (i). Je ne cite que celles qui appartiennent à la flore lacustre du Léman. NiteUa siincarpa Al. Braun. r. Jaxa. xAu bord du lac, Bellerive, sous Vesenaz, à Versoix, Genthod. f. 'nicrustata. Versoix, Genthod. p. lacufilns Al. Br. Pierrettes, Versoix. '{. capituligera Al. Br. Bellerive. f. incrustata. Bellerive, Versoix. Nitella capllata. Versoix. f. zonaia. Beine devant Morges. f. incvHstata. Versoix. Nitella opaca Al. Br. [1 conglonierata Al. Bi'. BelleriA^e. Nitella Foi'eliana Mûll.-Arg., espèce nouvelle reconnue par M. le pro- fesseur J. Millier de Genève d'après quelques rameaux dragués devant Morges en 1883 par 20 à 25"i de fond. C'est la forme qui descend le plus bas. sur les talus du mont. Voici la lettre que j'ai reçue de Millier 20 mai 1883 : « Votre Nitella est très voisine de la N. opaca, mais elle en diffère, ainsi que des A^ si/ncarpa et capitata, par des rayons très largement arrondis, obtus à leur sommet, non acuminés en pointe so- lide. Elle est dioique; les plantes rerues sont mâles, la femelle est encore inconnue. Les anthéridies sont absolument dépourvues d'une couche gélatineuse involvante. La plante est uniformément incrustée, mais infé- (1) J. Miiller. Les Characées genevoises. Bull. Soc. bot. genevoise, n° 2, février 1881, p. 42 sq. ALGUES 153 rieurement les tiges sont très dénudées et transparentes. L'espèce va donc à la section EunitcJla Al. Bi\, ser. Monarthrodactylae Al Br., i<^. Rayons indivisés, fl. dioïques. L'espèce est nettement différenciée, et doit se placer entre N. opaca et N. fle.rUis. » Nilella flexilis Ag. Embouchure du Boiron. Nitella hyalina Ktitz. Piercettes, S'-Sulpice, Genthod, Versoix, Bellerive. Chara ceratophiilla VVallr. a. macmcantha MiJUer. Bord du Mont devant Morges. [1 macropUla Kiitz. Cologny, la Belotte, rade de Genève, Morges (bord du Mont). Y. macroleles A. Br. Genève, Cologny. 0. i)i ter média Mull. Yersoix. £. tmnsievs Mull. Morges, bord du Mont. s;. microptUa Al. Br. Morges, bord du Mont, r,. heteromalla Al. Br. Genthod. Chara contraria Al. Br. £. micracanlha Miill. Cologny. d. elongata Mïill. Cologny, Genève, p. rnacroteles Mull. Yesenaz, Bellerive, Versoix. X. Paicheana Mull. Bellerive. >.. conneciens Mull. Bellerive. V. abbreviata Mull. Bellerive. Ch. foetida Al. Br. r,. minntala MiiU. Vesenaz. [1. lonyibracteata Rabenh. Genthod, Nyon. ^, senii corticata Mïill. Port de Genève. 0. divergens Al. Br. Versoix, Coppet. t:. laxior Al. Br. Port de Genève. a. expansa Al. Br. Cologny. CJi. hispida Al. Br. d. rwrffs MïiU. Cologny, Versoix, Genthod. Ch. aspera Willd. a. dasyacantJia Al. Br. Versoix, Coppet. p. genuina Mull. Belotte, Bellerive, Versoix. 154 BIOLOGIE '{. sub'mcrmis KLitz. Versoix, Hermance. 0. longispina Kiitz. Belotte, Bellerive. Char a fragilis Desv. 7. Bcryxetiana Miill. Port de Genève. Z,. tenuissiiiia Mûll. Coppet. i}. eJongata KiJtz. Genève, Versoix. t. gennxna Mûll. Thonon, Coppet. V. delicatuhi Br. Versoix. CHAMPIGNONS P H Y C M Y C E T E s. SapropJtycées. Saprolegnia ferax Ktz., se (iéveloppe sons la forme d'une mousse blanchâtre sur les cadavres des animaux morts; on la voit apparaître même pendant la vie des Poissons malades, Perches atteintes du typhus (F.-A. Forel), Brocliets malades (Blanc), des Hydrachnides(Lebert). Achlya proliféra Pringsh., comme la pi'écédente, sur ie corps des Brochets malades, dans le port de Bolle 1887 (H. Blanc). ARCHEGONIEES BRYOPHYTES HÉPATIQUES. Biccia glauca L. et R. crystallina L., dans la vase humide des bords du lac de la plage de Versoix. Riella (Duriaea) Rcuterl Montagne, sur la plage de Versoix. Cette HRYOFHYTKS 155 plante n'était connue que dans cette station. Elle a disparu depuis que la grève a été envahie par le quai du Château Bartholony vers 1880 ('). Elle avait été trouvée par Reuter le 6 octobre 1851 (''); elle n'a donc pas duré trente ans dans sa vie scientilif|ue. Mousses. En fait de Mousses lacustres nous n'avons que peu d'espèces. J'en extrais la description de notes que le D'' J. Amann à Lausanne a eu l'obligeance de rédiger à mon intention. Tltamnlum Leinani (J.-B. Schnetzier), sur les piei-i'es de la Moraine submergée d'Yvoire par 60'" de fond (^). Cette Mousse, signalée par notre ami le peintre F. Bocion qui l'avait vue sur les pierres rap- portées par les filets des pêcheurs, draguée par moi en juillet 1885, a été décrite par Schnetzler comme une variété de Thammum alope- ciirum, var. Lemani (^). Les différences qui séparent cette forme lacustre de l'espèce type sont telles que nous n'hésitons pas, Amann et moi, à en faire une espèce que J. Amann décrit comme suit en la comparant au Th. alopecunnn : « Pas de rhizome rampant. Tige flot- tante, grêle, allongée, longuement dénudée, et hérissée par la nervure persistante des feuilles; ramification irrégulièi-e, nullement dendroïde. Feuilles plus fortement dentées à la partie supérieure, la dentelure très forte et parfois double. Tissu foliaire composé de cellides plus grandes, plus régulièrement hexagonales. Cellules apicales 22/6 \>; cel- lules supérieures 11/7 [j., cellules moyennes 11/1 1 p., cellules inférieures 16/5 \>., celkdes basilaires 20/6 ;j.. Largeur de la nervure à la base 45 îJ.,à la moitié 30 {>■. au sommet 12 [i. Les cellules marginales moyennes plus étroites et plus allongées 18-27/6 [>-, sur ti'ois ou quatre rangées, forment une marge distincte plus fortement colorée en jaune. » Amann ajoute : « Ces différences morphologiques et anatomiques peuvent sans doute être attribuées à l'influence des conditions de milieu extraordinaires où végète cette Mousse, à 60"' de pi-ofondeiu-. Mais comme rien ne (*) If //. Bernet. Catalogue des Ilépaliques du sud-ouest de la Suisse. Genève 1888. (2) W. Barbey. La grève de Versoix près Genève. Bull. soc. .Murithienne du Valais, XII, 1884. (3) T. I. p. 140. (4) Bull. S. V. S. N. XXI. 25. 1886. XXII. 130. 1887. Uotanisch. Centralblatt. XXIII, NO 37, 1884. 156 BIOLOGIE nous force à voir dans ce TIi. Lemani une simple forme immergée du Th. alopecururii, nous estimons qu'il est plus rationnel de le considérer comme une espèce à part. » Cette Mousse qui croît dans des conditions si différentes de ses con- génères, dans des conditions si différentes, même, de toutes les autres plantes lacustres (les dernières Characées s'ari-êtent dans le Léman à 25'" de pi'ofondeur) est cependant brillamment chlorophyllée et dans un état prospère de végétation. En mars 18!)0 j'ai recueilli sur la moraine d'Yvoire des pierres recouvertes de très jeunes Mousses, à l'état de proloiiema, ainsi que Jean Dufour l'a constaté sur des échan- tillons frais. Foniiiudïs antipuretica L., sur les blocs de la grève caillouteuse inondée, entre St-Prex et Fraidaigue ; ti-ouvée par moi en mars 1897. C'est la seule localité où je l'aie jusqu'à présent notée dans le Léman. Trichoslonium sp. En détachant du tuf lacustre delà Pierre aux Béjus sous Pi'éverenges, à la limite des eaux extraordinairement basses du '20 avril 1900 ('), j'ai trouvé dans ce tuf une Mousse stérile que le L)i" Amann a attribuée sans hésiter au genre Trichostonnini, mais qu'il n'a pu jusqu'à présent rapportei- à aucune espèce connue du genre. Cette plante a vécu sous l'eau, et n'a pu, vu les conditions actuelles du régime du lac, arriver à l'air que pendant quelques jours, une ou deux semaines au plus, dans le mois d'aviùl. tous les quatre ans. Il n'est pas admissible que cette Mousse date du tefiipsoù la partie qu'elle habite était émergée chaque hiver; nous devrions remonter pour cela avant 1885, ou mieux avant 1864 (^). C'est donc bien une Mousse submergée. Amann en fera une étude qui sei'a certainement fort intéressante. Outre ces trois Mousses lacustres, Araanu m'a remis la liste des Mousses assez nombreuses qui habitent la grève inondable et la grève exondée. Nous les retrouverons lorsque nous ai'riverons à la descrip- tion de ces réafions. {•) D'après l'art. 8 du règlement des barrages de Genève (septembre 1892) tous les quatre ans le niveau du lac est abaissé, pendant quelques semaines, à 20 centi- mètres au-dessous du minimum conventionnel, cela pour permettre les répara- tions d'entretien aux murs des quais. L'année 1900 a été l'une de ces années à niveau extraordinaire au-dessous de l'étiage. L'eau était ce jour-là à la cote ZL + 0.95'". (^) Voir le tableau limnimétrique, t. I, p. 48H. PTÉRIDOPHYTES, ANGIOSPERMES 157 PTERIDOPHYTES Equisetacées. Equïsetnm palvstre L., sur la grève inondable et inondée. E. ramosissimvni Schl. et E. vanegaium Schl., sur la grève exondée. (Wilczek.) PHANEROGAMES Pour les Phanérogames je désignerai par des initiales les noms des personnes auxquelles je dois les indications de localité des plantes les moins banales : K. : Auguste Koch à Morges, inspecteur forestier; M : Auguste Mermod à Aigle; Pv. : D. Rapin, l'auteur du Guide du bota- niste dans le canton de Vaud; G. : Gremli, Flore de la Suisse; W. : D^' E. Wilczek, professeur à l'Université de Lausanne. ANGIOSPERMES Monocotyledones. Glyceria pUcala Frxes et ai. /Iliituns R. Rrown, dans la lagune de Vidy. W. Aira littoralis Godet, grève caillouteuse. M. Phragmiles co m tri nuis T vin., dans le lac, de Villeneuve au Bouvei-et, au fond des golfes de Morges, de Rolle, dans les estuaires de rivières, -sur la grève, etc. Carex ^tricla Good, sur la grève humide où elle forme des ilôts de verdure, très répandue. 158 BIOLOGIE C. [lava L., même habitat. Les Piei-ietles, le Boiron, etc. K. C. paludosa Good. Dans les losftés inondés des bords du lac à Ville- neuve. M. Ileleoclidris airoptirpnrea Kinitli. (Scirpus Leresdiei Thomas), sables humides de la grève, enti-e S^^-Sulpice et les Pierrettes, R. G. pêcherie d'Allaman. K. H. aciculai'is 11. Bi'., grève inondable. Bouveret, F.-A. F. Scirpus lacustris L. Embouchures de l'ivières, Boiron. K. Se. Iriqueier L. Vidy, Grangettes. Al. Se. mucronaiiis L. Gi'angettes, Tour de Peilz, (V) M. G. Se. lioloseliooiusL. Grèves sableuses et embouchures des rivières, PieiretteSjVenoge, Boiron,Aubonne, Dullive,Versoix,Coudrée. B. K. G. Se. supivus L. Grèves humides, estuaires, Grangettes, S^-Sulpice, Pierrettes, Boiron, Versoix. R. G. Ci/perns fhivescois L. et (-'. fusciis L., sur la grève inondable. Pier- rettes, les Grangettes. K. (.', Io)u/us \j. Emboucliures de rivières. Flon. K. lypha latifoUa L. Embouchures de rivières, Venoge. Acoriis ealamus L., grève inondée. Grangettes près Villeneuve. R. (D'après Durand et Pittier, cette plante d'origine étrangère ne se re- trouve plus dans noti'e pays.) Juncus bufo)}ius L. et J. ariirulaius L., grèves inondées après la retraite des eaux. Le second à l'Embouchure de la Venoge. K. ,/. lanrprocarpos Ehrli., de même aux Grangettes. K. J. ohtusiflonis Ehrh. et J. congloineyatus L., grève. AV. Lemna trhidca L., L. ni'nior L., L. gibba L., //. polijvhiza L. Ces petites plantes flottantes sont entraînées par les ruisseaux dans le lac où elles sont à l'état erratique. Pelles ne se multiplient que dans les eaux stagnantes de quelques mares de la gi-ève ijiondable. Caulhàa frag'tlif< Willd. {Najas minor Ail). Eaux stagnantes sur les bords du lac. Vidy, Nyon, Goppet, Versoix. R. G. ZaniehcUia palust ris L., abondante dans le Rhône en aval de la ville de Genève. Z. tennis Reuter, dans les mares de la grève de Versoix. R. Espèce détruite vers 1880 par la bâtisse du Château Barthony('). Elle a été C) ir. Barbey, loc. cit., [p. 155]. ANGIOSPERMES 159 retrouvée le 13 septembre 1891 par K. Secretan au liouveret; la note qu'il m'a remise dit : Mai-es dans le sable derrière la dune. Elle a été de même cueillie pai- Ch. Paiclie dans le lac, entre la Belotte et Belle- rive, près de Genève, sur un lit de sable et de galets, à une faible pro- fondeur ('). Potamogeton natans L., ti'ouvé une seule fois à l'état erratique flot- tant en plein lac devant Morges. A probablement été entraîné pai- une crue de rivière. F. -A. F. /'. /ïuitans L. Vidv, Si^-Sulpice. Gaudin. P. heteroph)illHs^ch\yeh..f^\\v la grève inondable. St^-Sulpice"? Morges".' Nyon. R. P. densHs, L. dans le port de Genève. P. o'ispus L., dans les eaux de la beiiie, abondant dans le lac. 11 ré- siste plus longtemps que les autres Potamots à la destruction automnale, et ses i-ameaux feuilles persistent presque tout l'hiver dans les ports abrités. C'est le plus élégant des Phanérogames du lac. P. jJerfoliatus L. Le plus abondant des Potamots du lac; dans la beine où ses longues tiges flexibles, atteignant 2 et 3™, forment des bou- quets d'ai'bres aquatiques parfois très serrés; il fleurit en juilletet août. Assez fragile, il est bientrM après la floraison brisé et déchii'é par les vagues de tempête. P. lucens L., en bouf[uets peu étendus, très pittoresques dans la beine profonde de 3, 4 ou 5 mèti.es. 11 est moins envahissant que le Potamot perfolié. P. decipiens Nolte. Dans le Rhône à Genève. R. G. P. pvsillus L. Dans les ports de Genève, de Thonon, au Bouveret. Les Potamogeto)! perfoliatiis, lucens et rr'ispns forment avec les Myriophylles et les Geratopliylles les grandes forêts arborescentes qui apparaissent au printemps, développent en été une végétation opulente et disparaissent en automne. Files sont désignées par nos pécheurs, bateliers et baigneui's sous l'appellation locale de fa va s. P. pectinatiis L. Cette espèce est très intéressante par les variations de son aire d'extension, et son polymorphisme. Pour autant que je puis me fier à mes souvenii-s et à mes observations, elle était très peu ré- pandue dans le lac vers le milieu du XIX^ siècle. A cette époque elle végétait déjà abondamment dans le port de Genève. Dans mon enfance (1) Bull. Hei'bier Boissier, 1, 128. 1893. 160 BIOLOGIE elle n'existait pas, ou à peiiie, dans les environs de Morges. Quand de 1854 à 1860 nous explorions les golfes de Morges pour y Taire nos pêches d'antiquités lacustres, quand de 1869 à 1885 je l'ouillais nos environs pour en étudier la flore et la faune, je connaissais une touffe de ce Potamot sur la beine de Morges. en avant du palafitte de la grande Cité lacustre de l'âge du bronze, et c'était tout. J'en avais montré quel- ques rameaux à J.-B. Schnetzlei' qui l'avait appelé P. puslllus et c'est ainsi que cette dernière espèce a longtemps figuré dans nos listes de plantes du lac (^). J'ai retrouvé, depuis lors, ailleurs, le vrai P.piisiUtts. Vers 1892 j'ai trouvé quelques buissons du P. pectine, chaque année plus grands et plus étendus, autour du débarcadère, dans le port devant les quais, dans les golfes de Morges; chaque année depuis lors j'en ai vu de nouvelles touffes dans des localités où ces plantes m'avaient échappé auparavant; quand je les montre aux pêcheurs, ils sont comme moi étonnés de cette apparition. J'ai l'impi-ession d'une extension assez rapide de cette plante. Elle se présente dans le Léman sous trois formes : a. Une foi'me annuelle qui pousse au printemps en taillis serrés de plantes frêles, peu coriaces, atteignant une hauteur de 2 à 5 décimètres n'ari'ivant pas toujours à la surface de l'eau. En automne, septembre et octobre, les plantes s'étiolent, sont rompues par les vagues, et dis- paraissent. Si je drague la vase dans cette localité, j'y trouve en abon- dance les bulbilles qui i-eproduiront la plante au printemps. J'en connais des taillis autour du débarcadère, et en diverses places devant le quai Lochmann, à Morges, des touffes isolées dans le port de Morges. Cette forme a fleui'i pour la première fois à Morges en août 1899, dans deux des buissons qui étaient le moins profond, et dont les rameaux longs de 50 à 60°™. pouvaient venir s'étaler à la sui'face;elle n'a pas fleuri en 1900. h. Une foi-me vivace qui se groupe en buissons beaucoup moins ser- rés, à tiges souterraines, traçantes, donnant issue à des tiges qui sortent de la vase, de décimètre en décimètre; elles s'étendent en files parfois à des mètres de distance. Les tiges, coriaces, ligneuses, souvent incrus- tées de tuf calcaii'e, persistantes, portent des hibernacles (boutures spontanées) dans des exemplaires élevés en étang, liibei'nacles que j'ai (1) F.-A. Forel. Notice sur l'histoire naturelle du Léman 1877; Faune profonde des- lacs Suisses 1885; Le lac Léman, précis scientifique 1886, etc. ANGIOSPERMES 161 constatés, mais plus l'at'ement, chez quelques individus cueillis dans le lac. Dans le soi autour des rhizomes, on trouve en hiver des bulbilles. Les tiges, de ramitication irrégulière, en balais, atteignent une hauteur de 10 à 20^1" lorsqu'elles sont près de la rive, en eau peu profonde; elles dépassent 30 ou 40*^"^ dans les régions plus profondes delabeine, sous 3 à 4™ d'eau. Elles ne viennent jamais à la surface, et je ne les ai jamais vu fleurir dans le lac. Une touffe élevée en pot dans l'étang de l'Abbaye, à Morges, a fleuri en juillet 1895. Je connais de cette forme quelques touffes devant le grand palafitte de Morges; depuis 1854 à 1899, je les ai surveillées et toujours retrouvées; quelques bosquets dans les golfes du Parc et des Roseaux à Morges; devant la ville de Rolle, etc. C'est ac- tuellement une des espèces fréquentes parmi les Phanérogames de la beine. Je laisse à d'auti-es le soin de décider si cette forme est iden- tique ou non avec P. vaginatus Turcz. de la Sibérie, ou si ce n'est qu'une variété de P. pectinatus dont les gaines foliales sont fortement incrustées de tuf calcaire ('). c. Une forme d'eau coui-ante, également vivace, qui végète avec exu- bérance dans le port de Genève. Entraînées par les courants de l'eau, les tiges, qui atteignent plusieurs mètres de longueur, ont luî puissant développement de rameaux et de feuilles, et se balancent élégamment dans les veines liquides du courant de l'origine du Rhône. Solides, coriaces, à tige ligneuse, ces plantes ne viennent pas à la surface; je ne les ai jamais vu fleurir. Cette stérilité est confirmée par G. Hoch- reutiner qui a suivi leiu- végétation pendant toute une année (■'). P. fUifonnis Nolte, golfe du Rouveret, port de Thonon, port de Morges. Dans cette dernière localité j'en observe une touffe depuis 1890; elle a fleuri en 1898 et 1899, mais pas en 1900. h'is pseudo-acoriis L., dans les estuaires des rivières. Elodea canadens'is Casp. {Anacharh alsinastnim Bah.) Cette plante d'origine américaine a été inti'oduite dans notre lac vers 1880. Elle a été constatée d'abord dans le port de Morges en 1883 où elle a formé un tapis serré, refoulant bientôt toutes les autres espèces qui encom- braient autrefois les eaux. Comment l'Elodea est-elle airivée chez nous? En 1869 Auguste Chavannes l'avait introduite et plantée dans plu- sieurs étangs et ruisseaux, pour favoriser la pisciculture, entre autres à (<) Cf. miczek, Arch. Genève, XXXIV, 382. 1895. (2) Phanérogames du port de Genève. Bull, lierb. Boissier, V, 9, 1897. 11 162 BIOLOGIE Gland (pi-obablement Pont-Farbel), à Aigle chez M. Aloïs de Loës C). Le pasteur Leresche a trouvé cette plante dans un fossé près de Rolle en 1871 C^). Mais à Morges même aucune importation volontaii-e u'a été faite par un naturaliste ou un pisciculteur, ainsi que je n'en suis assuré par une enquête sériée; il est probable que le tranport a eu lieu par les ancres des barques ou bateaux à vapeur, qui en ont apporté quel- ques rameaux de Genève; cette plante y existe en effet dans le port et dans le Rhône, ainsi que j'ai pu m'en assin-er. Depuis lors elle a été transportée, certainement par le même procédé, de Morges à Ouchy, à la Venoge, etc. Elle reste submergée, ce qui fait qu'elle ne cause aucune gêne directe à la navigation; nous ne l'avons jamais vu arriver à la surface, ni fleurir dans nos eaux lacustres. Le 7 juillet 1896 je l'ai vu fleurir dans le cours inférieur de la Morge formant estuaire à son embouchure dans le lac; depuis loi"s elle y fleurit chaque année. J'ai dit que, dans les années qui ont suivi sa première apparition dans le port de Morges, en 1883, l'Elodea avait envahi les eaux de ce bassin par sa puissante prolifération. Pour ceux qui connaissaient l'histoire de cette plante envahissante, qui savaient quelle gêne cette peste d'eau avait apportée à la pêche et à la navigation dans les canaux et étangs du nord de l'Europe, ils commençaient à s'inquiéter. Mais bien- tôt les progrès de l'Elodea se sont arrêtés et actuellement (1900) encore même que ses touffes serrées soient parfois incommodes pour les chaînes et ancres des barques et pour les filets des pêcheurs, toutes craintes d'envahissement insurmontable par cette fava d'Amérique ont disparu. Après avoir eu un développement exubérant et effrayant pen- dant quelques années, l'Elodea a repris une végétation relativement plus calme. Elle n'est guère plus gênante que les Potamots et Myrio- phylles qui croissent à côté d'elle. L'Elodea reste confinée dans les golfes bien abrités. Des touffes d'EIodea que j'avais vu prendre racine en dehors du port de Morges, à trois ou quatre reprises différentes, ont toujours été déchirées et dis- persées par les vagues de la première tempête qui les tourmentait. (>) Bull. S. V. S. N., X, 341. Lausanne 1870. (^) Bull. S. V. S. N., XI, 410. Lausanne 1872. ANGIOSPERMES 163 Dicotylédones. ikiUilrlcIie (mlumnaWs L., eaux donnantes des embouchui'es de B'ivières. NasIinHum amphlhïini} R. Br., estuaires des rivières. Polij(io)u(in aiupliibiioii L., même habitat. Litlorelia lacust ris L., grève \nondaJo\e; beine de St-Prex. sous ti"' d'eau, F. -A. F. 1900. Limosella aquaticn L., grève exondée. Versoix, Pierrettes, Boiron. Œnanthe Lnchenali Gmel. Vidy et Venoge, grève inondable. Ceratophijlliiui demersum L., dans les eaux de la beine, sol vaseux lies golfes abrités; les rameaux se détachent très vite du tronc et con- tinuent à végéter en flottant librement dans l'eau. Hippiiris vulgaris L., dans les lagunes et estuaires du lac. Les ra- meaux brisés de cette plante fluviatile sont entraînés par les grandes €aux des l'ivières en crue, et sont parfois rencontrés au loin dans le lac où ils flottent à l'état erratique. Myriopluillum spicalnm L., dans les eaux de la beine, profondé- ment enraciné dans un sol vaseux. Elatine Itexandra D. G., grève inondée de Versoix. G. Cette espèce, ti'ès rare, n'était connue en Suisse que dans cette seule station. Elle a été détruite vers 1880 par la construction des quais de la villa Bartho- lony (•). Nuphar luteum Sm., à Villeneuve, dans le golfe des Grangettes. Raymncidus aqnatUis L., grève inondée et estuaires des affluents. R. trichopJiyUvs Chaix, B. divarlcatus Schrank, R. reptans L., et R. scelerafiis L., toutes sui' la grève inondable ou la grève exondée. En terminant cette longue énumération des organismes qui de près ou de loin appartiennent aux sociétés biologiques du Léman, je dois reconnaître combien elle est encore incomplète. Elle est insuffisante dans beaucoup de ses chapitres; elle demande à être revisée, corrigée et complétée dans toutes ses parties. Elle n'a pas, en effet, été élaborée .simultanément et suivant un plan général, comme les flores et launes (') W. Barbey, loc. cit. [p 155]. 164 BIOLOGIE d'autres lacs étudiés récemment (Bodaii, Balaton, lac de Pion et quel- ques lacs des Etats-Unis d'Améi'ique). J'ai réuni les travaux publiés isolément par les nombreux naturalistes qui, successivement, dans les trente dernières années, se sont intéressés à notre lac, et j'ai tâché de les résumer en les faisant entrer dans le même cadre général. Malgré ses imperfections, cette liste sera cependant utile. Elle est en déficit, surtout parce qu'elle n'est pas complète, et parce que les observations ne se rapportent qu'à quelques localités, séjour favori de nos naturalistes; mais les observations positives sont le plus sou- vent exactes, et Ton pourra en tirer un tableau satisfaisant des popu- lations animales et végétales du Léman. Puis, précisément en ce qu'elle fera voir l'insuffisance des matériaux actuellement en notre possession pour l'étude de certains groupes, elle sollicitera la revision qu'en feront nécessairement les spécialistes, mes collègues, qui s'oc- cupent des choses de notre lac. Cette revision, je l'appelle de tous mes vœux, et j'espère que bientôt la liste ci-dessus des organismes du lac sera remplacée par un catidogue beaucoup plus complet, plus correct^ et plus près de la liste définitive à laquelle nous aspirons tous. 11 est difficile d'additionner ensemble des objets de nature ou de conditions différentes. Dans noti-e liste, nous avons indiqué, à leur place dans le système de la nature, des organismes établis dans le lac, ou erratiques dans ses eaux, ou en passage temporaire, ou seule- ment adventices; d'autre part, pour certains embranchements, qui ont été particulièrement bien étudiés, la liste est à peu près complète; pour d'autres, elle est très insuftisante. Dans de telles conditions, une réca- pitulation semble avoir peu de signification; je la donnerai cependant, car quelle que soit son imperfection, elle peut être intéressante en montrant par comparaison quels sont les groupes dominants dans les sociétés lacustres. Je ne compterai que les espèces, et ne tiendi-ai pas note des va- riétés. Vei'lébrés 181 Mammifères 7 Oiseaux 146 Reptiles o Batraciens 1 Poissons ^25 SOCIÉTÉS RÉGIONALES 165 Arlhro'podes 81 Insecte.s 16 Arachnides 19 Cfustacés 46 Mollusques 25 Gastéropodes 12 Lamellibranches 13 Vei'midrs 28 Rotateurs 26 Bryozoaires 2 Vers 102 Annélides 19 Nématodes 25 Némertiens 1 Plathelminthes 57 Cœlentérés 5 Polypoméduses 4 Spongiaires 1 Protozoaires 13a Infiisoires 55 Mastigophorés. 21 Sarcodinés 57 TJirdlopliiifes 306 Schizophytes 34 Diatomées 211 Algues 59 Champignons. 2 Bryophyles 5 Hépatiques 2 Mousses 3 Pterido^ihyies 1 Equisétacés 1 Angiospermes 61 Monocotylédones 44 Dicotylédones 17 Ya\ total : 555 espèces d'animaux et 373 espèces de végétaux, ou •encore 928 espèces d'oi-ganismes qui. à des titres divers, appartiennent aux sociétés lacustres du Léman. CIIAPITRK [V — SOCIETKS REGIONALES Après avoir fait l'énumération systématique des formes animales et végétales qui vivent dans le lac et sur ses bords et qui constituent 166 BIOLOGIE dans leur ensemble la société biologique du Léman, je vais mainte- nant les diviser en quatre sociétés locales, selon qu'elles habitent le» régions principales du lac, à savoir la ré gion littorale, la r é gi o rr pélagique, la région profonde, et enfin une région non aqua- tique, extérieure au lac, mais en intimes relations avec lui, le rivage. Au point de vue biologique, ces régions sont très distinctes les unes des autres; leurs conditions de milieu sont très spéciales, et je de- vrai pour chacune d'elles résumer et préciser ces conditions dont l'importance est capitale pour la vie. Puis j'essaierai de caractériser par des listes systématiques la so- ciété biologique qui habite ces diverses régions. Cette énumération sera malheureusement trop incomplète. J'aurais voulu pouvoir, pour chaque région, donner la liste entière des espèces établies et la séparer de celle des espèces erratiques ou non établies; mais cela m'est impos- sible, car pour nombre de groupes, soit animaux, soit végétaux, la distinction entre espèces établies et espèces erratiques n'est pas encore suffisamment faite. J'espère que l'appel instant que j'adresse à nos naturalistes les engagera adonner leur attention à la séparation fonda- mentale entre société établie et formes erratiques, adventices, étran- gères à la région. Quand ces caractères essentiels pour la faimistique et la lloristique, auront été bien précisés, mes successeurs auront des maté- riaux moins défectueux à leur disposition. Poui' le moment, ne pou- vant être complet, je préfère m'abstenir et je ne donnerai pas des listes dont la valeur serait trop inégale. Je me bornei'ai à indiquer comme exemples les espèces principales qui sont incontestablement établies et qui tendent à imprimer à la région son caractère bio- logique. liR société biologique du rivage. Le rivage est la zone extérieure au lac, zone qui le borde sur son pour- tour, au-dessus de la nappe des eaux, entre la limite de celles-ci et la terre ferme non modifiée; c'est la bande rocheuse, caillouteuse ou sableuse qui émerge au-dessus des eaux, mais qui est atteinte, lavée et érodée par les vagues de tempête et par les crues des hautes eaux du lac. C'est ce que, au tome I,p. 71 de ce livre, j'ai décrit sous le noin de rivage; mais au point de vue biologique je dois en retrancher la la- SOCIÉTÉS DU RIVAGE * 167 laisequi n'est pas assez modifiée pour se difterencier de la tei-re ferme. Cette région n'appartient au lac que temporairement lorsque les eaux l'envahissent, mais leur action est assez puissante et efficace pour donner au i-ivage des caractères absolument différents de ceux de la terre ferme avoisinante. Les vagues, en délavant les terres impalpables, n'y laissent que les matériaux pierreux, de grosseurs diverses, depuis le sable le plus fin jusqu'aux roches en place ou erratiques. Accidentellement on y ren- contre en quelques points des argiles qui ne tardent pas à être érodées par le jeu des flots; dans quelques anses bien abritées, le sol peut être vaseux, mais c'est très exceptionnel sur le rivage du Léman. Sur ce sol pierreux et sableux vivent les faunes et Qores des régions caillouteuses et arénacées; mais, que l'on ne s'y trompe pas, les sociétés biologiques qu'on y rencontre n'ont aucun rapport avec celles des steppes. En effet, dans nos rivages l'air est assez chargé d'humidité par le voisinage immédiat du lac, le sol est assez imbibé d'eau qui s'y élève par capillai-ité, pour que les organismes qui y vivent ne soient point ceux des l'égions dessécliées des sables du désert. D'une autre part, f enva- hissement temporaire par les eaux, le fracas désordonné des vagues, la violence des vents qui balaient la plage sont des causes de mort pour nombre d'espèces qui pouri-aient, sans ces accidents, se plaire dans le sable du rivage. Les faunes et flores du rivage sont donc à la fois spéciales, et limitées à un nombre restreint d'espèces. Ce qui s'en rapproche le plus sont les sociétés biologiques des grèves des rivières. Le i-ivage est recouvert localement par des amas souvent considé- i-ables de débris organiqLies rejetés par les vagues; branches, feuilles, coquilles, carapaces de Crustacés, poussières diverses, y forment des monceaux de matières organiques, végétales et animales, qui devraient faire la joie des animaux omnivores. Je dois cependant ajouter que j'ai souvent creusé dans ces tas de fumiers pour y recherchei' la faune que je suppose y habiter, et que j'ai toujours été étonné par l'absence apparente d'organismes vivants. Exemples : golfe du Bouveret, golfe du Parc de Morges. Je rappelle que je divise la grève en trois zones : la grève exondée, la grève inondable et la grève inondée. La première représente le ri- vage; la seconde lui appartient quand les eaux sont basses; la troisième zone, la grève inondée, appartient au littoral. 1G8 BIOLOGIE 1'^ La grève exondée n'est jamais envahie par les eaux; elle peut être ari'osée par les vagues de tempête, mais elle n'est jamais sub- mergée. C'est ce qui lui donne son caractère biologique. Elle est habitée par des espèces végétales aériennes de la flore des sables et des gra- viers, qui recherchent l'eau par leurs racines profondes, qui se plaisent dans une atmosphère humide. Ce sont des plantes de sables et non des plantes d'êau ('). Nous citerons dans cette flore de la grève exondée d'après la liste que m'a donnée le professeur D'' E. Wilczek, à Lausanne : Sedum ra- pestre, Scroplndana (■aitina, Se. nodosa, Cladium MariscKS, Poa rnhella, Fesluca ruhra var. f/laiieescens, Agropyrum f/laucum, var. interrnediiiui , Ei'Kcai^tnon l'oUlclvu, Poa pratensis \av.h h inUis, Plira- giniies cominioiis, etc. Sur la grève exondée, dans les sables, sur les cailloux, les murail- les, dans des stations sèches, et très sèches, vit une florule de Mousses psammophiles; im certain nombre de ces plantes sont caractéristi- ques pour le climat spécial des rives du lac. En voici la liste dressée par le D^' J. Aman n C-^) : Ceralodon purpiireus. Barhula mclïnala. B. tortuosa. B. convoluta. B. riiraUs. B. squarrosa. Bacomitriuyn canescens. Bryum argenieum. B. versicoloi'. B. badin m. B. capUlare. B. pseudolrhjiiel rnin. Br]jnin lorquescens. B. caespiticmm. Thuid'miU ahielinuni . T. delieatidum. Rhyn ch ostegiu m m egapoUlan um. Brachylhechim salebrosion. B. rutahulum. B. aVbicans. Hypnuni chrysophyllaui. H. stellatum. HylQcorniuni rugosiim. H. irïquelrum. En fait d'animaux nous voyons courir sui' la grève exondée les Oi- seaux omnivores qui fouillent dans les débris organiques entassés par (1) E. Wilczek me fait remarquer que la florule de la grève exondée a un carac- tère nettement xéroplij'tique, tandis que la florule murale présente un curieux mélange de types xérophytes et de types ayant de grandes exigences au point de vue de l'iiumidité. {-) J. Amanii, If) mai 1900, *// UU. SOCIÉTÉS DL' RIVAGE 11)'.) les vagLies, Corbeaux, Goi'neilles, les insectivofes qui chassent les Insectes ailés sortant de l'eau, Bei-geronnettes, Lavandières, etc. J'y ai vu quelques Araignées, très rarement un Insecte. Sur le sable mouillé, à la limite des vagues, quelques Mouclies, entre autres une Antomyi- dée Lispa consanf/uinea Low, et une Dolichopodidée, Ih/dwphorus hallicus Meig. (^) Aucun animal, sauf peut-être ces Mouches, n'est spé- cial à cette zone. Après une tempête je puis aller récoltei' sur les sables de la grève de Préverenges des Limnées, Valvées, Ancyles, Anodontes (de très jeunes Anodontes de Tannée, en particulier) que les vagues ont enle- vées à la beine ou à la grève inondée, et qu'elles ont déposées par dé- cantation sur la rive. Les l'ochers et les murs de la grève exondée portent dans leurs ca- vités étanclies cette algue (") rouge, Hiematococcns {Splucrella) pliivkdis qui ne végète que lorsqu'elle est mouillée par la pluie ou par l'embrini des vagues, et qui coloi-e alors l'eau d'une teinte vermeille de sang frais. A l'état sec ce n'est plus qu'un amas d'écaillés recroquevillées d'un brun sale, sans forme et sans figure. Une variété de la grève exondée est formée par les murailles natu- relles ou artificielles des bords du lac, masses rocheuses, ou murs bâtis par la. main des hommes. Dans les anfractuosités, dans les fentes de ces murailles, quelques graines apportées par les vents arrivent à prendre racine dans les parcelles d'iiumus formé par les poussières accumulées. Toute une tloi-e de plantes à gi'aines mobiles peut se déve- lopper dans ces conditions. J'en donnerai un exemple en énumérant les plantes ([ue j'ai recueillies sur les quais et jetées du port de Morges, en octobre 1893 : Bannnculns acrh, Sinapis arrcnsis, Timica saxïfi'aga, Sag'nia procumberts, Hypericiim perforaluni, Trifolitun repevs, Ruhus sp., Sedum sexangidare, Galiiim palustre, Lappa sp., Lconlodon anluniyialis, AcJtdlea nidlcfollnm , Taraxaciiin officinale, Senecio vulgaris, Erigeron canadense, Scrofularia nodosa, Linat'ia Cgmhalaria, Calamintha achios, Lgcopus europseus, Saponana officï- nalis, Phiidago major. Calamog roulis epigeios, Erag rosi is pilosa, Poa (1) Détenninatioii du D"' P. Stein , de (Jeuthin, (jiie je dois à ri)lili,L;eaiice du D-- Th. Steck, de Berne. (-) Quand j'em[iloie le mot algue pour plante tiiallopliyte aquatique, je laisse un ■ a minuscule. 170 BIOLOGIE annua, Phalaris arundinacea, Asplenuoii ruta nurraria, A. fillx- fœmina, Pltygopteris robertimia, etc., etc. ^o La grève inondahJe. Cette partie tle la grève qui est envahie par le.s hautes eaux de l'été porte une tlofe spéciale composée d'espèces capables de résistée successivement à l'inondation estivale, et à la des- sication hivernale. Ce sont des plantes de marais, adaptées au régime mouvementé du lac, qui peuvent en particulier survivre au choc des vagues lorsque cette zone delà grève appartient au domaine lacustre. Dans cette gr-ève inondable les eaux en se retirant laissent en maint endroit des flaques d'eau qui persistent plus ou moins longtemps à l'état de mai'es. Les espèces végétales qui habitent la grève inondable du Léman sont entre autres, d'après une liste d'E. Wilczek : Ranuncidu^ repens, Nas- iuHium palustre, N. amphibmm, Hippiiris vidgaris, Galium palus- tre, Menijanthes trifoUata, Mi/osoiis caespitosa, Svrophularia nodosa, Veronica beccahwn/a, V. scutellata, Sciitellaria r/alericulata, Littorella lacustris, AUhon Scha'jwprasum, Juncus conglomeratus, Polyf/onuiu liydropiper, P. lapaUiifolium , Cladlum niariscus, Scirpus lacustris, S. Jioloschoorus. S. trigonus, S. Tahernaernontani, S. mucronatus, Heleocharis palustris, Care-x distans, C. Oederi, C. vesicaria, C pa- ludosa, C. stricta, C. pamca; C. vidpina, C. Davalliana, C. vulgaris, C. disticha, Alopecurus geniculatus. Sur la grève inondable, dans les marécages, dans les mares peu profondes, vit une florule de Mousses de marais dont voici la liste d'apiès J. Amann(') : Bryiim pseudotrlquetruiii var. Duvalwides. Climaciuni dendroïdes. Brachyihecvwn MUdeanum. Aniblystegivm riparium. A. fdicimcm. H. cuspidatuni. Sur les murailles des quais et des ports et sur les parois des rochers plongeant dans le lac, au niveau des eaux, par conséquent inondées par les hautes eaux de Tété, exondées lors des basses eaux, on (1) J. A))iaiin, l."> mai l'.HJO, tu litt. SOCIÉTÉS DU RIVAGE 171 ti'ouve nue autre floru.le de Mousses, dont voici la liste d'après le Dr Amann('). Gymnostomum calcat'eum. E)ica1ypta streplorarpa. Eucladmm verticillatnin. Bryum pseudotriquet nim. Didymodon ruhellus. B. argenteum forma. D. tophacens. Rhynchostegiimi rusciforme. Bavbula muralis var. calva. Amhlystegmm riparium. ('A)irlidott(S fontinaloldes. A. irrignum. ScJnstidium apocarpuni. A. fUicinum. ScJi. confertum. Hypnum palustre. Oi'Uiotrichnm iiudum. H. comrnutatum. 0. a)iomalum. Sur les blocs erratiques émergeants, recouverts par le guano des Mouettes, J. Amann a recueilli : Bryuni alpininn var. viride Amann. B. MUdeanum. Hydrogonium Ungidatum var. serratum Amann. Gymnoslomum calcareuni, formae immersae. La faune de la grève inondable est pendant la saison des basses eaux, celle de la grève exondée, pendant la saison des hautes eaux, celle de la grève inondée. Au point de vue de la faune, je n'ai pas à citer autre chose que ce que nous avons vu dans la grève émergée, si ce n'est l'inté- ressant ver lombricien, Y AUolohophora foetïda que j'ai découvert à l'entrée du golfe du Parc de Morges, sous les pierres qui conservaient encore un peu d'humidité après la baisse des eaux de l'automne. 11 est assez probable que pour les plantes de marais qui habitent la zone inondable de la grève du Léman, nous aurons prochainement à constater des modifications de la flore. En effet, tant que le régime limnimétrique du lac a été plus ou moins naturel, les hautes eaux étant réglées presque uniquement par la crue des affluents, la période des maximums a été localisée à peu près chaque année à la même saison, aux mois d'été; la régularité de la crue annuelle a été assez constante pour que certaines espèces végétales, capables de résister à ces inon- dations périodiques, aient pu s'établir sur le rivage du lac. Mais dans le- (1) J. Amann, 15 mai 1900, in litt. i 12 BIOLOGIE régime limniméti-ique de l'avenir il n'en sera' plus de même. D'après l'expérience des premières années de ce nouveau régime il n'y a plus aucune régularité dans l'époque des hautes eaux; elles ont lieu tantôt au printemps, tantôt en automne, suivant le hasard des pluies d'orage, ou suivant les caprices ou les intérêts des machines hydrauliques de Genève. 11 est fort probable que des organismes végétaux qui avaient résisté à des inondations plus ou moins régulières, ne sauront pas se prêter à de telles irrégularités, et que nous vei-rons disparaître quelques espèces de la flore des rivages du lac Léman; il serait possible en re- vanche que d'autres espèces plus souples se trouvassent mieux de ce régime fantaisiste, et vinssent s'établir à leur place dans la zone inon- dable de la grève. C'est ce que l'avenir nous apprendi'a. C'est avec tristesse que nous parlerons ici de la destruction d'espèces végétales pai- l'envahissement des habitations des hommes. 11 y avait autrefois sur la grève inondable de Yersoix quelques mares célèbi-es par les plantes rares ou très rares que l'on y connaissait : Elatine hexandra. Zanïchdlia teriuis. Dnriaea Beiiteri, poui' cette dernière plante c'était la seule station connue. Sur ces grèves, l'on a construit nn château dont les quais ont écrasé nos pauvres plantes. La splendide villa Bartholony a été bâtie sur un « cimetière » d'espèces végétales, et W. Barbey a bien fait d'élever à leur souvenir le moniunent funéi'aire qu'il leui- a consacré sous le titre de « la Grève de Versoix près Genève » ('). I^es Sociétés de la région littorale ou du Littoral. Nous entrons ici dans le domaine du lac proprement dit. La région littorale est cette bande du lac qui s'étend le long du rivage, tout autour du lac, depuis le rivage lui-même jusqu'à la profondeur de 20-25™. D'après ce que nous avons décrit, elle comprend la grève inondée, la beine et le mont. Cette région n'est nulle part bien étendue sur notre lac; sa plus grande largeur peut s'évaluer à quelque 500™ sur les rives latérales du Léman; €lle s'élargit à plus d'un kilomètre devant la plaine du Rhône, à 2^™ dans ^a rade de Genève. (1) Loc. cit. [p. lô-jj. SOCIÉTÉS LITTORALES 173 Les conditions de milieu qui peuvent avoir de l'influence sur les organismes habitant la région doivent se résumer comme suit : 1° La pi'ession est faible, atteignant à peine une ou deux atmosphèi-e& aux limites inférieures de la région. 2o La nature du sol est très différente suivant les localités, et pré- sente divers types principaux : La grève inondée est formée de cailloux, de sables ou de rochei's. La beine présente, suivant les localités, des roches dures comme dans certains points de La Vaux, à Rivaz par exemple, à Chillon, à Meillerie, etc. — des mollasses comme à Pully, à la pointe de la Yenoge, sous Préverenges, devant Fraidaigues, etc. — des moraines de blocs erratiques de taille diverse, côte de Préverenges, cap d'Yvoire, — les pavés des ténevières naturelles, anciennes grèves (Golfe du Parc, Mor- ges) — les pavés des ténevières artificielles des antiques cités lacustres avec leurs pilotis et leurs bois, gisant sur le sol. (Stations lacustres de Morges, Rolle, Nyon, etc.) — des sables ou graviers, — de la vase dans les ports et autres lieux abrités — de l'argile lacustre ('), etc., etc. Le mont, enfin, est partout formé de sable fin, de vase et de limon. 3" Le mouvement de l'eau est plus ou moins actif selon l'état du lac et la profondeur du lieu considéré. A la surface et près de la rive les vagues peuvent être terribles; jusqu'au bord du mont les courants peu- vent avoir toute l'intensité dont ils sont capables sur le lac; il y a sous ces rapports de grandes difterences suivant la forme et l'exposition de la côte, et suivant la direction du vent. 4"^ La température est fort variable d'une saison à l'autre; en été la chaleur peut s'élever jusqu'à 25»; en hiver elle peut descendre jusqu'à près de zéro. 5'J La lumière pénètre largement dans ces eaux qui sont brillamment éclairées par le soleil et par la lune. (1) L'argile lacustre de la beine est une formation d'explication ditTicile. En mainte localité — je citerai le banc du Travers à Genève, la beine devant la'ville de Morges, la beine devant le Denantou d'Ouchy, etc. — je connais au milieu des sables de la beine des couches peu épaisses, quelques centimètres, un ou deux dé- cimètres, d'une argile très Une, gris-bleuàtre, plastique, qui apparaît aux points où le sable a été enlevé par les courants. .Je présume que cette argile est formée par une couclie de vase qui a été débarrassée par la fermentation putride de tous les éléments organiques, et qui n'a conservé que ses éléments minéraux. C'est la même couche que, si je ne me trompe, nous avons retrouvée dans le sous-sol de la ville de Morges, dans celui de Genève (rue du Rhône, fouilles de l'ancienne ma- chine hydraulique), etc. 174 BIOLOGIE 6° L'eau est souvent salie et peu pure. Les affluents, d'une part, amè- nent dans le lac des eaux chargées de matières terreuses ou organi- ques; les vagues du vent, d'autre paît, agitent parfois la vase et main- tiennent en suspension les poussières aquatiques qui ne peuvent se dé- poser tant que le lac est en mouvement; les vagues enfin des bateaux à vapeur, même en temps calme, soulèvent les particules vaseuses et con- tribuent, quand leurs passages sont fréquents, à augmenter la turbidité des eaux. En liivei', par les beaux jours de grand calme, les eaux de la beine sont admirablement limpides; en été, elles sont le plus souvent louches, et pai'fois assez sales, fl y a sous ce rapport, du reste, de gran- des difTérences locales; au fond d'un golfe, devant une ville, près d'une embouchure de rivière, les eaux sont plus troubles que devant un cap et loin de toute cause de pollution. 70 L'eau étant en contact avec l'atmosphèi-e et souvent battue avec elle par l'action du vent, est largement aérée et constamment saturée des gaz de l'air. D'autre part tout excès d'un gaz qui se produit sur place, acide carbonique, gaz des marais, ne peut se maintenir en disso- lution dans l'eau vu la faible pression du milieu aqueux d'une part, et la faible tension du gaz dans l'atmosphère; ces gaz se dégagent dans l'air suus forme de bulles qui viennent éclater à la surface. 8" Les eaux varient de hauteur, de l'été à l'iiiver, de un à deux mètres. Cette variation n'a que peu d'intérêt pour les organismes habitant les zones toujours inondées, si ce n'est que les couches situées près de la surface sont, par les basses eaux, soumises à une plus forte action des vagues de tempête. Elle a en revanche une grande importance poiu- la zone inondable, inondée par les hautes eaux, exondée par les basses eaux, et qui n'appartient que temporairement au domaine du lac ('). Les travaux de régularisation du régime du Léman 1883 ont diminué l'amplitude des variations annuelles, et amené im rétrécissement de la partie inondable de la grève. (1) La variation de hauteur du lac du maximum au minimum était autrefois fort considérable, et s'élevait dans les extrêmes à 2.QQ'". Depuis la correction du ré- gime du Léman par les travaux de Genève, voyez T. I, p. 496, la variation est ré- duite théoriquement à une amplitude de 0.6™ (de 0.8"" dans les années hisextiles). En réalité la variation obtenue est beaucoup plus grande que celle qui était promise par les projets et les conventions. Le minimum du 28 mars 1892 ayant été ZL -}- O-STS", le maximum du 14 juillet 1897 ZL -\- '3:2T('", l'amplitude de la variation extrême dans le régime qui a été inauguré le 17 mai 1886 est de 1.404'". SOCIÉTÉS LIITOHALES 175 Les conditions de milieu du littoral sont donc fort compliquées. Elles vaiient dans le com-s de l'année, en ce qu'il y a des variations saisonniè- res importantes: les organismes du littoral doivent s'adapter à cette variabilité. Elles sont difTérentes suivant la localité : les groupements des sociétés biologiques sont dilférents d'un lieu à l'autre. Cela se tra- duit de la manière suivante : a. Pour résister aux mouvements de l'eau : les plantes et animaux du littoral doivent être ou bien fortement fixés, ou bien capables de se retirer dans des cachettes bien protégées. /;. Au point de vue de l'éclairage : les espèces animales peuvent être diurnes ou nocturnes; les plantes recevant l'action du soleil peuvent posséder la fonction chlorophyllienne. r. Au point de vue thei'mique, il y a des saisons : une saison chaude pendant laquelle tout vit. tout pullule, une saison froide pendant la- quelle la vie sommeille. (/. Au point de vue des variations de hauteur. La grève inondable est tantôt inondée tantôt exondée; tantôt elle appai-tient au lac et est enva- hie par les organismes lacustres, tantôt elle appartient au rivage. Quant aux différences locales, j'ai à indiquer les faits généraux sui- vants : e. Au point de vue de la pureté de l'eau, il n'y a pas grande action, si ce n'est vers les embouchin-es d'égouts où l'on trouve une (loi-e toute spéciale. f. Au point de vue de l'agitation de l'eau. Certaines plages sont très tourmentées par les vagues; d'autres, dans les anses tranquilles, sont à l'abri des grands mouvements du lac et leurs conditions sous ce rap- port se rapprochent de celles des étangs ou des marais. .7. La nature du sol a une très grande importance pour les animaux qui sont limicoles, ou saxicoles, ou arénophiles. etc., et aussi pour les plantes qui, suivant leurs espèces, ne peuvent prendre racine que sur un terrain appi'oprié. Ces différents facteurs se combinent ensemble pour former dans l;i grande l'égion littorale une foule de sous-régions présentant chacune ses conditions de milieu particulières, convenant à des groupes animaux et végétaux différents, ayant ainsi une Société d'organismes propre et spéciale. Sous ce rapport il y a la plus grande diversité possible, dans cette région littorale, et il y aurait à décrire le tableau de chaque point 176 BIOLOGIE (lu pourtour du lac qui présenterait ses détails particuliers. J'essaierai de résumer ces traits en quelques descriptions d'ensemble et j'étu- dierai successivement: 1." La grève inondable. 2° La grève inondée. 30 Les murailles. ■4" Les lagunes et champs de roseaux. 50 Les estuaires de rivières. 6» La bêine vaseuse. 70 La beine sableuse. 8^ La beine caillouteuse, les ténevières. 9° Les talus du mont. 10" Les eaux littorales. 1" La grève inondable. Cette zone moyenne de la grève, tantôt mise à sec par les basses eaux, tantôt envahie par les hautes eaux du lac, appartient au rivage pendant une partie de l'année, comme nous l'avons vu au paragraplie précédent; pendant une auti-e partie, elle entre dans le domaine du lac et forme une des sous-régions du littoral. Nous n'avons à parler actuellement que de cette dernière phase de l'his- toire de la .grève. Au point de vue biologique la grève inondable, quand elle est submei'- gée par Feau, continue sans autre séparation la grève inondée; elle e.st donc envahie pai' les plantes et les animaux de cette zone, sociétés d'oi'ganismes ([ue nous allons décrire dans un instant. Seulement cet envahissement n'est pas instantané; il est lent et progressif, cela sur- tout pour les algues et autres organismes végétaux. Nous avons encore à noter — cela résulte de ce que nous avons dit plus haut — la persistance dans la grève inondable des plantes de marais, espèces sub-aériennes, qui résistent à l'envahissement des eaux. Mais elles ne doivent pas être comptées à l'actif de la flore littorale; elles appartiennent à la flore du rivage et ne s'avancent qu'accidentellement dans le domaine des eaux. 2° La grève inondée. La partie inférieure du talus sui- lequel les va- gues déterlent est toujours dans l'eau. Elle est formée de cailloutis, surtout dans les côtes d'érosion, ou de sables, suitout dans les côtes SOCIÉTÉS LITTORALES 177 d'alluvion (^). Chaque tempête roulant les galets les uns sur les autres, aucun organisme fixé ne peut s'y établir. Au point de vue biologique, elle est envahie en temps de calme par les Algues filamenteuses Ulothrix, iSpirogijra, etc., et les Diatomées qui y développent leur velours; elle est parcourue par quelques animaux mobiles qui vien- nent y nager ou y ramper quand le temps est beau, Sigara Lemani, Gmnmarus pulex, Limnées, etc. E. Wilczek nous signale comme représentant la flore de la grève inondée : Raminculus reptans, R. trirhophyllas, Nastartiumpalnstre, N. ampliïblum, Utriciilaria minor, etc. 3° Les nnirailles du littoral. Sous ce nom je comprends les parois rocheuses naturelles, les murailles artificielles, les murs des quais, les pilotis qui les protègent, les pilotis aussi des débarcadères et autres constructions lacustres, les coques submergées des bateaux, bref, les parois solides, verticales ou obliques, immergées en tout ou en partie sur la rive du lac. Ces parois sont revêtues d'un tapis continu d'Algues filamenteuses dont les brindilles, de quelques millimètres ou même de quelques centimètres de longueur, forment un velours peu serré, presque continu. Ces Algues sont essentiellement la C/arfop/(orar//omera(a dont les rameaux sont plus rigides et les Ulothrix dont les rameaux soyeux sont plus flexibles et s'inclinent à chaque mouvement de l'eau. Ce tapis donne aux murailles submergées une couleur verte, plus brillante au printemps lors de la belle végétation des Ulothrix, plus sombre en automne et en hiver lorsque les Algues se sont chargées de Diato- mées brunâtres. Lorsqu'en hiver les eaux s'abaissent, les tapis d'Algues se dessèchent et s'effritent ; il en reste assez cependant pour dessiner par un vernis brunâtre la trace des hautes eaux de l'été. Parfois au milieu de ces tapis à longs filaments soyeux on trouve, sur les pilotis ou les murailles, des plaques lichénoïdes, d'un décimètre ou plus de diamètre, d'apparence veloutée, d'un vert sombre à reflets chatoyants formés par V OsciUaria limosa. Sur ces murailles solides se fixent les plaques des Spongilles qui s'y développent en masses verdâtres parfois arborescentes, les larves de Phryganides, Tinodes et autres, à fourreaux immobiles; on y voit (1) T. I, p. 71. 12 178 BIOLOGIE ramper les Lininées, les Ancyles qui broutent les Algues ; sur les ra- meaux des Algues on voit les Sigaras et les Gammarus se reposer de leurs courtes excursions de natation libre dans Feau. 4° Les lagunes. En quelques points, le rivage du Léman présente de véritables lagunes, étangs littoraux analogues aux lagunes des rives maritimes ; j'en signalerai entre autres aux Pierrettes de Vidy, aux Grangettes de Villeneuve, entre Anthy et Coudrée, au fond de la grande Couche. Une barre littorale de sable, qu'on pourrait appeler un Ixdo, sépare du lac un étang assez profond pour garder de l'eau, même à l'étiage d'hiver ; la barre est surmontée par les hautes eaux d'été, et la lagune appartient alors au domaine du lac. Ces lagunes sont peuplées par des sociétés animales et végétales du type des ma- rais; on y voit cependant, emprisonnés par la barre, les animaux lacustres qui se sont laissé surprendre par la décrue des eaux. Il me paraît que l'on peut rapprocher des lagunes les champs de Roseaux, P/iragmiites eiScirpics, qui se rencontrent au fond des golfes de Morges, deRoIle, du Bouveret,etc. Au point de vue géographique il leur manque pour être des lagunes la barre littorale ; mais au point de vue biologique ils leur ressemblent beaucoup. Le champ de Roseaux, que Schrôter a désigné sous l'appellation de 'phragmitaie,\)reYià un développement superbe dans le littoral lacustre, les lagunes et les estuaires. Tandis que sur la grève exondée les plantes sont maigres, courtes, sèches et coriaces, dans l'eau du littoral des tiges de 3 à 4™ de longueur, de 1 à 1 1/2^^^ de dia- mètre, forment des touffes serrées, solidement attachées au sol par un réseau de rhizomes et de racines traçantes. Ces parties souter- raines constituent un feutrage de plusieurs décimètres d'épaisseur, tel- lement seri'é que le sol sableux de la beine en est complètement mas- qué. Les milliers de tiges qui coupent le mouvement des vagues donnent à l'eau, dans les champs de Roseaux, un calme relatif qui n'est troublé que par les flots des grandes tempêtes. Les Roseaux sont des plantes vivaces qui poussent au printemps des tiges nouvelles, fleurissent au mois d'août et se dessèchent en automne pour être brisées par les grandes vagues de l'hiver. Dans le champ de Roseaux de Morges, pendant les années 1867 à 1869, j'ai cueilli en grand nombre, peut-être une centaine d'exem- plaires, une curieuse anomalie des tiges du Phragmites communis. Ces SOCIETES LITTORALES 179 tiges se courbaient en zig-zag sur une partie de leur lon- gueur: de 3 à 10 entrenœuds s'inclinaient alternativement en présentant des courbures d'abord croissantes puis dé- croissantes (voir fig. 195). Depuis cette époque, malgré des recherches attentives, je n'ai plus retrouvé trace de cette maladie dont je n'ai pas su reconnaître la cause. Sur les tiges des Roseaux et Scirpes végètent à l'envi toutes sortes d'algues palustres. J'empruntei'ai à Chodat la liste de celles qu'il a recueillies sur un seul morceau de Scii-pus, près de Genève ('). Confervacées : Stiffeoclonium tenue, Chaetopliorapisi- formis, Ch. elegans, Bidbochaeie ncDUi, Oedogoniiim... Chae- topeltis minor, Endoclon ium polymorplmm, Chantransia..., Coleochaele scutata, C. soluta, Microthamnium confervico- lum ;Palmellacées: Pediastrum Boryan um, Sconedesmus acutus, Se. quadricauda, Se. denticidatus, Raphidinm eon- volutiim, Dicranoehaete reniformls. Ces algues et bien d'autres encore forment un enduit mucilagineux, glaireux, d'un toucher visqueux, plutôt dé- sagréable, qui recouvre tous les corps solides de la région littorale, les tiges et feuilles des Phanérogames aquatiques, les pilotis, les murs, les blocs submergés de la beine. Cet enduit glaireux passe par transitions insensibles, là où les algues filamenteuses prédominent, aux velours soyeux des Ulothrix, des Spirogyres ou des Cladophores; là où les algues calcaires l'emportent, aux incrustations calcaires, au tuf lacustre dont nous parlerons plus loin. Voici les al- gues que Chodat cite dans l'enduit glaireux des corps so- lides sur le littoral du Léman : Diatomées. Mevidïon circtdare, Gomphonema oliva- ceum. Phycochromacées. Topyïolhrix penicillata, T. lanata, ■Calothrix cœspitosa, Rividar'ia hsematites. Conjuguées. Spirogyra. Confervacées. Cladophora, Ulothrix, Stygeoclonium,Draparnaldia. Syphonées. Vmicheria. (Fig. 195.) Déformation pathologique de la tige des Eoseaux à Morges. (1) Loc. cit. [p. 139.1467. 180 BIOLOGIE 5. Les estuaires des rivières. Dans toute la partie occidentale dir lac, à partir du Flon sur la rive suisse et du Foron sur la rive savoyarde, comme aussi le long de la plaine du Rhône entre Ville- neuve et le Bouveret, les rivières à leiu^ entrée dans le lac ont un cours assez tranquille et charrient assez peu de graviers pour que leurs embouchures prennent le caractère d'estuaires. La Venoge, le Boiron, l'Aubonne, etc., forment de larges fiords envahis par une riche végétation aquatique. Il y a là une région qui participe à la fois du caractère de la rivière et de celui du lac, qui est peuplée par la flore et la faune des rivières, et en même temps qui est envahie par la faune lacustre. C'est là en particulier que noustrouvons toute une végétation de plantes de rivières qui prospèrent dans le domaiTie du lac. Entre autres: Roseaux, Scirpes, Hippuris, Potamogeton natans, etc. Notons ici que toutes les plantes qui végètent soit dans les lagunes,, soit dans les estuaires n'appartiennent pas à la flore lacustre propre- ment dite. Ce sont des plantes fluviatiles ou des plantes palustres, er- ratiques dans le domaine du lac. 6. La beine limoneuse. Les fonds limoneux ou vaseux de la beine sont couverts d'une belle végétation de plantes lacustres qui y forment de véritables forêts aquatiques, aussi pittoresques, aussi mystérieuses, aussi attrayantes que les plus belles forêts de nos montagnes. Pota- mots(*), Myriophylles, Gératophylles, aux tiges élancées, au feuillage élégant de nuances variées, au port divers, se développent dès le premier printemps, et forment des buissons, séparés par des clairières, dans lesquelles se jouent la lumière et l'ombre, et où les paysages les plus variés seraient dignes d'inspirer des peintres. Ces forêts de favas, (-) comme les appellent nos riverains, sont assez touffues pour être dan- gereuses aux nageurs imprudents, pour gêner parfois la marche des bateaux, mais surtout pour ofl'rir des abris excellents et une nourriture appropriée à une faune abondante et variée. A côté de ces touffes de plantes à hautes tiges, dont les troncs liliformes et élancés de un mètre, de deux mètres et plus de (') Potamogeton lucens, pfrfoliatus, crispus. (2) Ce terme de fava est très commode, et je propose de l'adopter dans la lan- gue d'usage. SOCIÉTÉS LITTORALES 181 longueur peuvent représenter les arbres de haute futaie, on trouve sur la beine des plantes aquatiques qui , à la même échelle , de- vraient s'appeler des taillis; je citerai le Potamogeton pectinatus, var. b., dont les branches rigides, de végétation persistante et non annuelle, ne s'élèvent qu'à quelques décimètres, Potamogeton fiUforniis, P. pn- sillus, etc. Enfin d'autres plantes forment une végétation touffue, serrée, peu élevée, de véritables buissons; dans ce groupe, nous avons VElodea canadensis, cette plante d'importation américaine qui se développe dans quelques ports abrités, et les Cliara et Nitella, que nous allons retrouver à leur maximum de végétation sur les flancs du mont. L'étude pittoresque de ces paysages sous-lacustres n'est pas facile. Celui qui passe en bateau sur les forêts des plantes aquatiques est gêné par le miroitement saccadé des vagues, et s'il ne sait immobiliser sa barque sur un lac paifaitement calme, il ne voit rien. On peut obvier à cette difficulté en employant la lunette à eau que j'ai décrite plus haut(i). Le baigneur ne peut étudier ces paysages en plongeant sa tête sous l'eau, car son œil n'étant pas accommodé au milieu aquatique, il ne voit, et encore bien peu nettement, qu'à quelques décimètres de distance. Seul le scaphandrier, comme l'ont fait H. Fol et Hochreu- tiner, est dans des conditions commodes (commodes! n'est-ce pas trop dire?) pour étudier ces régions d'un accès si peu facile à nous hommes, animaux aériens qui savons si mal nous mouvoii- dans l'eau. J'ai employé un procédé plus simple pour obtenir des vues de ces paysages sous-aquatiques ; je plonge dans l'eau un miroir incliné à 45°; le rayon visuel devient horizontal, et, de mon bateau, j'ai des aperçus tout à fait intéressants et captivants. Ces forêts sont de végétation annuelle. A la fin de l'hiver, la beine est presque absolument nue ; seuls les taillis du Potamogeton pecti- natus et les buissons des Charas ont résisté; dans le sable, les rhizomes, racines souterraines et bulbes des Phanérogames préparent la poussée du printemps; dans les parties de la beine qui ne sont pas trop tour- mentées par les vagues, on voit encore quelques feuilles radicales de Myriophyllum et de Potamogeton crisjms. Au mois de mai les plantes Plianérogames commencent à pousser. Au mois de juin et de juillet •ces favas se développent à l'envi, amènent bientôt leur couronne à la (') T. I, p. 2. 182 BIOLOGIE surface; elles fleurissent en juillet et août; en septembre leurs rameaux entrelacés forment des fourrés presque inextricables dont les branches se brunissent sous la couche de Diatomées qui les envahit ; puis, deve- nues fragiles avec l'âge, elles se brisent les unes après les autres sous le choc des vagues. En octobre il y a destruction rapide et pendant l'hiver les tempêtes rompent, détachent, dispersent au loin toute cette exubérance de frondaison estivale. Dès le milieu de l'hiver, la beine est de nouveau une plaine de sable déserte et sans végétation. J'ai noté la floraison de : Potaniogeton perfoliatus juillet et août. P. crispus juillet. P. lucens août. P. filiformis juillet et août. P. jjectinatus forme a août. — h août. — c (inconnue). MyrioplujUnni spicatuni août et septembre. Ceratophijllum demersum juillet et août . Celles de ces plantes qui sont annuelles sont assez propres, vertes, luisantes au premier printemps; mais bientôt elles se recouvrent, comme les plantes vivaces le sont depuis longtemps, d'une couche semi-muci- lagineuse brunâtre, composée essentiellement de Diatomées, d'algues gélatineuses, auxquelles adhèrent les poussières aquatiques; à la fin de l'été ces plantes laissent à la main qui les manie des taches brunâtres. Ce vernis, demi-vivant, demi-mort, donne en automne à toutes les plantes aquatiques une teinte brunâtre-grisâtre qui est loin d'avoir l'éclat des belles végétations du printemps. Les forêts des favas se rencontrent sur tout le tour du lac là où une beine vaseuse est représentée, entre 1 et 5 ou 6'" de profondeur d'eau; elles sont d'autant mieux développées que le sol est plus vaseux et que le littoi'al est mieux protégé contre les vagues. Elles sont les stations favorites des Poissons-blancs, herbivores et omnivores, et des Poissons carnassiers qui viennent les y chasser. C'est à ces arbrisseaux que quelques espèces de Poissons viennent attacher leur frai; c'est sur ces herbes que nous faisons abondante pêche de Mollusques, larves d'Insectes,Hydi-achnides,Crustacés,Némertiçns. Turbellariés, Bryozoai- SOCIÉTÉS LITTORALES 183 res, Hydres, Infusoires, etc. C'est d'autre part dans la vase de la beine que vivent les Vers oligochètes, les Nématodes libres, les larves d'In- sectes limicoles ; c'est sur la vase que marchent et rampent la foule des petits Ostracodes, Cladocères et Hydrachnides marcheurs, fouillant sans cesse dans le charnier des détritus organiques qu'ils détruisent en les dévorant, les Vers turbellariés, les Hirudinés, etc. Nous n'oublierons pas le monde des infiniment petits, Rhizopodes, Infusoires, Rotateurs, etc., que l'on ne trouve nulle part en si grande abondance que sur ces fonds de limon et de vase. Le sol limoneux de la beine se recouvre d'une couche continue bru- nâtre composée d'algues inférieures, Oscillariées, Palmellacées, Dia- tomées. Ce tapis velouté est dispersé et détruit par les mouvements des vagues, mais il se reproduit assez rapidement, et après quelques journées ou semaines de calme, le feutre organique, comme je l'ai ap- pelé, revêt toutes les inégalités du fond. C'est à propos de la région profonde que je l'ai étudié le plus attentivement; j'en renvoie la des- cription à un autre chapitre. La beine sableuse. — Les sables de la beine sont les parties les plus pauvres du lac. Point de végétaux, sauf quelques maigres touffes de Charas qui ne forment un gazon un peu serré que là où le sable est va- seux; en fait d'animaux, quelques Anodontes, Valvées, Ancyles, quel- ques Tubifex et quelques larves d'Insectes, Hydrachnides, Cypris, Turbellariés; le sable pur est remarquablement pauvre en êtres vivants qui n'y trouvent pas de nourriture. Mais le sable pur est fort rare; il est plus souvent mélangé de particules organiques, et pi-end alors le caractère de vase; plus il est vaseux, plus il devient apte à servir d'ha- bitat à de nombreuses espèces animales. Il n'y a pas, dans le sable, de plantes enracinées. Pourquoi cette ab- sence'? je ne me l'explique pas. En effet, il est classique en botanique que les végétaux aquatiques ne se nourrissent pas par leurs racines, qui leur servent uniquement d'organes de fixation (i); ils n'ont pas be- soin d'humus. Or, quelle que soit l'instabilité du sable, il semble que des racines suffisamment pi'ofondes — presque toutes nos plantes la- custres ont des rhizomes — devraient arriver à y prendre une inser- tion suffisante. Ce fait, joint au cas bien connu de VElodea canadensis (1) H. Schenk. Die Biologie der Wassergewâclise, p. 10. Bonn 1886. 184 BIOLOGIE qui, après avoii- eu une végétation exubérante dans les premiers temps de son installation en un territoire nouvellement envahi, se réduit à des proportions relativement modestes au bout de quelques années, — il semble qu'elle ait épuisé le sol — ces faits ne devraient-ils pas engager les botanistes physiologistes à étudier à nouveau le dogme des racines des plantes aquatiques qui ne serviraient que comme organe de fixation. 11 serait possible que, cependant, elles aient une certaine fonction de nutrition pour la plante. En déviation de la règle générale formulée par A. Brot (') de l'ab- sence des Acéphales dans cette zone sableuse, j'ai capturé une Ano- donte dans des circonstances assez singulières pour que je les relate ici. Au printemps de 1870 je faisais un dragage sur la beine de Morges, au bord du mont, par 4'" de profondeur, dans une région de sable pur; ma drague de zinc était pleine et je la i-emontais dans le bateau lorsque la corde se détacha; le bidon retomba sur le sol, et privé d'appareil convenable je renonçai à le repêcher. Le 18 avril 1874, je retrouvai le bidon. Il était placé debout sur le sol, à moitié rempli d'un sable gros- sier dont les grains étaient assez lourds poui- n'avoir pu être apportés par les vagues, le plus gros pesant 0.45^'i'; c'était donc le reste du di-a- gage que j'avais commencé quatre ans auparavant. Dans ce sable, à côté d'autres animaux, Valvées, Limnées, Tubifex, etc., dont la présence n'avait rien d'extraordinaire, je trouvai une jeune Anodonla anatïna de 21/15"™, n'offrant qu'une seule bande principale d'accroissement. Je ne veux pas discuter ici le problème assez délicat du développe- ment de cette Anodonte; rechercher comment ce jeune animal, âgé probablement de deux ans, a pu entrer dans un bassin fermé comme celui de mon bidon, dont les bords verticaux s'élevaient de G à 8''ni au- dessus du sable avoisinant. Je me borne seulement à constater la pré- sence de cet individu égaré à plus de deux cents mètres de la zone où vivent habituellement ses congénères. La beine caillouteuse. — Les ténevières de la beine (•'), ces oasis cail- louteuses, naturelles ou artificielles, qui surgissent au milieu de la beine vaseuse sous deux, quatre ou six mètres d'eau, forment un sol remar- (') Etude sur les coquilles de la famiMe des Naïades du bassin du Léman, p. 21 Genève 1867. (2) J'ai décrit, T. 1, 98, les ténevières naturelles. Je parlerai plus loin à l'occasion des palafittes lacustres des ténevières artificielles. SOCIÉTÉS LITTORALES 485 quablement l'iche, au point de vue zoologique surtout. Pierres, bois, débris organiques de toute nature laissés par l'homme ou charriés par les courants, fonds de vase ou de sable entre les cailloux, tout cela di- versifie le sol et offre les habitats les plus variés à une foule d'ani- maux; l'eau y est assez profonde pour que les vagues n'y aient plus d'action gênante. Les pierres y sont recouvertes pai' les mêmes algues que dans les tapis mousseux des murailles de la rive, mais moins serrés, et plus envasés. La Cladophora glomerata y est dans sa yariété siih-shnplex beaucoup moins épaisse que dans la forme typique. Sur ces pierres, on trouve des touffes isolées de Chaetophora endivlaefolia et' Batrachos- permum rnonUifornic, Bidboctiaete setigera, etc. Dans la vase entre les pierres, quelques plantes enracinées, Potamots, Myriophylles, Cha- racées, forment des touffes isolées. En fait d'animaux, on y trouve à peu près toute la faune littorale, sauf les habitants des ports abrités; c'est la station favorite de l'Ecre- visse, du Chabot, des Limnées, Planorbes, Frédericelles, des diverses Hirudinées, etc. Les animaux y sont nombreux, sur et sous les pierres; ceux qui rampent sur les pierres, se dissimulent entre les filaments des algues fixées. Sous les pierres il y a une population encore plus nombreuse, qui creuse des galeries dans le sable et la vase, et s'y cache pour échapper à la poursuite des carnassiers. On peut être étonné de l'apparence de solitude de ces fonds; si on les étudie de jour, soit dans le lac, soit dans un aquarium, on y voit très peu d'animaux mobiles, et l'eau paraît déserte. C'est que, dans la lutte pour l'existence, qui fait de chaque espèce animale le gibier d'autres animaux qui la pourchassent, tout animal a intérêt à se cacher. Que le carnassier veuille suj-prendre sa proie vagabonde, il se cachera et restera immobile pour la guetter. Que le Crustacé, la larve, l'Insecte, l'Hydrachnide, le Ver, cherche sa nourriture animale ou végétale, il devra éviter les ennemis toujours acharnés à sa poursuite; il se terrera, se dissimulera, se fera petit, immobile et obscur. Pendant le jour tout disparaît dans les cachettes, tout semble dormir; tout est immobile, soit dans l'attitude du chasseur qui guette sa proie, soit dans celle du gibier qui fuit l'œil de ses persécuteurs. Mais que la nuit étende son voile protecteur sur ce monde de mangeurs et de mangés, sur cette société d'affamés, aspirant chacun à surprendre sa proie, alors tout sort, tout rampe, tout nage; mangés et mangeurs, herbivores et car- 186 BIOLOGIE nassiers, tous se mettent en chasse ou en pâture; l'eau fourmille d'ani- maux et la faune littorale se déploie dans sa richesse. Bien souvent j'ai surpris pendant la nuit dans mes aquariums, la société brillante, bi- garrée et singulièrement mouvementée des animaux qui pendant les heures de la journée avaient disparu à mes yeux. Autant et plus encore que dans la natui'e aéi'ienne, dans le monde aquatique les animaux sont en grande majorité des nocturnes. Ces fonds caillouteux sont d'autant plus riches en sociétés vivantes qu'ils sont plus profonds et plus diversifiés. Leur profondeur doit être telle que les vagues de tempête ne les tourmentent plus; quand le sol est composé de matériaux divers, des types plus nombreux d'êtres y trouvent leur habitat favori. Je n'en connais pas de mieux peuplés que les ténevières artificielles des ruines de nos anciennes bourgades lacustres, où les débris organiques, pilotis, pouti-es et ossements sont mélangés en grande abondance aux pieri-es et offrent des conditions de station aussi variées que possible. Tuf lacustre. — Dans quelques-unes de ces ténevières ou fonds cail- louteux, les pierres sont recouvertes d'une incrustation d'algues cal- caires. Ce revêtement n'est pas spécial au faciès de la beine qui nous occupe; il se retrouve sur les parties submergées des murailles de la rive, siu' la grève inondée, sur les blocs eri-atiques et les parois de rochers de la beine. Nous Favons même retrouvé sur les cailloux de la moraine submergée d'Yvoire par 60"i de tond, et contre les murailles ro- cheuses sur lesquelles est bâti le château de Chillon à 20 ou 40in de fond. C'est dans les ténevièi-es que ce tuf est le mieux développé; pro- fitons-en pour le décrire. 11 est formé par les précipitations calcaires qui se font sur ou dans certaines Algues, pai'mi lesquelles je citerai d'api'ès Schimper : liivida- ria haematUes (Euactis calcivora et E. rivulcwial, Schizotrix fascicn- lata {Hydrocoleum calcileguni), PJiormidiuyn mcrustatum, Calotltrix parietirta; probablement aussi des Gonç/rosira (Chodat). Il est pos- sible, probable même, qu'une étude ultérieure amènera à séparer le tuf lacustre en plusieurs espèces, résultant de lïncrustation de diffé- rentes algues. Ce sera l'affaire des spécialistes en algologie. Dans ce premier essai de description, je m'en tiendrai au point de vue morpho- logique, et je le présenterai en distinguant plusieurs formes, que je dé- crirai sans me restreindre aux observations de notre lac. En effet, le SOCIÉTÉS LITTORALES 187 Léman est loin d'être aussi riche que d'autres eaux en tuf lacustre et les incrustations calcaires sont beaucoup plus développées aux lacs de Neuchâtel, de Morat, de Bienne, d'Annecy, etc. Forme a. La pierre est recouveite dans ses parties baignées d'eau, par une série de petites touffes de Pùvulaires, coussinets hémisphéri- ques, de 2 à 5'^m de diamètre, adhérents à la pierre, discrets, séparés les uns des autres. Ils rappellent en petit la disposition des touffes des Carex dans les marécages. L'épaisseur de cette couche est de 1 à 3""". J'en citerai comme exemples : les pierres de la grève inondée et de la grève inondable de la pointe de la Venoge; certains galets des téne- vières du golfe du Parc à Morges; d'après Chodat les grèves inondées de la Belette, de la Gabiule, d'Hermance près Genève. Forme [5. Les touffes et coussinets de la Rivulaii'e se serrent, ten- dent à se superposer; de nouveaux paquets d'algues s'insèrent entre les restes des algues des années précédentes; il y a mélange par juxtaposition entre les squelettes grisâtres des algues moiles et les touffes brunâtres, en belle végétation, des Rivulaires fraîchement déve- loppées. L'épaisseur du tuf dans cette variété peut s'élever de 5 à 10 ou i'i^m. Je connais cette forme de tuf sur les blocs erratiques de la pointe de la Venoge, sur les blocs erratiques et la roche en place des Gonelles près Vevey, sur les rochers de Chilien. Sur ces rochers le tuf occupe une zone de 50 centimètres au-dessous du niveau des basses eaux jusqu'au niveau des hautes eaux d'été. Forme y- Une variété plus compliquée de tuf lacustre, en ce qu'elle paraît composée des diverses algues incrustantes se mélangeant les unes aux autres, forme un revêtement de 5 à 10^™ d'épaisseur sur les pierres et cailloux submergés, sous un à trois mètres d'eau. Je citerai comme exemples: certains galets de la beine du Banc du Travers à Genève, de la ténevière du port de Thonon; tous les galets et blocs de la beine des lacs de Neuchâtel, de Morat, d'Annecy, etc. Forme o. L'incrustation atteint plusieurs centimètres d'épaisseur, les couchesprofondes formées d'iui tuf mort, sans algues en végétation, sont spongieuses, friables, tendres; les couches externes contiennent des algues incrustantes vivantes en grande prolifération. Je citei-ai comme exemples : les galets du Rhin à Stein, à la sortie de l'Untersee, certaines parties sous des blocs erratiques surplombant de la pointe de la Venoge, quelques morceaux sur le roc en place aux Gonelles de Vevey. 188 BIOLOGIE J'ai reti'ouvé cette même formation, avec un faciès un peu différent, dans des conditions toutes spéciales, au lac d'Annecy. Le 30 septembre 1890, nous longions en bateau, avec mon ami Delebecque, le roc de Cheyres, entre Talloires et Menthon, roc dont le mur vertical plonge directement dans le lac, sans qu'il y ait trace d'une gi'ève. A un mètre sous l'eau je constatai l'existence d'une corniche horizontale, se détachant de la paroi et s'avaneant librement d'un demi-mètre à un mètre de la muraille. C'était comme ■ ' un chemin de halage immergé (Fig. 196). Avec une rame, le seul instrument à ma disposition, j'essayai d'en étudier la na- ture; ma lame perfora la couche friable qui n'avait que 1 à 2'!"' d'épaisseui'. J'en ramenai quelques morceaux; c'était du tuf lacustre. Tuf lacustre très peu con- sistant, sa structure spongieuse, irrégu- lièi-e, ne montrait pas, dans les échantil- (Fig. 196.) La corniche de tuf lacustre loiis que je pus saisir, la Structure arbo- du roc de Cheyres. lac d'Annecy. ^ - _, n-i n . r i rescente, a troncs parallèles du tui de Grandson tel que nous allons le décrire dans notre forme s. — Ajou- tons que l'incrustation des algues calcaires est très richement déve- loppée sur les pierres de la beine du lac d'Annecy, aux lieux du moins où j'ai pu l'étudier, autour de l'ilot du Roselet, entre Talloires et Duingt, devant la ville d'Annecy, à l'origine du canal des Thioux, l'émissaire du lac, etc. Forme s. — L'incrustation dans les couches profondes prend une structure arborescente et ramifiée. C'est sous la partie surplombante de certains blocs erratiques du lac de Neuchâtel. là où le tuf lacustre avait une épaisseur de 10^» et plus, que j'ai constaté cette modifica- tion. Tandis que les couches superficielles du tuf, celles qui sont en contact avec l'eau, avaient la structure spongieuse de notre foi'me ?j, ies couches profondes se présentent comme de petites colonnettes cyndriques de 3 à 5 à 10""" d'épaisseur, ramifiées, les troncs décroissant de volume de leur insertion profonde sur la pierre à leur terminaison dans la couche spongieuse. Je puis les comparer aux troncs des arbres •d'une forêt dont la couche spongieuse d'incrustation calcaire repré- SOCIETES LITTORALES -189 senterait le dôme de verdure, la frondaison et la foliation supérieures. De même que l'air baigne de toutes parts le tronc des arbres de la forêt, de même l'eau circule autour des troncs et des branches du tuf lacustre. (Fig. 197). La couleur du tuf spongieux varie du gris sale de la vase, au vert plus ou moins brillant des algues. La partie colonnaire est jaunâtre avec des teintes rou- geâtres ou brunâtres; une sec- tion des colonnettes montre une structure en veines concentri- ques, de teintes difïérentes. L'é- corce de ces colonnettes est parfois d'un noir foncé. Tandis que la partie spongieuse, fi-iable, s'écrasant facilement sous le doigt, a l'apparence d'un dépôt arénacé, sable calcaire agglutiné par la masse gélatineuse des al- gues, la partie colonnaire est évidemment cristalline; la coupe des troncs rappelle celle de cer- taines stalactites développées à l'air libre. Cette partie colonnaire est de consistance pierreuse et a la dureté du tuf formé à l'air libre. Je ne sais comment expliquer la ge- nèse de la partie colonnaire du tuf lacustre; mais la continuité avec la couche spongieuse est telle que cette dernière doit être à l'origine du iuf colonnaire par une métamorphose qui est encore à expliquer. J'ai trouvé les premiers échantillons de ce tuf le 29 août 1878 à Estavayer, sur un bloc erratique laissé à sec par les eaux; avant l'abaissement du lac de Neuchâtel il devait être à un mètre de profon- deur sous les eaux moyennes. Le 18 septembre de la même année, j'en ai trouvé à Grandson sur des blocs émergés depuis l'abaissement du niveau du lac, et aussi siu' un bloc recouvert d'un demi-mètre d'eau; ce dernier échantillon s'était développé sous 2 àS™ d'eau. Forme Z.. — Tandis que toutes les formes « à £ du tuf lacustre sont dues à l'incrustation de Rivulariées, cette forme Z, est le produit, (Fig. 197.) Tuf lacustre, structure colonnaire, blocs erratiques de Grandson. 190 BIOLOGIE d'après une détermination provisoire de Ghodat d'une Gongrosira, algue Ghlorophycée. Je l'ai recueillie à une grande profondeur sous les eaux, sur le rocher submergé de GhilJon. Dans des essais faits avec ma drague à filet (v. p. 18) le 18 avril 1900, en raclant les rochers sur les- quels le château de Chilien est bâti — rochers qui se redressent en murailles, souvent verticales, d'une profondeur de 80™ — mon râteau s'est accroché deux fois aux rochers par 40™ et par 20™ environ de fond. Dans le filet de la drague j'ai recueilli plusieurs morceaux d'un tuf spongieux, relativement dur, blanc-jaunàtre dans ses sections de rupture, brunâtre à la surface. Quelle en est l'épaisseur? je l'ignore, Le fragment le plus épais, qui ne traversait pas toute la couche de tuf, mesure plus de 2cm. vj. Signalons encore une forme particulière du tuf lacustre, quand il apparaît en sable ou gravier. Les vagues, en déferlant sur la grève, détachent des pierres quelques fragments de tuf, les roulent en sphé- rules qui se disposent par décantation en zones distribuées suivant la grosseur des grains. Je connais des sables et des graviers du tuf la- custre au bord des lacs de Constance, de Neuchâtel et d'Annecy. 9. Les talus dn moni. — La dernière station de la région littorale que nous distinguerons par une description spéciale sera le mont, ce talus incliné qui borde en avant la beine; cette région est mal connue parce qu'elle échappe à la vue; elle n'en est pas moins intéressante et curieuse. Le sol y est formé de sable et de vase, plus limoneux dans la partie supérieure, plus vaseux au pied du talus. Les plantes qui l'habitent sont essentiellement des Charas et Nitellas qui y forment des gazons ou taillis épais et serrés. Sur les rameaux des Characées on trouve des toufîes d'algues inférieures et de Diatomées. Quant à la faune, elle y est très abondante en petites espèces, nageuses, sauteuses, mar- cheuses, qui trouvent entre les rameaux piquants des Charas un abri naturel contre la dent des Poissons. Un paquet de ces Charas secoué dans l'eau donne une pêche très fructueuse d'Hydrachnides, Crustacés, Vers, Turbellariés, larves d'Insectes, etc. Cette faune est le point de jonction entre la faune littorale et la faune profonde. Je la recommande tout particulièrement aux naturalistes qui cherchent des espèces nouvelles dans notre lac Léman. SOCIÉTÉS*LITTOHALES 191 10. Les eaux littorales. — Nous venons d'indiquer les sociétés ani- males et végétales liées aux différentes natures de sol du littoral. Outre ces espèces fixées aux corps durs ou prenant insertion tempo- raire sur eux, les eaux de la région littorale sont liabitées par de nom- breux animaux libres et par des plantes flottantes. Pour ceux qui veu- lent des noms spéciaux, on pourrait appeler cet ensemble d'organis- mes nageant et flottant dans les eaux le plancton littoral. Cette société littorale libre est constituée par quelques espèces établies et par nom- bre d'organismes erratiques apportés par les courants, soit des rivières affluentes, soit de la région pélagique. En fait d'animaux, j'indiquerai avant tout les Poissons. Les uns sont établis toute l'année en beine, et n'émigrent pas : le Chabot par exem- ple. D'autres viennent frayer en beine, le Brochet, en février et mars sur la grève inondée, la Gravenche en décembre vers les embouchures des rivières. D'autres enfin n'habitent la beine que pendant la saison d'été: les Poissons-blancs et les Carnassiers qui les poursuivent. C'est un fait intéressant que cette migration saisonnière des Poissons. Décri- vons en rapidement les traits principaux, et cherchons en la cause. En hiver la beine est déserte; les Poissons l'ont quittée pour aller séjourner sur les flancs du mont et du talus du lac, par dix, vingt, quarante mètres de profondeur. (^) En été, au contraire, la beine est abondamment habitée. Les Cyprins en particulier l'animent par leur présence, soit en individus isolés ou en petites troupes. Carpes, Tanches, Gardons, Rotengles, etc., soit en bandes plus nombreuses. Ablettes. Vangerons, soit en troupes serrées, tous les Cyprins de jeune âge. En même temps les bataillons nom- breux des Perchettes circulent le long des murs des quais, tandis que les demi-Perches se groupent autour des pierres et des pilotis en pe- tites sociétés de quelques individus. A côté de ces Poissons à la con- science tranquille, qui ne craignent pas de se montrer au grand jour, il rampe tout un peuple de déprédateurs qui se cachent dans l'ombre, en guettant les victimes qu'ils veulent sacrifier à leur appétit. Les grands carnassiers, à savoir le Brochet, la Truite, la Lotte, la Perche, viennent jeter la terreur dans le monde pacifique des Poissons-blancs. 0) Notons cependant des troupes souvent nombreuses d'alevins de Poissons- blancs, de quelques centimètres de long, que nous voyons, parfois même au cœur de l'hiver, dans le port de Morges. 192 BIOLOGIE Les Poissons rapaces vivent en général isolés, plus ou moins cachés au milieu des herbes, immobiles quand ils sont repus, en chasse rapide quand l'heure de leur dîner réveille leur appétit. Il y a donc, de l'été à l'hiver, différence absolue de régime. La migra- tion en beine a lieu dans les pi-emiers jours de l'été avec le réchauffe- ment des eaux, avec le développement des Phanérogames littorales, avec l'augmentation estivale de la tiu'bidité des eaux. La migration vers les eaux profondes a lieu en automne, par le froid, quand les eaux redeviennent limpides, quand la végétation des plantes aquatiques ces- sant de soutenir leurs tissus, les troncs deviennent fragiles et sont bri- sés par les vagues auxquelles ils auraient parftdtement résisté en été. Quels sont, parmi ces facteurs concomitants, ceux qui peuvent expli- quer les migrations des Poissons? Pouvons-nous attribuer celles-ci à des questions de température'? Devons-nous admettre que les Pois- sons viennent en été chercher à la surface des eaux plus chaudes que celles des couches profondes où ils passent l'hiver? Ce sei'ait possible; mais cela n'expliquerait pas leur retour dans les eaux profondes en au- tomne. En effet, dans notre lac, la stratification thermique est générale- ment directe ; même en hiver les eaux de surface ne sont pas plus froides que les eaux profondes; les Poissons, en descendant en automne dans les couches moyennes du lac, n'y trouvent pas des eaux plus tièdes que celles du littoral. Le fait que pendant les très grands froids il peut y avoir dans les eaux du rivage stratification thermique inverse, par la production d'une barre littorale, comme nous l'avons décrit ailleurs(i), n'est pas en contradiction avec ce que j'énonce ici. En effet, la migi'a- tion des Poissons hors de beine a déjà lieu en octobre, tandis que finversion thermique littorale ne se produit qu'à la fin de l'hiver et dans des conditions spéciales de grand froid et de calme; les deux faits n'ont donc pas lieu simultanément et l'un n'est pas la conséquence de l'autre. Je chercherai plutôt dans des faits de transparence ou d'opacité de l'eau, dans la présence ou l'absence de cachettes, les motifs de ces mi- grations. Dans les eaux louches de fêté, le Poisson-blanc est à l'abri, lui semble-t-il, des poursuites des carnassiers qu'il ne voit pas à distance; dans les taillis épais des forêts aquatiques, il trouve des cou- verts où il peut échapper à leur persécution. Qu'en automne les plantes (1) Vol. II, i). 376. SOCIÉTÉS LITTORALES 193 aquatiques disparaissent et que l'eau redevienne limpide, le Poisson sans défense ne sait où se cacher, et il va chercher des retraites dans les couches obscures des eaux profondes du lac. On pourrait ajoutai' que le développement de la flore estivale fournit directement une abon- dante nourriture aux Poissons herbivores, indiiectement aux Poissons omnivores; que, en été, la vie plus active des Poissons, dont la tempé- rature animale suit la surélévation de la températui-e de l'eau am- biante, trouve dans cette plus riche facilité d'alimentation les élé- ments de combustions organiques plus puissantes, d'énergies vitales plus surexcitées. A côté des Poissons, je ne connais pas dans les eaux littorales d'es- pèces établies d'animaux mobiles qui ne se reposent pas parfois sur le sol, d'animaux indéfiniment nageurs comme ceux de la faune pélagique. Mais tous les animaux sauteurs et nageurs, qui prennent insertion tem- poraire sur les corps solides du littoral, peuvent traverser les eaux de la beine, et s'y rencontrer avec les animaux pélagiques amenés par les courants à l'état erratique dans le littoral. En fait de flore des eaux littorales, j'ai à signaler la catégorie des plantes flottantes, de provenances fort diverses. Elles apparaissent plus ou moins régulièrement chaque année, en certaines saisons, se développent rapidement, remplissent une localité, si le temps reste calme, pendant une ou plusieurs semaines, puis dis- paraissent, dispersées au loin par les vagues et courants d'une tem- pête. Je puis les séparer en divers groupes. A ce groupe des plantes flottantes dans les eaux littorales, en fait de Phanérogames, nous n'avons à citer dans le Léman que Cerafo- pJit/lluni et Leinna. Les Ceratophyllum sont bien à l'origine enracinés, et ils se dévelop- pent sur un axe; (1) mais la racine est si peu importante et si transitoire que, très vite, toute la plante devient libre. Si elle continue à végéter dans le fond de l'eau, où elle s'accumule en monceaux, souvent fort épais, elle n'est plus adhéi-ente au sol. Les bulles de gaz soulèvent bien- tôt ses rameaux à la surface de l'eau, et les courants les dispersent au loin. Les Gératophylles sont établis dans les ports et golfes abrités, avec sol vaseux. (') J'ai pu étudier la croissance du Ceratophyllum demersurn en plante enracinée,. dans la rivière la Morge, en octobre 1900. 13 194 BIOLOGIE Les Le)iina soïit des plantes nageantes dont les frondes flottent à la siiiface, la table supérieure baignée par l'air; la racine descendant dans l'eau, sert de balancier hydrostatique et maintient l'équilibre de flottai- son. Les Lemnas appartiennent à la flore des marais et des lagunes; entraînées dans le lac, elles y sont à l'état erratique. En fait d'algues : a. Algues flottantes établies dans les eaux littorales qui s'y déve- loppent et y vivent : Pandor'ma moriim se multiplie en nombre assez considérable pour colorer l'eau en vert-pomme, dans la couche de surface, au mois de juiflet; les dates extrêmes de cette apparition étant, d'après mes notes, le 10 juin (1886) et le 6 août (1876). Chaque année je constate ce phé- nomène dans le port de Morges pendant une ou deux semaines. Je l'ai retrouvé ailleurs, entre autres devant le quai de l'Aile de Vevey et au fond du golfe des Pierrettes, entre Ouchy et St-Sulpice. 11 n'est donc pas spécial au bassin presque fermé d'un port bien emmuré. b. Des algues littorales fixées qui se détachent de leur point d'in- sertion et deviennent flottantes. Ulothrix (Hormiscial zonata développe ses filaments fixés aux pierres, aux pilotis de la rive, sous 30 à 50"^ d'eau. Ces filaments sont arra- chés par le choc des vagues et continuent à végéter en liberté; j'en ai trouvé entremêlés aux fils de la Spirogyre dans les touffes que je vais décrire. Rliizodonlum natans. Cette Algue filamenteuse se développe au printemps en grande abondance sur les rameaux des Phanérogames de la beine, en particulier des Myriophylles et Cératophylles. Quoi- qu'elle ne s'insère pas sur les tissus de ces plantes, l'Algue leur est tel- lement adhérente par les contours multiples de ses filaments élasti- ques que c'est à peine si j'ose la classer parmi les algues flottantes. Spirogyra sp. développées dans le lac à côté d'autres espèces pro- venant des affluents. c. Des algues des eaux campagnardes, apportées par les affluents, erratiques dans la région littorale du lac. Des Spirûgyra, et en particulier Sp. fluvial iU s, sont apportées àuVàC par les affluents et continuent à végéter ou sur le sol de la beine ou à la surface de l'eau en touffes verdoyantes qui atteignent parfois la gros- seur de la tête et plus. Je ne puis affirmer qu'elles ne soient pas établies dans le lac, mais j'ai trop souvent vu leur développement original dans SOCIÉTÉS LITTORALES 105 îe cout's inférieui- de la civière la Morge, qu'elles remplissent de leurs flocons, pour ne pas indiquer leur dispersion dans le lac comme pro- venant probablement de cette source. Ce serait encore une espèce flu- viatile erratique dans îa région lacustre. Tetraspora gelatinosa. Fréquemment j'assiste à Morges à l'appari- tion des grandes lames gaufrées de cette Algue membraneuse, d'un vert brillant, qui recouvrent parfois le sol de la beine en si grande abon- dance qu'elles forment à l'œil un tapis continu. J'en fais, jusqu'à meil- leur avis, une espèce fluviatile ou palustre, apportée par les affluents dans le lac où elle doit être considérée comme erratique. d. Des algues pélagiques apportées par les courants, erratiques dans les eaux littorales. Bothryococcus Brauni, Anabaena circinalis, A. flos-aquae et les Diatomées de la région pélagique, amenées par les courants de surface, se trouvent à l'état d'algues flottantes dans la région littorale. Elles y sont erratiques. En résumé, nous venons de montrer dans le littoral plusieurs so- ciétés diverses, caractérisées aussi bien par les conditions spéciales du milieu que par le groupement des organismes animaux et végétaux qui les composent. Nous eussions pu subdiviser encore davantage; mais cela n'aurait pas eu d'utilité pour les questions générales que nous au- rons à discuter plus loin. Voulons-nous maintenant tenter de faire l'énumération des espèces animales et végétales de la région littorale du Léman? Ce serait donner la faune et la flore aquatiques presque entières de notre région, car en étendant, comme nous l'avons fait très justement, la notion des eaux littorales du lac aux lagunes, aux estuaires et aux ports, il est bien peu d'espèces aquatiques des eaux campagnardes qui n'arrivent une fois ou l'autre au lac. Il est vrai que toutes ne sont pas établies et qu'un grand nombre n'y sont qu'à l'état erratique, ou à l'état temporaire, dans ies migrations qui les font passer d'un lac à l'autre. 196 BIOLOGIE 11 serait prématuré de faire un tableau de l'ensemble des orga- nismes; je n'essaierai de le donner que pour les organismes supérieurs. Quant aux Vers, Protozoaires et Thallophytes, ce sera l'afïaire de- nos successeurs qui disposeront de plus de matériel d'observation que nous. Espèces établies dans la région littorale proprement dite, à l'exclusion des lagunes et estuaires qui sont habités par la société des marais ou des rivières : Cygne, Mouette rieuse. — Perche, Chabot, Lotte, Carpe, Tanche, Goujon, Spirlin, Ablette, Rotengle, Gardon, Chevaine, (Anguille). — Haemonia equiscti, Sigara Lemani. — La plupart des Hydrachnides que nous avons énumérés. — Ecrevisse, Gammarus pulex, Aselhis aquaticus, la plupart des Entomostracés. — Tous les Mollusques énu- mérés, sauf les espèces spéciales à la région profonde. — Tous les Bryozoaires, les Spongiaires, les Hydraires. — Un très grand nombre de Vers et de Protozoaires. Espèces temporaires : Cincle, Martin-Pêcheur, tous les Echassiers, tous les Palmipèdes de passage. — Gravenche, Truite, Brochet. — Les^ larves d'Insectes, Ephémères, Phryganides, Némocères. Espèces erratiques : Musaraigne d'eau, Rat d'eau. Loutre, Couleuvre vipérine. Grenouille verte — Vairon, Loche franche, Ombre de rivière. — Tous les Insectes, les Hydrachnides et les Entomostracés des eaux campagnardes — les Entomostracés pélagiques, etc., etc. Pour le z'ègne végétal l'énumération sera rapide des Phanérogames, et Bryophytes lacustres de la région littorale : MyrtopliyUurn spicatuni,. Ceratophiflliim demersum, Potaniogeton crispus, P. perfoUalns, P. lucens, P. pusillus, P. filiformis, P. peclinatus, Elodea canadensis, Fontinalis antipyretica. Quant aux algues je n'essaie pas d'en faire, l'énumération. Kn fait de questions générales sur les faunes et flores littorales, je- n'ai à parler ici que de l'effet du milieu sur les espèces aquatiques habitant cette région, en l'opposant au milieu des autres eaux douces. Les espèces aquatiques venant des marais, étangs, fleuves et rivières, transportées par migration active ou passive dans le lac, et s'établis- sant dans la région littorale, y trouvent des conditions de milieu assez semblables à celles auxquelles elles sont adaptées. Môme composition chimique de l'eau, pression analogue, variations thermiques du même SOCIÉTÉS LITTORALES 197 €i'dre, éclairage identique. La nourriture peut varier en qualité et en quantité, la lutte pour l'existence contre les autres espèces changer de caractère; cependant, en général ces conditions sont analogues, sinon identiques. Un seul fait varie, mais il varie grandement, c'est ce qui concerne l'agitation de l'eau. L'eau d'un lac est ii-régulièrement mise en mouve- ment par les courants et surtout par les vagues. Ce ne sont plus les courants constants et à peu près réguliers d'un fleuve ou d'une rivière; l'eau du lac est ordinairement calme. Mais elle peut être à certains mo- ments violemment remuée, bouleversée par les vagues d'une tempête. Animaux et plantes seront tués s'ils ne sont pas adaptés pour résister à ces orages ('). Les plantes lacustres devront, ou bien être élastiques comme les Roseaux, les Scirpes, etc., ou flexibles comme les Pota- mots, Myi'iophylles, etc., et encore ces derniers sont-ils souvent, sur les côtes trop exposées, déchirés ou biisés parles vagues; ou bien s'établir à une profondeur suffisante pour n'être pas arrachées par les Ilots (Chara, Nitella); ou enfin être en nombre immense, pour qu'il en reste toujours quelque graine (Diatomées). Pour les animaux qui sont plus mobiles que les plantes, il ne peut y avoir que des espèces peu vagabondes qui restent établies définitivement dans la région littorale. Toutes les espèces grandes nageuses seraient entraînées par les courants et iraient se perdre en plein lac. il n'y a d'espèces littorales que des animaux fixés (larves de Phryganides à fourreaux adhérents, Plumatelles, Spongiaires), ou bien des animaux nageurs à petit vol {Sigara Lemam), ou des animaux marcheurs qui savent s'enfouir dans le fimon ou s'attacher à une plante quand le lac est trop agité, des animaux qui savent se cacher dans les galeries sous les pierres, ou enfin des animaux limicoles (Lamellibranches, Vers oligochètes, etc.). 11 est difficile d'attribuer des caractères généraux communs à l'en- semble des organismes des sociétés littorales. Les conditions de vie sont bien différentes, depuis le port abi-ité d'un golfe ou d'une lagune, au cap exposé au choc de la tempête, depuis l'eau putride d'une bouche d'égout à l'onde cristalline d'une grève abrupte, depuis la vase d'une anse tranquille à la muraille des rochers qui plongent sous l'eau; dans de telles diversités d'habitat, les sociétés organiques sont fort difTé- (1) Rappelons nos Grenouilles qui se noyaient dans le lac agité (V. p. 54). 198 BIOLOGIE rentes. J'essaierai cependant de les caractériser dans quelques termes généraux : Les organismes de la région littorale sont relativement rus- tiques, pour résister aux mouvements de l'eau, aux variations thermi- ques des saisons extrêmes, à la pollution de l'eau par la vase soulevée par les vagues de tempête. Ceux qui ne vivent pas dans des cachettes sont exposés à une lumière qui peut être brillante; ils sont fortement pigmentés et peuvent présenter la fonction chlorophyllienne, laquelle agit avec efficace sous la puissante impulsion des rayons solaires. L'ali- mentation est abondante et variée, aussi bien pour les animaux que pour les végétaux. Enfin la diversité de l'habitat dans les nombreux faciès de la région littorale provoque chez ces espèces la différenciation en de nombreuses variétés. Quant à la genèse des sociétés littorales, nous l'étudierons avec celle des autres sociétés lacustres. La société pélagique. Au point de vue biologique, la l'égion pélagique peut être définie: la grande masse du lac dont on déduit la région littorale et la région profonde; tout ce qui n'est pas le bord ou le fond du lac; c'est-à-dire cet énorme espace d'eau, espace indéfini, qui forme le plein-lac, en avant de la bande littorale, qui descend de la surface jusqu'à quelques mètres- au-dessus le fond. Dans les premières études qui en ont été tentées, nous ne faisions entrer dans cette région que les couches su- périeures ou couches de surface du plein-lac. A mesure que les re- cherches se sont développées, nous avons été obligé d'y adjoindre des couches de plus en. plus profondes. Les conditions de milieu de la région pélagique sont : 40 Pression faible à la surface, augmentant progressivement d'une couche à l'autre, à raison d'une atmosphère pour chaque 10™ d'eau. 2° Agitation de l'eau, faible à la surface, où les vagues roulant sur elles-mêmes sont loin d'avoir les effets mécaniques puissants qu'elles possèdent quand elles viennent se briser contre les murs solides de SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 199 la côte ; agitation de l'eau nulle dans les couches moyennes et pro- fondes. 3° Eclairage brillant à la surface, décroissant progressivement d'intensité jusqu'à l'annulation complète dans les couches les plus pro- fondes. 4.0 Température variable à la surface, de plus en plus unifoi-me dans les couches de plus en plus profondes. 5" Eau relativement pure et limpide. Ces eaux ont longtemps été tenues pour déseites. Les organismes qui y vivent sont, à l'exception des Poissons, si petits et si diaphanes qu'ils avaient échappé à l'attention des naturalistes, dans notie lac, comme du reste dans tous les lacs d'eau douce. Les Poissons seuls étaient connus. Les Corégones, Fera et Graven- che, vivant en troupes dans les couches supérieures et moyennes, sont les Poissons insectivores qui forment la partie essentielle de la faune ichthyologique pélagique. La Fera descend dans la région protonde en temps de frai, la Gravenche entre dans le littoral dans les mêmes circonstances. L'Omble-chevalier est un carnassier pélagique qui se nourrit essentiellement de Corégones. Les autres cai^nassiers, Brochet, Truite, chassent indifféremmentdans la région littorale et la région péla- gique; ils sont ubiquistes. Dans les dernières années, quelques nouvelles espèces de Poissons ont été introduites qui fréquentent également la région pélagique, la Marène et le White-fish. En 1868, le zoologiste danois P.-E. Mùller, pendant un voyage en Suisse('), constata dans nos lacs (Léman, Bodan, Thoune. St-Moritz) la faune des Entomostracés pélagiques, qui avait été découverte dans les lacs Scandinaves par Lilljeborg, Sars et Millier lui-même. 11 pécha dans le Léman Daphina hi/allna, D. peUuclda, D. galeata, Bos- minalo)igisj)i)ia,Bi/tltot replies longimanns, Leptodora Jtt/alina. En i813, je répétai ces pêches de surface, j'y retrouvai les mêmes Cladocères, plus deux Copépodes, Cyclops et Diaptonius. De mêriie, en 1869 d'a- bord, puis en 1873, j'avais découvert l'existence d'une flore pélagique en recueillant dans les couches de surface du plein lac deux Algues, Bolltryoeoccns Branni [Pleurococcu.s anf/idosus) et AnabaenactrcinaUs^ les flocons de cette dernière Algue étant habités en gi-and nombre par un Infusoire, Vorticella convaUaria. (1) P.-E. Millier. Note sur les Cladocères des grands lacs de la Suisse. Arcli. de Genève, 1870, XXXVII, p. 317. *200 BIOLOGIE Bientôt l'intérêt des naturalistes se porta sur ces rechei'ches. O.-E. Imhofde Zurich 1882, H. Blanc de Lausanne 1884, J. Brun de Ge- nève 1884, E. P e n a r d de Genève 1891. E. P i t a r d de Genève 1897, E. Yung de Genève 1898. E.-F. Weberde Genève 1898, G. Burk- hardt de Bâle 1899, nous donnèrent de nombreux documents et com- plétèrent l'étude des sociétés pélagiques. Ces recherches ont considérablement enrichi nos catalogues et le tableau de la société pélagique, qui était absolument ignorée ou né- gligée jusqu'au dernier quart du XlXe siècle, est devenu bientôt fort compliqué. Voilà la liste des espèces établies dans la région pélagique du Léman telle que nous la connaissons en mai 1900 ('). Vertébrés. Oiseaux. Environ quatre-vingts espèces de passage, tous Palmipèdes, appartenant aux genres Anser, Anas, Mergus, Larus, Sterna, Coli/mbiis, Podireps, etc. Sur ce nombre une vingtaine d'es- pèces sont de passage régulier, les autres seulement accidentel. Pois- sous. Coi-eçionus fera, C. hi/emalis, C. maraena, Salmo umbla, Trutta variabUis, Esox luciiis. Arthropodes. Arachnides. Ataxcrassipes. Crustacés. DapJmia hyalina, Sidalimnelica, Bosmina longisplna, B y tlwt replies lonf/imanus, Leptodoraliyalina, Diaplomus gracilis, D. lacmiatus. Vers. Rotateurs. Floscidaria pelagica, ConocJiihis unicornis, As- planrhna priodonla, Synchaela pectinata, Polyarlhra platyptera, Triar- tkra longiseta, Anurea aculeata, A. cocUearis, Notkolca foUacea, N. lonçiispina, Ploesoma truncatum , PI. Hudsoni, Gastropus stylifer, Anapus ovalis, A. testudo. Protozoaires. Infusoires. Vorticella convallaria, EpisLylis lacus- iris, Podophrya cydopum. Flagellés. Dlnobryon sertularia, D. cylin- dricum, Salpingoera convallaria. D iuoflagellés. Cerathim cormitum, C. macroceros {hirnndinella), Peridinhirn tabulatum, Glenodinium cinctum, Gl. pusillum, Gl. r/irans, Gl. ffymnodinium, Gyninodium vi- ride, G. mirahile, G. ^e?ref/c«m.Héliozoaires. BapludkqjhryspalUda, Cj Le terme « établis dans la région pélagique » s'applique mal aux Oiseaux pal- mipèdes qui émigrent d'un lac à l'autre et ne sont que de passage dans nos eaux ; et aux Poissons ubiquistes qui poursuivent leurs chasses d'une région à l'autre, aussi bien dans le littoral, et même dans les rivières (la Truite) que dans la région centrale du lac. Pour ces types, je devrais employer le terme « adaptés' à la vie pé- lagique ", mais je me garde de le proposer, car je juge fâcheux de compliquer, sans nécessité absolue, la terminologie. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 201 R. viridis, AcantJiocystis spinifem, A. Lemani, Actinophrys sol, Acli- nosphaerium Eichhornii. Algues. Palmellacées. Boihryoeoccus Brauni, Anabaena circi- nalis, A. flos aquae, Prolococcus viridis, Pr. fluviatilis, Glaeocapsa po- lydermalica, Nostoc ienuissimiim. Diatomées. Aslerionella formosa, Cyclotella comta, Melosira varians, Fragi^aria crotonensis. Outre ces organismes établis dans la région pélagique, on y ti'ouve à l'état erratique tous les organismes littoraux flotteurs ou nageurs qui peuvent être entraînés par les vagues et les courants. Sitôt que le vent souffle de terre, l'eau du large fourmille de Diatomées littorales. Avant d'aller plus loin, nous voulons définir ou préciser deux mots qui reviendront fréquemment sous notre plume. 1° J'emploie ici le mot pélagique, comme je l'ai fait dans les autres parties de ce livre, pour désigner la région du plein lac, la région cen- trale qui s'étend au-devant du littoral, au-dessus de la région profonde; la même définition qui nous a servi pour les études thermiques, chimi- ques, hydrauliques, etc., est parfaitement applicable aux études biolo- giques. Ce terme introduit par les zoologistes Scandinaves dans la limnologie a le droit d'antériorité sur le terme de limnétique qui a été proposé plus tard. Ce dernier mot aurait pu être accepté comme syno- nyme très commode de pélagique lacustre, si dès sa première utili- sation sa signification n'avait pas été altérée. Quelques naturalistes al- lemands qui travaillent dans des lacs de faible étendue, si peu pi'ofonds qu'ils sortent à peine de la catégorie des étangs, ont cru devoir suppri- mer notre distinction entre région littoi'ale et région pélagique (ils ne connaissent pas de région profonde) et ils ont appelé le tout limnétique. Limnétique est devenu peureux synonyme de lacustre; sa signification est donc aujourd'hui incertaine, et il doit être prohibé. 2» Le mot planclov a été introduit par Hensen en 1887 pour dési- gner l'ensemble des organismes qui errent passivement dans l'eau de la région pélagique marine : algues d'une part, animaux d'autre part, trop peu mobiles pour surmonter par leur natation active les mouve- ments des vagues et des courants de l'eau. Le mot a été étendu à juste titre des organismes marins aux organismes pélagiques lacustres. Plus tard le sens de ce terme a été altéré: il signifie actuellement le produit d'une pêche faite avec le filet de mousseline, à savoir : algues vivantes ou mortes, poussières organiques, animaux flotteurs, quelques 202 BIOLOGIE animaux bons nagein\s qui se sont laissés surpi'endre par le filet. C'est dans ce sens que je l'emploierai. Pour évaluer la quantité de plancton, après avoir fixé les organismes avec de la formaline à '2 %, on laisse reposer le contenu du filet dans une éprouvette graduée; on peut admettre qu'au bout de 36 heures le tassement est suffisant ('), on exprime la quantité obtenue en centi- mètres cubes que l'on rapporte à l'unité de surface du lac, soit un mètre carré, en tenant compte de Fouverture utile de la bouche du filet. Bruno Hofer, dans un mémoire publié en mai 1900('^), demande avec raison que, pour l'évaluation volumétrique du plancton, on com- mence par faire absti'action par un tamisage convenable des gros Cla- docères, en particulier de Leptodora et de Bythotrephes, dont les longs appendices empêchent un tassement convenable des organismes de petite taille. Cette précaution, très recommandable pour l'avenir, n'a pas été prise dans les mesures du plancton faites jusqu'à présent^ dans la plupart du moins de celles que je vais utiliseï'. Le nombre des espèces pélagiques n'est pas très grand; celui des individus en revanche est énorme. Certaines formes très prolifiques apparaissent à la saison de leur grand développement en quantités prodigieuses. L'étude des organismes pélagiques est difficile, et encore très incer- taine, malgré les milliers de coups de filets donnés par les naturalistes planctologues. Nous péchons à l'aveugle et nous ne pouvons surveillei- notre filet. Le produit de la pèche est si commode à évaluer que nous sommes ti'op souvent entraînés à tirei- des conclusions trop hâtives de (1) Une expérience préliminaire, en avi-il 1896, m'a édifié sur le temps nécessaire au tassement des organismes pélagiques dans une éprouvette d'un centimètre de diamètre. 25 avril 10 h. versé la pèche dans l'éprouvette. 13 h. 4.7 cm s volume du plancton. 15 h. 4.1 19 h. 8.9 2(y avril 7 h. 3.7 10 h. ■ 3.55 21 h. 3.4 27 avril 7 h. 3.4 19 h. 3.4 Au bout d'un jour et demi le plancton est tassé, et ne subit plus de modifica- tions sensibles de volume. (2) Die Verbreitung der Tierwelt im Bodensee. X"" Abschnitt der Bodensee- Forschungen. Lindau, 1896. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 203 faits qui nous paraissent assurés, mais qui demanderaient à être com- plétés par d'autres faits encore inconnus. Pendant une discussion que nous avons eue à ce sujet au sein de la Société helvétique des Sciences naturelles, session de Neuchâtel 1899, je me suis laissé aller à la com- paraison suivante : Dans nos pêches de plancton nous sommes dans une situation analogue à celle du naturaliste qui devrait étudier les animaux de l'atmosphère, Chéiroptères, Oiseaux. Insectes et Microbes volant et planant dans l'air, et qui en serait réduit à attacher une coiffe à Papillons à la queue d'un cerf-volant qu'il lancerait en l'air. Le pro- duit de la coiffe à Papillons ou de notre filet à plancton nous donne des faits positifs, c'est vrai. Mais combien de laits, indispensables à l'étude complète, nous échappent ! Nous n'avons jamais su nous astreindre au travail, très méritoire mais vraiment trop absorbant, de la numération des organismes que nous récoltons dans nos tilets pélagiques. Mais nous pouvons donner une idée des nombres démesurés des êtres qui forment la société pé- lagique en utilisant les statistiques faites ailleurs. Parmi les chiffres à notre disposition je choisis le produit des pêches faites par C. Apstein dans le petit lac de Dobersdorf (Holstein), de la surface jusqu'à 19"! de profondeur (^). Après avoir constaté que le produit des pêches faites le même jour varie relativement peu, qu'au contraire, le produit des pêches faites à des jours différents varie considérablement, je donne ici les sommes d'organismes de deux pêches du lac de Dobersdorf et d'une pêche du lac de Pion. Ces chiffres se rapportent tous à un centimètre cube de plancton. Lac de Dobersdorf Lac de Pion. 19 VIII 1891 20 IX 1891 14 VIII 1892 Algues 1 205 000 910 000 12 178 000 Flagellés et Dino-flagellés 19 300 5 720 148 500 Protozoaires 59 300 1 125 Rotateurs 22 500 470 9 142 Copépodes 723 538 4 618 Cladocères 394 488 1 367 Hydrachnides .... 1 5 , 1 Larves de Dreyssena . . 7 750 1 2 500 Totaux \ 255 727 917 522 12 345 253 {}) c. Apstein. Das Sûsswasser, Kiel, 1896, p. 50 et .j9. ■204 BIOLOGIE De 917 mille à plus de 12 millions, ces chiffres varient dans des pro- portions fort larges, mais, en tous cas, ils sont très considérables, et nous pouvons sans exagération aucune évaluer à un million ou plus le nombre des organismes contenus dans un centimètre cube de plancton. Ce chiffre varierait beaucoup d'une pêche à l'autre, suivant la natui^e de la population du lac, s'il y a prédominance de gros ou de petits or- ganismes. Dans les mêmes conditions de population il serait plus grand si la gaze à bluter du filet était plus fine ; des organismes plus petits se- raient arrêtés par le filet et formeraient une proportion numérique relativement grande dans la masse du plancton. La gaze à bluter no 20 des filets d'Apstein a sa maille de V-jo f^^ millimèti'e de diamètre; elle laisse donc passer tout organisme ayant moins de 50 [J-; elle n'arrête pas les Bactéries et autres Microbes. Ce chiffre, quoique très précis en apparence, manque donc de solidité. 11 nous apprend cependant que le nombre des organismes contenus dans un centimètre cube de plancton est considérable; qu'il s'élève à un ou plusieurs millions. Quelle est la quantité de plancton contenue dans les eaux du Léman? J'ai pour répondre à cette question le produit de 15 pèches verticales, faites dans le lac, devant Morges, à 2i^m de la rive, par 100™ de fond jusqu'à 60m au-dessous de la surface. J'ai opéré avec le filet moyen d'Apstein (gaze à bluter n^» 20)(0. Mon filet a une embouchure de 20'="' de diamètre; son coefficient de filtration étant d'après les expériences de Apstein de 1.4'97("), je devrais multiplier par 47.65(^) la quantité obtenue par un trait de filet pour en tirer la quantité de plancton con- tenue dans une colonne prismatique d'un mètre carré de surface. Suivant le conseil d'Apstein, au lieu de 47. j'emploie le facteur 45 seu- lement. n V. p. 13. (^) Le coefficient de filtration d'un filet exprime le rapport entre la quantité d'eau qui passerait par un cercle de même diamètre que la bouche de l'appareil et celle qui traverse en réalité le filet. L'eau subit un frottement contre les mailles, de la gaze, la pression s'élève dans l'intérieur de la coiffe et une partie de l'eau qui entrerait par l'embouchure est refoulée au dehors. Des calculs très serrés et des expériences nombreuses ont été exécutés par H en se n et par Apstein; je ne les ai pas répétés, et je m'en tiens aux valeurs que je dois à l'obligeance de C. Apstein {m lut., 22 août 1896). (3)10000X1-497 ,„,_ 10-2 it SOCIETE PELAGIQUE 20.> Le tableau suivant donne donc pour chaque pêche la quantité de plancton recueillie dans mon filet moyen d'Apstein (i) par un trait ver- tical depuis la profondeur indiquée : cette quantité de plancton est multipliée par 45 pour exprimei- la quantité de plancton dans un cy- lindre vertical del^'^cle section (-). Mes pêches sont étagées; c'est- à-dire que le même jour j'ai donné plusieurs traits de filet à partir de profondeurs différentes. Tableau 1. — Pêches de pUmclon devanl Marges en cni^/m'^. 23 Avril 7 Mai 19 — 31 — 13 Juin 5 Juillet 23 — 15 Août 31 — 6 Octobre 14 Novembre 10 Décembre 21 Février 17 Avril 1896 10"' 15'" 20'» 30" 68 45 40n. 95 119 63 50'" 60'" 50 104 126 126 77 70" 115 80" 1897 21 23 14 9 9 7 9 14 9 32 14 32 5 34 36 18 23 18 23 23 20 14 41 18 Moyenne : 45 50 18 32 27 50 32 36 18 68 27 51 nn3/„ 33'» Des pêches étagées, comme celles du tableau précédent, permettent par l'opération arithmétique de la soustraction de trouver la quantité de plancton des couches superposées du lac. Je fais ces soustractions et j'obtiens ainsi le nombre de centimètres cubes de plancton pour chacune des couches limitées parles croix obliques de mon tableau II, ces quantités se rappoi'tant toujours à l'unité de un mètre à la surface du lac. Je laisse de côté mes deux pèches de 70 et de 80'» qui ont donné des résultats aberrants. (1) Le filet moj'en d'Apstein a sa bouche de 20 cm. de diamètre; sa mousseline- de gaze à bluter est du n*' 20 du commerce. V. p. 13. (2) Ce que je désigne par la notation u cm^/m'^. 206 BIOLOGIE Tableau 11. — Bépartition du plancton dans les coucltcs superposées. Om 10"' 20"' SO-" 40"' 50"' 60" i>3 Avril 1896 X 50 X 7 Mai — X 68 X 27 X 9 X 19 — — X 119 X 7 X X 31 — — X 45 X i'è X 14 X 13 Juin — X 32 X 2 X 11 X 5 Juillet — X 23 X 9 X 4 X 14 X 23 — — X 5 X 13 X X 15 Août — X 14 X 9 X 9 X 31 — — X 14 X 4 X 9 X 6 Octobre — X 9 X 14 X 27 X 14 Novembre — X 9 X 14 X 9 X 10 Décembre — X 7 X 13 X 16 X 21 Février 1897 X 9 X 5 X 4 X 17 Avril — X 14 X 27 X 27 X 21 ■ — — X 9 X 9 X 9 X Le tableau 11 est trop difficile à lire; j'essaie de le traduire sous une forme plus compréhensible en calculant pour chaque courbe de dix mètres de hauteur la quantité de plancton qui lui appartient (^). Je laisse de côté ma pêche du 23 avril 1896 qui n'est qu'un total et n'ofïre point de jalon pour la répartition aux difïérentes prolondeurs. Les va- leurs du plancton en centimètres cubes sont toujours rapportées à l'u- nité de surface de un mètre carré. Tableau 111. — Répartitmi du plancton dans des couches superposées , de dix mètres. 0" 10" 20" 80" 40" i30"' 60" 7 Mai 1896 19 - - 31 — — 13 Juin — 5 Juillet — 23 — — 15 Août — (') Quand j'ai eu des quantités fractionnaires, je les ai réparties de mon mieux entre les diverses couches superposées. 34 34 14 13 5 4 30 30 30 29 7 23 22 9 9 7 7 22 10 2 4 4 3 29 9 4 5 5 4 3 2 13 14 5 4 3 3 3 SOCIETE PELAGIQUE 207 10" •ÎO" 30" 40" 50" 60"' 31 Août 1896 10 () 2 3 3 3 6 Octobre — 9 7 7 9 9 9 14 Novembie — 9 7 7 3 3 3 10 Décembre — 7 7 6 6 5 5 21 Février 1897 9 3 2 2 1 1 17 Avril — 14 14 13 9 9 9 21 — — 9 15.4 5 4 8.4 3 3 4.5 3 Moveunes : 11.5 7.0 3.9 A côté de mes pèches de plancton je ne puis citer, en fait d'autres re- cherches dans le Léman qui aient donné des valeinvs rapportables à l'unité de surface d'un mètre carré, que les pêches organisées par E. YungdeGenève ('). Elles ont été faites en 1898 à Montreux par M. NicoIIier sur un fond de 130'" et à Genève par E. Yung sur un fond de 30™; pour chaque date je choisis dans les pêches étagées celle qui a donné le résultat le plus fort. MONTREUX GENÈVE Date plancton '-myriv\ : Date plane ton cm3/m2. 19 janviei- 44 l 31 janvier 14 5 février 54 ; — — 26 — 51 \ 21 février 14 14 mars 32 \ 14 mars 18 30 — 32 j 31 — 18 25 avril 38 i 29 avril 38 9 mai 51 ; 17 mai 55 31 — 95 1 31 — 85 18 juin 102 14 juin 30 8 juillet 64 ; '^^ — 32 26 août 32 \ 12 juillet 13 9 septembre 32 27 — 17 30 — 29 13 septembre 4 28 octobi-e 25 10 octobre 13 26 novembi'e 32 8 novembre 11 17 décembre 44 2 décembre 25 Mot/ennes 47 cm3/m"'2 26 cm3/m2 (1) E. Yung. Variations quantitatives du plankton dans le lac Léman. Archives de Genève 1899, VIII, 344. 208 BIOLOGIE Le chiffre moyen de plancton donné parles pêches de N i c o 1 1 i e r à Mon- treux, 47^m7m% est assez rapproché de celui de mes pèches de Morges, Slcms/ms. gn revanche il est beaucoup plus fort que celui des pêches de Yung à Genève 26'^m3/m2, De ces faits d'observation je puis tii-er quelques conclusions et en discuter la signification. 1° Quantité de plancton dn Léman. Mon tableau l donne à sa sixième colonne la quantité de plancton contenue dans la couche supérieure du lac, de la surface à 60™ de pro- fondeur. La moyenne de mes 15 pèches est de ^Um^/m'^. Celui des pè- ches de Marins Ni col lier) 47''inY"i-. Tirons en la moyenne générale : 50cm3^,m2. Ce chiffre est peu élevé si on le compare au pi'oduit des pêches ana- logues faites dans d'autres eaux. Voici quelques chiffres que je trouve dans la littératui-e courante. Ils donnent tous la quantité de plancton en centimètres cubes rapportés à la couche d'un mètre carré de la surface du lac. Lacs Auteurs Planc TON Minimum. Maximum. Neuchâtel Fuhrmann(') 41cm yraz 92cm 3/m-^ Zurich Schroter(2) — 1006 Bodan Hofer(3) 15 37 Dobersdorf Apstein(*) 136 3997 Petits lacs dr 1 HoIstein(-'^) id. 30 1366 Pion id. 13 424 id. ZachariasC') 8 862 3 lacs de Norwèi ge Huitfeldtkaas (" ') 32 240 (1) Beitrage zur Biolog. des Neuchàtelersees. Biolog. Gentralblatt. Leipzig 1900. XX, 88. (2) Schwebe Flora. Zurich 1897, p. 45. (S) loc. cit. [p. 203], p. 6. (1) iGc. Cit. ip. 203], 84sq. (■'*) Il s'agit d'une douzaine de petits lacs du Holstein, chacun d'eux n'ayant été exploré qu'une ou deux fois. (fi) 0. Zacharias, Forschungsberichte ans der Biologischen Station zu Pion. Berlin 1893 sq. IV, 8. (') Planktonin norwegischen Binnenseen.Biol. Centr. Bl. Leipzig 1898 XVIII, 625. société pélagique 209 Lacs Auteurs Plancton Mi nim u m . Maxim u m . Lake St-Clair(i) J.-E. Reighard(-) 4'^mVm- 74cms/m2 Michigan H.-B. Ward(^) 18 215 Léman (Morges) Léman (Montreux) Léman (Genève) F.-A. Forel 18 126 Nicollier 25 102 E. Yiing 4 85 Quoique les chiffres de ce tableau semblent très précis, je n'ose pas les comparer entre eux. En effet, les conditions delà pêche varient tel- lement d'un filet à l'autre, d'un naturaliste à l'autre, que les conclu- sions tirées de valeurs obtenues par des expérimentateurs différents sont sujettes à des réserves très nécessaires. Seules les pêches faites par le même homme, avec le même filet, dans des conditions identi- ques, traitées de la même manière, évaluées par les mêmes procédés, peuvent donner des résultats à peu près comparables. Je puis, en revanche, utiliser les chiffres suivants obtenus dans des pêches verticales de plancton, faites par moi-même dans des conditions aussi semblables que possible. Profondeur Quantité Lac. Station. Date. de la pêche. de plancton. Léman Morges 7 mai 1896 60m 104ciu3/nf-' id. id. 19 - 60 126 id. id. 31 - 60 77 Bodan Rorschach 13 — 60 14 Zurich Thalweil 15 — 60 260 Neuchàtel Grandson 23 — 35 65 Bret 23 - 12 47 Joiix Le Pont 28 juillet 25 32 Ces chiffres sont comparables entre eux, sauf celui du lac de Neuchà- tel; les eaux étaient trop peu profondes dans la station de Grandson oîi j'ai fait une pêche — nous venons de voir quelles différences Yung (1) Le lac est si peu profond que les filets ne sont pas descendus à plus de 6". i^) A biological examination of lake St-Glair. Bull, of Michigan F ish-Gommissio n n" 4, 1894. (■^} Biolog. examination of lake Michigan, ibid. 1896, p. 32. 14 210 BIOLOGIE a trouvées entre la station de Genève où ie fond n'avait que SOn" et celle de Montreux où il descendait à 130'". Pour les lacs de Bret et de Joux, la profondeur très faible de la cuvette ne permettait pas des pèches sur une épaisseur d'eau supéiieure à celle à laquelle je suis descendu; c'est donc, à ce point de vue, le maximum possible que j'ai obtenu. J'ai donc eu, dans le même mois, dans la même semaine, des pêches de plancton beaucoup plus abondantes dans le Léman que dans le Bodan, beaucoup moins abondantes dans le Léman que dans le lac de Zurich. Mais pour ce dernier lac il y avait à cette époque les condi- tions exceptionnelles du développement exubérant de la Tabellaria fenestrata dont nous parlerons plus tard. J'ai l'impression que la quantité de plancton du Léman est dans des proportions moyennes. Notice lac n'est pas riche en plancton d'une manièi'e exagérée comme les petits lacs-étangs de l'Allemagne du Nord; il n'est pas dans les plus pauvres, comme nous l'avons cru pen- dant longtemps. 2° Variations saisonnières. Notre colonne 7 du tableau I (page 205) nous donne des pêches com- parables, faites toutes à la même profondeur, dans la même localité, pen- dant tout le cours d'une année. Les pêches de Ni collier, à Montreux, celles de Y un g, à Genève, sont de même comparables chacunes dans leur série. Nous les mettons en parallèle et nous obtenons les valeurs suivantes, toujours en centimètres cubes au mètre carré : F.-A. Foi ■el. M. Nicollier. E. Yiing. Morges 60™ Montreux 100'» Genève 20"' Décembre 36 45 25 Janvier — 45 — Février 18 38 — Mars — 32 18 Avril 50 25 38 — 27 — — — 68 — — Mai 104 25 55 — 126 — 86 — 11 — — SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 211 F.-A. Fo, rel. M. Nicoliier. E. Yung. Morges i 50™ Montreux lOO™ Genève 20"' 45 95 30 32 50 51 13 18 — 17 32 25 — 27 — — Juin Juillet Août Septembre — 32 4 — — 29 — Octobre 50 25 13 Novembre 32 32 11 Tandis que les pèches de plancton à Genève nous donnent des quantités bien faibles, celles de Morges et de Montreux arrivent à des valeurs à peu près semblables; nous pouvons donc les réunir pour en déduire les moyennes saisonnières, et nous obtenons ainsi : Moyennes des pêches de plancton de Morges et de Montreux. Hiver, décembre à février 36cm3/ni2 Printemps, mars à mai 60 — Eté, juin à août 42 — AutonDie, septembre à novembre 33 — Nous voyons là, comme cela a été constaté partout, un maximum au printemps. Ce maximum est dans le mois de mai pour les pêclies de Morges et de Genève, dans le mois de juin pour les pèches de Mon- treux. Il résulte de l'ensemble des études faites sur cette périodicité soit en Europe soit en Amérique que le maximum, ou les maximums quand il y en a plusieurs, sont dus à l'exubérance de développement de l'une ou de l'autre des espèces du plancton, chacune ayant son époque, à elle propre, de grande prolifération. Sans que je puisse pour le Léman appuyer ce dire sur ime numéi-a- tion des organismes comme cela a été fait ailleurs, et en me fondant uniquement sur mes notes générales piises dans les diverses pêches, j'attribue le maximum du mois de mai à Morges à la multiplication énorme des Diaptomns, des Ceratinm et des Di)iobri/O)i. Cette époque variable poiu^ le développemeiit des diverses espèces est signalée par Fuhrmann dans ses recherches biologiquessurlelac 212 BIOLOGIE de Neiichâtel; nous pouvons sans hésitei- étendre ses observations ait Léman. Par des numérations convenables, il a déterminé l'époque du maximum et du minimum pour la plupart des espèces pélagiques. J'y relève entre autres les dates de maximum : Asterionella et Fragilaria novembre et décembre. Gyclotelles mars. Dinobryon mai. Ccratium août. Rotateurs de mai à août et même octobre, suivant les espèces. Crustacés de mai à juillet, suivant les espèces. 3"^ Variations du plancton et composition chimique des eaux. La différence entre les quantités extrêmes de plancton obtenues dans mes pêches de Morges .s'étend de 18 à 126'^mV'"\ soit comme 1 : 7; celle des pêches de Ni collier, àMontreux, de 25 à 95cm*, soit comme 1 : 4; celle des pêches de Yung, à Genève, de 4 à S^f-m', soit comme 1 : 21. A certaines saisons, les êtres pélagiques savent extraire de l'eau du lac de la matière organique sous forme de matériaux figurés, vi- vants, organisés, dans des proportions beaucoup plus considérables, 4 fois, 7 fois, 21 fois plus importantes que dans d'autres saisons. Comment pouvons-nous nous expliquer une telle variation dans l'exubérance de vie, en la conciliant avec ce que nous savons de la constance de la composition chimique de l'eau du lac? Nous avons en effet appris par les recherches de Ch. de Marignac(') que la quantité des matières organiques dissoutes dans l'eau du lac varie peu. La teneur indiquée par ses études de Genève oscille dans les moyennes mensuelles de 3.5 à 8.3 m?/i (^) (dans les extrêmes d'ob- servation directe, de 2.1 à 9.1 m?/'). Les chiffres de Massol amè- nent à des résultats analogues : les quantités de matière organique, révélâble par le permanganate, varient dans les moyennes mensuelles de 8.7 à 16.4 m?/i. N'ayant pu, vu l'apparition tardive de l'étude de Massol, publier à sa place les résultats de ses recherches, je vais les résumer ici. (1) T. II, p. 613. (2) Par le signe ">9/i, je désigne milligramme par litre. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 213 Je donne dans le tableau suivant la quantité de matière organique contenue dans l'eau du lac à Genève, en admettant que l'oxygène lourni par le permanganate de potasse est le V4-5 du poids de celui-ci, et que le permanganate décolore un poids quintuple de matières orga- niques. Je groupe en moyennes mensuelles les résultats des analyses isolées, en général une vingtaine par mois('). 189^2 1893 Janvier — 16.0 >"^7i Février — 14.2 Mars 13.1 ">K/i. 11.9 Avril 15.7 9.7 Mai 14.2 9.0 Juin 12.1 8.7 Juillet 11.9 9.7 Août 11.2 8.3 Septembre H.4 9.7 Octobre 11.2 13.0 Novembre 11.7 16.4 Décembre 14.1 16.0 d'où je tire les moyennes suivantes : Hiver, décembre à février 15.1 ^'^s/K Printemps, mars à mai 12.3 Eté, juin à août 10.3 Automne, septembre à novembre 12.2 Valeurs extrêmes, minimum 7.4 '"ff/'. — maximum 18.2 Les différences entre les extrêmes de la quantité de matière orga- nique dissoute dans l'eau du lac s'élèvent donc, d'après les recherches de M a r i g n a c, de 2.1 à 9.1 , soit comme 1 : 4, et d'après les recherches de M a s s o 1 de 7.4 à 18.2, soit comme 1 : 2 Y»- Ces variations sont donc beaucoup moins étendues que celles que nous venons de constater dans le plancton du même lac. D'autre part il n'y a pas opposition entre les dates des maximums et ^M L. ilassol. Les eaux iralimeiitatiou de la ville de Genève. Genève 1894. :214 • BIOLOGIE minimums des deux séries Quand le plancton, la matière organique figurée en suspension dans l'eau du lac, augmente, cela n'implique pas une diminution correspondante de la quantité de matière organique dissoute dans cette eau. Comment peut-on s'expliquer que dans une eau à composition rela- tivement peu variable, il puisse en certaines saisons se développer un nombre considérable d'organismes, sans que la teneur de cette eau en matières dissoutes ne varie, en raison inverse, considérablement aussi? Nous répondrons à cette question en étudiant le poids relatif de ces matières organiques, soit figurées, soit dissoutes. — D'après les études d'Apstein(^) sur le plancton du lac de Dobers- dorf, portant sur 15 000""^ de matière, nous pouvons admettre que : |cm3 plancton desséché à 20° pèse 10'"^', » lOOû 8m^\ Donc le plancton humide renferme : eau 99 7o, » matièi'es sèclies 1 o/o. Ces matières sèches contiennent en moyenne . Matières minérales, 22 "/o, Matières organiques. 78 «/o. Donc, h'»^ plancton humide, une fois desséché contient Matières minérales, 1.8^^', Matières organiques. 6.2»iy. Nos pêches de plancton de Morges nous ont donné en moyenne 51 cm3/ni2 . QQig^ représente 322 m^;' de matières organiques sèches, dans une colonne verticale de 60 '" de hauteur et de 1 '"^ de sec- tion. D'autre part, si nous admettons que la quantité de matière organi- que dissoute est de 10™^- par litre (') nous avons, pour la même co- lonne d'eau, 600:- '■ de matière organique en dissohition. La couche supérieure du lac, de 60'» d'épaisseur, contient donc, en fait de matière organique, par unité de surface de un mètre carré: Matières organiques dissoutes, 600^ Matières oi'ganiques figurées, plancton. 0.322. (1) Loc. cit. [p. -203] p. 99. - (•■^) T. If. p. 610 sq. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 215 La quantité moyenne de plancton n'est donc, dans la couche supé- rieure du lac, oîi elle est le plus abondante, que le 1 :2000 de la quan- tité de matière organique dissoute. — Faisons d'une autre manière un calcul analogue. Nous pouvons admettre que la composition chimique de l'eau du lac est uniforme, depuis la surface jusqu'aux plus grands fonds. Etant donné le volume du lac, 89 millions de mètres cubes, pour faire varier d'un milligramme par litre la teneur en matières organiques de l'eau, il faudrait y verser ou en enlever 89 000 tonnes de ces matières organiques. D'autre part : La superficie du Léman à l'isobathe 0™ 582'"ii-* » » 60"! 418^1"- Moyenne 500'^"»'- Si 1"!^ de la superficie du lac porte 51 '■^^ de plancton humide, 500'™-^ » 25 500'"» » soit d'après ce que nous avons vu 255'"-' plancton sec, soit 153'"* matières oj'ganiques. La densité de la matière organique peut être considérée comme étant 1.0; donc 25 500'i^* matières organiques humides, figurées dans le plancton de la masse entière du Léman, i-eprésentent 153 tonnes de matières organiques solides et sèches. Nous venons de rappeler qu'il faudi-ait un apport de 89 000 tonnes de matières organiques dissoutes, pour augmenter d'un milligramme par litre la teneur des eaux du lac. Donc, puisque la totalité du planc- ton en suspension dans les eaux ne représente que 153 tonnes de ma- tières, si tout ce plancton se dissolvait dans l'eau, cela n'augmenterait que de '/jgo de milligramme la teneur du lac en substances orga- niques. Le plancton peut donc se multiplier ou se réduire dans des proportions énormes, beaucoup plus grandes que celles que nous cons- tatons, cela ne fera pas varier sensiblement la composition des eaux du lac. Le plancton ne représente qu'une fraction infime de la matière organique contenue dans les eaux du lac; la réserve en matières dis- soutes est énorme ; elle est surtout énorme en proportion de la quan- tité de matière figurée à fétat de suspension, autrement dit de la quan- tité de plancton. 216 BIOLOGIE 40 Répartition atvatigraphique. 11 résulte de notre tableau III, que la quantité de plancton va en dé- croissant de la surface vers le fond. Les moyennes de nos 14 pèches étagées nous donnent pour chaque tranche de dix mètres Couche de à 10'» 15.4'^"'^/'»"^ » 10 à 20 11.5 » 20 à 30 8.4 » 30 à 40 7.0 y 40 à 50 4.5 » 50 à 60 3.9 Mon procédé de répartition dans les couches superposées est assez grossier. La plupart de mes pêches donnent en bloc la quantité de plancton des couches de 30 à 60™, et je me suis contenté de diviser cette quantité par trois, pour la répartir entre les trois couches de dix mètres d'épaisseur. Si cette loi de décroissance générale est exacte, nous eussions dû l'appliquer aussi à la répartition fractionnaire, et la décroissiince progi'essive des chilïres eût été bien plus appai-ente. J'ai traité de la même manière les pèches de plancton de Yung et de Nicollier, et je suis arrivé à des résultats analogues. 16 pêches étagées de M. Nicolliei', à Montreux, m'ont donné les moyennes de la quantité de plancton de chaque couche de 10"' d'épaisseur: de à 10'» 9_0cm3/m2 10 à 20 6.2 20 à 30 4.4 30 à 50 4.0 50 à 100 2.6 De même 11 pêches étagées d'E. Yung, à Genève, m'ont donné, pour des couches de 10'" d'épaisseur, la quantité moyenne de plancton : de à lO'ii 18.3'-'iiVm2 10 à 20 6,3 II y a donc diminution progressive de la quantité de plancton des couches supérieures, où elle est à son maximum, aux couches profon- des où elle devient de plus en plus faible. Nous avions, d'après ces faits. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 217 admis une limite de l'habitat des couches pélagiques du lac, vers 60™ au dessous de la surface. Mais les recherches récentes nous obligent à nous corriger sur ce point. Déjà autrefois, j'avais trouvé dans ma bouteille à eau, descendue à iOO et 150'n de profondeur, des Entomostracés pélagiques, entre autres des Diaptomus ('). Mais je n'étais pas sûr que ces animaux n'eussent pas été entraînés par l'appareil qui était ouvert quand il avait traversé les couches supérieures du lac, lors de la descente vers le fond. Les pêches faites en 1898 par Ni col lier devant Montreux, jusqu'à 120™ de fond, par Fiihrmanii devant Evian, de 60 à 100™, par E. Yung devant St-Giiigolpli, enti'e 100 et 200™, nous ont prouvé que ces profondeurs sont bien réellement habitées. 7 fois sur 11, la quan- tité de plancton des pèches de Nicollier a donné des chiflVes plus forts à 120™ qu'à 100™. Yung a résumé ses constatations dans ces termes : « J'ai rencontré en face de St-Gingolph une quantité deClado- cères, entre 150 et 200"', alors que ces animaux étaient relativement rares, Daphnia, ou absolument absents, Sida, à de moindres profon- deurs » (2). Nous avons répété ces recherches, H. Blanc et moi le 21 septembre 1899, au large d'Ouchy, par deux méthodes difféi-entes. H. Blanc attache quatre filets identiques, à des hauteurs différentes, le long d'une ligne de sonde tendue par un poids suffisant. Puis faisant avancer son bateau, il promène tout l'appareil dans le lac, de telle manière qu'il tamise, à des profondeurs équidistantes, une même quan- tité d'eau dans une couche horizontale. Le résultat de deux pèches pélagiques faites dans ces conditions est comparable et s'exprime en ces termes, d'après les notes que Blanc m'a communiquées : Couche de 50™ plancton abondant. » 100™ rien. » 150™ assez gi-ande quantité de plancton. » 200™ très petite quantité. Moi-même, j'ai fait des pêches étagées, avec le filet moyen d'Apstein, qui m'ont donné des quantités de plancton que je rapporte à funité de surface de 1™^ : (1) F.-A. Forel. Matériaux, loc. cil. [p. 25], IV« série, | XXXII— Faune profonde iuc. cit. [p. 25], p. 89. (2) E. Yung, Inc. cit. [p 207], p. 354. 218 BIOLOGIE à 10"^ de profondeur Qcm^lm'^ différence Qc"» 45 27 18 90 36 9 135 36 185 45 9 La richesse en plancton, dans mes pèches étagées, a été en crois- sant jusqu'à 185"'. Les diiTéfences entre deux pêches successives ont été irrégulièi-es, avec un maximum à 10-45'" et une reprise manifeste à 135-185'". On pourrait m'objecter que, en faisant remonter mon filet de la pro- fondeur de 185m, je collecte dans ma pêche ascendante non seule- ment les organismes vivants dans les couches de surface, mais encore les cadavres de ces organismes de surface qui descendent lentement pour aller s'accumulei* sur le sol; que par conséquent, la quantité de plancton ainsi récoltée par des pêches verticales, doit aussi s'accroître progressivement ; que mes chiffres ne sont pas démonstratifs. — Je répon- drai : Tout d'abord l'accroissement de la quantité de plancton est trop brusque dans ce cas pour que cette explication soit suffisante. Puis l'étude analytique du plancton telle que je l'ai faite sur mes-pêches suc- cessives est décisive. Dans les deux pi-emières pêches, à 10 et à 45n> je n'ai pas trouvé une seule Sida Urnnetica; à 90'" j'en ai trouvé une, à 135 et à 185 j'en ai trouvé une ti-entaine dans chaque coup de filet. De cela je conclus que, dans le Léman, les couches profondes de la région pélagique ne sont pas inhabitées. Entre 100 et 200'", c'est-à- dire bien loin de la surface et dans une couche probablement obscure, nous avons constaté l'existence d'Entomostracés, tout au moins d'une espèce, Sida Ihnnctica. Les faits nous manquent pour établir la limite inférieure, s'il y en a une, de la société pélagif|ue de notre lac. 5" Variations locales dans le plancton. La quantité de plancton varie d'un lac à l'autre; c'est ce que nous avons constaté à la page 208. Elle varie aussi dans le même lac d'une région à l'autre. C'est ce que démontrent les observations suivantes.* Henri Blanc estime que, d'après ses pèches horizontales, jusqu'à 40"™ de profondeur, le plancton est toujours plus abondant au large SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 219 que près du rivage; il est relativement plus abondant au large pendant les mois d'été, près du bord pendant les mois d'hiver ('). E. Pitard arrive à un résultat opposé à la première conclusion de Blanc. Le 21 septembre 1896, sur 19 pèches exécutées entre Rolle, Thonon et Genève, il a constaté que la quantité de plancton est, au rivage, double de celle du large; il est vrai qu'il ne s'agit ici que de pêches de surface, pratiquées derrière un bateau à vapeur en mar- che (^). La meilleure démonstration est donnée par la comparaison des pè- ches simultanées faites en 1898 par Nicollier, à Monti'eux, surl30'n de fond et par Yung, à Genève, sur 30'" de fond (•''). La moyenne obtenue par le premier était de 47 cms/m'^^ celle du second 26 cms/m^. La seule objection qu'on puisse opposer à ces chiffres, c'est que les pêches ont été faites par deux naturalistes et avec deux filets différents, mais la divergence dans les résultats est trop foi'tepour être attribuée à la mise en jeu de la méthode, et démontre des variations locales dans le même lac. 6o Migrations verticales (/es orf/anismes pélar/iques. Nous avons dit que la quantité de plancton diminue à mesui-e que l'on s'éloigne de la surface du lac. Cela est vrai dans la générale et dans les moyennes; ce n'est pas toujours vrai en réalité. Bien souvent une pêche donne des résultats plus abondants dans une couche plus profonde que dans une couche à elle superposée. C'est ce que démon- trent dans notre lac les recherches suivantes : Mes pèches de 1874. Etonné de la rareté des Entomostracés dans la couche de surface, tandis que je constatais leur abondance dans les couches sous-jacentes à 5, à 10, à 20'" de profondeur, je formulai alors ma théorie des migrations verticales des animaux pélagiques et je la vérifiai, le 31 mai 1874, dans une pêche de nuit où je recueillis des myriades d'Entomostracés qui étaient montés à la surface (^). E. Pitard en 1896 a constaté que, en général, il y a de nuit apparition (1) Archives de Genève, 1895, XXXIV, 460. (2) Archives de Genève, 1897, III, 64. _ (8) loc. cil. [p. 207]. (^) F. A. Forel. Faune profonde du lac Léman. Soc. helv. se. nat. Actes de Goire. 12 sept. 1874. p. 132. 220 BIOLOGIE des Entomostracés pélagiques dans la couche de surface, et dis- parition pendant le jour. Cependant il a noté quelques exceptions à cette règle ('). Les pêches de H. Blanc. En 1894 et 1895 il avait trouvé que le plancton est plus abondant dans la couche de 20'" près du rivage, là où le lac n'a que 50'" de profondeur, tandis que c'est la couche de 40"' qui renferme le maximum, plus au large, là où le lac a déjà 100^ de fond (2). Dans ses recherches du 26 juillet 4896, où il a prolongé ses pèches pendant tonte la nuit, H. Blanc a obtenu les quantités comparables de plancton que voici, en centimètres cubes, récolté par le même filet sur la même longueur, parcourue en 5 minutes (^) : fondeur 4 h. s. 9 11. s. 11 h. s. 4 h. m. 0'" 0.2 1.2 4.0 5.0 20'" 0.8 0.2 1.2 5.0 40'" 1.8 0.8 1.0 1.0 60'" 0.2 0.2 1.2 0.8 La montée des organismes pélagiques à la surface, déjà apparente à 9 heures du soir, est très marquée à 11 heures et surtout à 4 heures du matin. La différence entre les quantités totales obtenues dans ces pèches successives vient de ce que Blanc pratique le trait de filet hori- zontal, et que son appareil peut passer au-dessus, au-dessous ou en ti'avers de la couche où la population présente, à ce moment-là, la den- sité maximale. Mes pêches étagées nous donnent des résultats moins évidents ; ce- pendant j'y retrouve la distribution anormale du plancton dans les cas suivants: 13 juillet, de 20 à 30'" 2^n'7>"'^ plancton, faisant 2«'"V'"^ sur 10'" » de 30 à 60'" 11 3.7 [d'épaisseur. 23 juillet, de à 20'" 5 2.5 » de 20 à 30'-' 13 13 6 octobre, de 10 à 30'" 14 7 » de 30 à 60"' 27 9 (1) Archives de Genève, 1896, II, 654. (2) Loc. cit. [p. 219J. (3) Le plankton nocturne du Léman Bull. S. V. S. N. 1898. XXXIV, 225. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 221 Dans ces trois cas, la couche inférieure contenait une plus forte quantité de plancton que la couche supérieure. Dans les pêches de Yung et de NicoUier, je trouve des faits analo- gues; je n'en analyse que deux exemples dans chaque série : Pèches de Marins Ni collier: 26 février, de 10 à 20'" 3.3 cms/ms^ ^,,1^ Kjm d'épaisseur d'eau. » de 20 à 30 9.5 — — — 8 juillet del0à20ni 7.5 — — — » de 20 à 30 15.9 — — — Pêches d'Emile Y u n g : 14 juin, de à 5'" 2.0'''n7"'^ sur 5'» d'épaisseur d'eau. » de 5 à 10 17.1 — — — 2 décembre, de à 5»' 4.2 — — — . » de5àl0 12.7 — — — Les neuf pèches utilisables de Yung donnent les chiffres suivants, pour les moyennes: de à 5'« sous la surface 8.9 <-mym-^ de 5 à 10'" 1 2.1 De ces diverses expériences, je tire les conclusions suivantes : a. La répartition du plancton est en général de quantité décrois- sante de la surface aux couches de plus en plus profondes. b. Souvent cette répartition est irrégulière, les couches inférieures étant plus riches que les couches à elles superposées. r. Généralement la couche de surface contient peu d'Entomostracés et de Rotateurs pendant le jour, beaucoup pendant la nuit. d. La couche de surface est fort riche en algues qui sont presque toutes réunies dans ces eaux. Cette observation est confirmée par J. Brun, de Genève (*). Les algues ne sont pas d'allures actives comme les animaux; elles flottent hydrostatiquement. Quand leur densité est plus légère que celle de l'eau, soit par les gaz, soit par les corps gras (') Communication personnelle. •222 BIOLOGIE qu'elles sécrètent {BoUiryoroccus Brauni, ohserv. de Chodat(')), elles deviennent nageuses « schwimmendes Plankton », forment une Fleur du lac et s'accumulent à la surface. Tout cela s'explique fort bien si Ton admet les migrations journa- lières des animaux bons-nageurs, les Entomostracés et peut-être les Rotateurs. Ces animaux, capables de mouvements actifs étendus, vien- nent à la surface pendant la nuit — peut-être seulement les nuits où le lac est calme, peut-èti-e encore seulement les nuits où la lune ne brille pas trop — et descendent pendant le jour dans des couches moins éclairées ou obscures. C'est ce que, indépendamment l'un de l'autre, nous avons établi, Aug. Weismann (^), et moi-même (^) déjà en 1874. Quand j'étudierai plus loin la genèse de la société pélagique, j'aurai à revenii* sur ces migi'ations. Les migrations périodiques verticales ne sont pas probables chez les Protozoaires, dont les mouvements actifs sont peu étendus; elles n'ont pas lieu chez les algues. Mais comme les gros Entomostracés forment une partie notable du plancton, leurs migrations suffisent à expliquer les irrégularités dans la répartition du plancton révélée dans nos pèches. Je dis que les Entomostracés représentent une fraction importante du plancton. Ce n'est pas par leur nombre; la numération des orga- nismes donne des unités ou des dizaines peu nombreuses de Crus- tacés, en présence des milliers et des millions d'algues microsco- piques. Mais leur volume individuel est bien plus considérable; ils re- présentent une masse beaucoup plus grande. C'est ce que je prouve par les observations suivantes. Le produit de mes pêches de 1896 a été séparé en deux parties par un passage sur un tamis de fil de laiton, à 4-0 mailles par centimètre. Ce tamis arrêtait tous les Entomostracés adultes, quelques-unes de leurs laides (Naaplms), les plus gros Rota- teurs et les grosses algues, Pleurococcus et Anabaena; il laissait passer les petites larves d'Entomostracés, la plupart des Rotateurs, tous les Protozoaires, les Dino-flagellés, les Diatomées. J'ai mesuré les deux parties dans des éprouvettes graduées, et j'ai obtenu en tant pour cent : (1) Archives de Genève 1895, XXXIV, 582. (■^) A. Weismann. Das Thierleben im Bodensee, Lindau, 1877. (S) Faune profonde, II» discours. Actes de la Soc. helv. Se. nat. Goire, 1874, p. 132. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 223 Plancton lin Plancton grossier d9 mai 1896 50 50 31 - — 43 57 13 juin — 25 75 — — 16 84 5 juillet — 11 89 23 — — 40 60 15 août — 38 62 31 — — 43 57 6 octobre — 29 71 10 déc. — 33 67 21 février 1897 25 75 Moyennes 32 % 69o/o Les résultats sont très variables d'une pèche à l'autre; cela dépend avant tout de la présence ou de l'absence de quelques Entomostracés de grande taille, Leplodom, Biithotrephes, et aussi de l'irrégularité de la population pélagique du lac, qui varie notablement d'un mois à l'autre. Quant à la présence de Sida limnetica en grand nombre dans les couches de 100 à 200^ de profondeur (Yung, Blanc, Forel), je ne sais comment l'expliquer. Cet Entomostracé n'est pas relégué unique- ment dans ces couclies obscures. Je l'avais noté {S. crystalUna) dans la faune pélagique, que j'étudiais autrefois seulement jusqu'à la pro- fondeur de 40'ii; je l'avais noté dans la faune profonde entre 30 et 50'" de fond (•). Que va-t-il faire dans cette couche de 100 à 200™, peu attrayante semble-t-il, froide, obscure? Je ne puis répondre à cette question. 7"^ Composition du plancton. Chercherai-je à caractériser le plancton du Léman ? On a essayé de préciser la composition du plancton de certains lacs en disant que c'est du plancton à Entomostracés, ou à Rotateurs, ou à Dinoflagellés, ou à Algues vertes ou à Diatomées, suivant que, dans les pèches sur lesquelles on se fondait, on reconnaissait la prédominance de l'un ou de l'autre des organismes pélagiques. (1) Forel, Faune profonde, loc. cit. [p. 25]. p. 92 à 114. 224 BIOLOGIE Je crois ces tentatives sans aucune valeur, et je chercherai à le dé- montrer. Mais pour faire cette justification de mes idées à ce sujet, je devrai avoir recours à des faits relevant de la genèse de la Société péla- gique et quant à cette genèse, je ne pourrai l'étudieravec fruit que lors- que je traiterai en même temps de la genèse des autres Sociétés lacustres. En raison d'économie je renverrai donc à plus tai'd ce que j'ai à dire de la caractéristique du plancton. Je puis cependant déjà à présent indiquer les organismes les plu& abondants dans les pêches que j'ai faites pendant les dix dernières an- nées du XlXe siècle. Ce sont, en fait d'Entomostracés, avant tout les Diaptomus et ensuite les Bosmina, les Dinoflagellés, Dinobryon et Ce- ralhmi; en fait de Diatomées, les Fraf/ilaria crotoniensis, les Cyclotekd, les Asterionella. L'espèce prédominante varie du reste avec la saison. Je ne puis pas dire que j'en ai vu aucune qui l'ait constamment emporté en nombre ou en importance. 8° Dissémination ou agglomération en troupes des organismes pélagiques. II est une question assez délicate, celle de la dissémination régulière du plancton ou de sa concentration en troupes ou bancs. Sans grande importance pour les hauts problèmes de l'histoire naturelle des orga- nismes pélagiques, elle intéresse surtout la technique de la pêche du naturaliste, qui cherche à se rendre compte de l'abondance du planc- ton. En effet, si les organismes sont disséminés également dans toute l'étendue d'une môme couche, quel que soit le point où notre filet tra- verse cette couche, il capture partout le môme nombre d'individus de chaque espèce du plancton; un trait de filet bien lancé suffit à nous faire connaître la population que nous cherchons à évaluer. Si, au con- traire, les organismes se réunissent en troupes, analogues aux bancs des Perchettes du littoral, aux vols des Etourneaux, aux essaims des Moucherons qui dansent au soleil, suivant que le filet traverse un de ces rassemblements, ou passe entre eux, suivant le cas il capturera un très grand nombre, ou bien seulement quelques isolés des organismes qu'il doit nous rapporter; le trait de filet donnera une notion fausse, en trop ou en trop peu, de la densité de population de ces espèces pélagiques. Depuis que Hasckel a soulevé cette objection aux pêches quantitatives du plancton de Hensen, chaque naturaliste SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 225 a dû se poser la question, et chacun lui a donné sa propre l'éponse. Voici ce que j'ai à en dire. A. Et d'abord une réponse expérimentale. Pour juger de l'approxi- mation de ma pratique personnelle du filet pélagique, et de l'évalua- tion du plancton que j'en pouvais tirer, j'ai répété le même jour, au même point, des pêches successives à la même profondeur, et j'ai obtenu les résultats suivants : i4 novembre 1896, pêche verticale à 60>n de profondeur, lei' coup de filet, 0.8cm' de plancton. 2e — 0.6 — ii décembre 1896, à 60 '" de profondeiu\ lei- coup de filet, O.Scm» de plancton. 2e — 0.75 — etc. Les différences dans la quantité de plancton expriment la r-ésultante des irrégularités d'expérimentation : dans la capture des organismes par le filet que je relevais avec une vitesse peut-être différente d'une fois à l'autre, dans le lavage plus ou moins parfait du filtrateur du filet, dans le tassement des organismes de grosseurs dilïéi'entes au fond de l'éprouvette graduée où je les mesure ; cela en admettant que la densité de la population pélagique soit restée la même dans la même colonne verticale du lac traversée par mon filet dans les deux pêches successives. D'autre part j'ai répété le même jour, à la même profondeur, dans la même région du lac, mais dans des points distants l'un de l'autre de 400 mètres environ, des pêches qui m'ont donné les résultats sui- vants : 13 juin 1896 : le'' coup de filet 1.15 ^"^^ 2e — i .2 3e — 0.9 4e — 0.8 Ils expriment, en plus des irrégularités que j'ai énumérées dans la série précédente, celles qui proviendraient du passage du trait de filet au travers ou à côté d'une troupe d'organismes pélagiques. Les écai-ts ne sont pas aussi considérables que je les aurais attendus. La méthode n'est pas d'une rigueur très parfaite, c'est incontestable; il est rare que nos procédés d'interrogation de la nature en liberté at- 15 226 BIOLOGIE teignent la précision des expériences de laboratoire. Les iri'égularités sont fortes, reconnaissons-le, mais elles n'ont pas une importance telle que nous ne soyons autorisés à utiliser nos pèches du plancton et l'évaluation quantitative de celui-ci. B. La réponse de mes collègues qui ont péché dans le Léman peut se résumer comme suit : H. Blanc croit à la concentration en bandes des Entomostracés pélagiques ('). Y un g est très alfirmatif; après avoir raconté qu'une nuit, quand il péchait à la surlace, entre Montreux et le Bouveret, il constata une zone, large de 20 à 30'" où les ByUiotrephes abondaient, alors qu'en dehors d'elle le tilet n'en rapportait aucun, il ad- met l'existence d'essaims; « il est incontestable, dit-il, qu'il se produit ici et là, sous l'influence de causes diverses, desaccumulations de plancton alors qu'en des régions peu éloignées celui-ci se ti'ouve considérable- ment rarétié »(■'). Pour Fuhrmann qui, il est vrai, se base surtout sur ses pêches du lac de Neuchâtel, les essaims sont rares, mais on les constate parfois (^). Pi tard n'aborde pas cette question. C. Quant à moi, je crois pouvoir donner la réponse que voici à la question posée en tête de ce paragraphe. D'une part j'estime probable que les animaux à mouvements actifs, suffisamment mobiles pour se déplacer d'une manière effective, peuvent se réunir en bancs, en trou- pes; je le crois en particulier de ceux qui subissent ou plutôt exécutent les migrations verticales journalières, qui montent à la surface la nuit pour redescendre dans les couches moyennes le jour; ainsi des Ento- mostracés et des Rotateurs. Pour ces animaux la distribution peut être assez irrégulière, et comme ils forment une pi'oportion notable du plancton, de ce fait l'évaluation quantitative de la matière organique figurée est soumise à des irrégularités assez étendues. D'autre part les organismes immobiles, passifs, ou à mouvements trop restreints, doi- vent être distribués d'une manière assez uniforme dans les couches superposées du lac : Protozoaires à mouvements actifs mais peu éten- dus, algues soumises seulement aux faits de convection hydrostatique, spores d'algues et Diatomées, aux mouvements automates, sans di- rection constante; je ne puis croire qu'ils s'agglomèrent en troupes ou (•) Communication personnelle. (2) Yung, loc. cit. [p. 207], p. 355. (•'') Fuhrmann, loc. cil. [p. 208], p. 121. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 227 vols. Je ferai cependant des réserves pour la couche de surface, où, à la limite de deux courants, on peut admettre que s'accumulent certaines algues, comme nous voyons la Pandorina morum s'entasser en certains recoins du port de Morges, assez pour teindre l'eau en vert éclatant. J'admets donc une répartition uniforme du plancton en général, avec concentration probable en troupes des Entomostracé^s et de quelques Rotateurs. 11 y a donc lieu de ne pas attribuer une précision trop ab- solue aux évaluations quantitatives du plancton. Mais quand on aura adopté la proposition de Hofer de séparer du plancton les gros Ento- mostracés (1), cette objection aura perdu presque toute sa valeur, et les pèches au filet fin donnei'ont des résultats très sûrement utilisables. 90 Fleur du lac. On appelle floraison du lac l'apparition, à la suriace des eaux, de taches colorées, formées par l'accumulation d'organismes végétaux. Ce sont ou bien des algues pélagiques, assez légères pour s'élever à la surface, pour nager sur l'eau (« schwimmende Algen »). C'est le cas le plus fréquemment signalé par les naturalistes du nord, sur les lacs de Suède, de Finlande, de Prusse ou du centre de l'Europe ; j'ai vu citer comme produisant la fieur du lac : Clalhrocystis aeruginosa, Gloïotridiia echinulata, Owillatoria ruhescens, Anabaena flos-aquae,Çiic . Sur le Léman je n'ai vu qu'une seule fois une véritable « fleur du lac », causée par une algue, {' Anabaena flos-aquae, le 10 décembre 1896. Cette plante qui apparaît souvant en quantité énorme est en gé- néral flottante entre deux eaux; ce jour-là elle était montée à la sur- face et ses flocons nageant sur l'eau étaient assez nombreux poiu^ for- mer des taches colorées. Le Botliriococcus Brauni ne m'a jamais mon- ti'é ce phénomène; mais je ne serais, cependant, pas étonné si je le cons- tatais un jour. Un cas qui poiu-rait s'en rapprocher c'est ctelui de la Pandorina morum, qui colore en vert la surface de l'eau; c'est une Algue flottante qui reste entre deux eaux, soutenue par les mouvements de ses cils vibratiles. Sitôt que ceux-ci s'arrêtent, l'organisme s'enfonce, ce que l'on constate en remplissant un flacon d'eau chargée de Pandorines; au bout d'une heure l'eau verte est rassemblée en une couche bi-illante au fond du vase. Algue flottante n'est pas Algue surnageante. Une ou /i) Voir, ci-dessus, p. 20'^. 228 BIOLOGIE deux fois seulement j'ai vu la surface de l'eau couverte d'une pellicule verte, composée de Pandonnes surnageant sur l'eau ; dans ces cas c'était une vraie « fleur du lac ». Notre « fleur du lac » ordinaire sur le Léman est formée par du pollen de Conifères. Au printemps, dans le mois de mai, les affluents apportent au lac d'assez grandes quantités de pollen de Sapins, de Pins et de Mélèzes pour que, accumulée par les vagues et les cou- rants, cette poussière salisse le lac en de gi'andes taches jaunâtres, irrégulières, qui se voient surtout dans le Haut-lac. Ces masses de ma- tière organique, flottant à la surface de l'eau, sont de bonne proie pour les animalcules qui se multiplient dans ces vastes radeaux. Schnetzier a reconnu dans quelques exemples de fleur du lac recueillis devant Vevey en 1854, les organismes suivants (') Monas Uns, Kerona pustn- lata, Enclielys pupa, Anuebadiffluens, VorticeUa convallaria, Col-poda cucullus, Chïlodon cucullus, Parameciiim eaudatum, Trachelms fas- riola, Loxodes cucullus, Polytoma uvella, Biatomaienue, Gomphoncma constrictum, Navicula... Closterium... Monostyla lunaris, Salpina mutica, Dileptus aureus, Vaucheria... OscUlaioria... etc. Je considère cette société d'ordre composite comme étant des orga- nismes des eaux campagnardes ou des eaux littorales, erratiques dans la région pélagique, tandis que le pollen de Conifères, lui-même, est simplement à l'état adventice. 10" Caractères et mœurs des organismes j^élaoïques. Quelques caractères sont communs à l'ensemble des organismes qui composent la société pélagique, d'autres à cei'tains groupes seulement. Je les résumerai; pour cela je sortirai du monde restreint du plancton (produit de la pèche d'un filet de mousseline) et je considérerai tous les organismes pélagiques, Oiseaux, Poissons, Entomostracés, Rota- teurs, Protozoaires et algues. Avant tout je dois les diviser en deux groupes : Organismes nageurs, s'élevant par leur densité qui est plus faible que l'eau, à la surface où ils surnagent. Ce sont les Oiseaux et quel- ques algues; sur le Léman YA^iabaena flos-aqtiae seiûemeni. Organismes flottants, de densité égale ou de très peu supérieure à (1) Bull. S. V. S. N. IV 162. Lausanne, 1854. SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 229 celle de l'eau, flottant hydrostatiqnement entre deux eaux ou se sou- tenant par quelques mouvements natatoires. Ce sont parmi les pre- miers les algues, la plupart d'entre elles, parmi les seconds les Poissons, les Entomostracés, les Rotateurs et les Protozoaires. — Cette distinction se rapproche de celle que je cherche depuis long- temps à introduire dans la science, mais à laquelle je n'arrive pas faute de trouver un mot qui l'exprime. Je voudrais sépai'er les animaux qui se meuvent dans deux dimensions seulement et ceux qui disposent de l'espace dans ses trois dimensions. Cette distinction serait souvent fort commode. Au premier groupe appartiendraient les organismes fixés, les ani- maux rampants, marcheurs, sauteurs, ceux qui plus loui-ds que le milieu dans lequel ils vivent retombent sur le sol; et aussi ceux qui sont plus légers, qui viennent nager à la surface de l'eau, les Palmi- pèdes nageurs, et les algues qui forment la « ileui- des eaux ». Ceux qui sont mobiles peuvent se déplacer en avant, en arrière, latérale- ment, mais toujours dans le même plan; ils ne peuvent ni s'élever ni s'abaisser dans l'air ou dans l'eau, ni voler, ni flotter, ni plonger. Leur vie est limitée aux deux dimensions de la géométrie plane. Au second groupe appartiendraient les animaux mobiles, aérosta- tiques ou hydrostatiques, ceux qui volent dans l'air. Chéiroptères, Oiseaux et Insectes, ceux qui flottent et nagent entre deux eaux, or- ganismes pélagiques en général. A ceux-là sont réservés les grands espaces, la vr'aie liberté d'allures; ils se meuvent dans les ti'ois dimen- sions, ils ne sont pas limités au seul plan. Ils peuvent voler, ils peu- vent planer, ils peuvent nager et plonger. Il y aurait encore un groupe intermédiaire, celui des organismes liés à la vie dans le plan, mais qui peuvent s'en écarter temporairement en sautant en l'air ou dans l'eau, en plongeant sous l'eau; comme le font certains Oiseaux et Insectes marcheurs qui savent se soulever en sau- tant dans l'air pour retombei- ensuite sur le sol, — le Poisson volant qui sort de l'eau pour sautei-dans l'air, — le Palmipède, le Cétacé, la Loutre qui savent plonger sous l'eau, — l'Araignée et l'Homme aéronautes. Je me permets de recommander cette distinction à nos zoologistes hellénisants. Ils trouvei'ont peut-être quelque mot grec qui explique- rait d'une manièi-e plus simple ce que je viens d'essayer de séparer pai- de longues et lourdes phi'ases. Le néologisme, dont on aime tant à médire, peut avoir quelquefois du bon. — 230 BIOLOGIE Revenons à nos organismes pélagiques. — Qu'ils soient nageurs ou flotteurs, ils sont tous de densité très rapprochée de celle de l'eau, ou plus légei's que celle-ci. Ils se soutiennent hydrostatiquement par le- lait même de leur densité, ou ceux qui sont plus lourds par quelques mouvements de natation. Ils sont tous d'excellents nageurs. Ilssontmu- nis d'appareils très perfectionnés qui les soulèvent dans l'eau avec un minimum de travail musculaire: bras et nageoires aux poils ou plumes multiples et compliqués, antennes, balanciers, appendices de toute;* sortes; grâce à ces organes, ils sont tous des nageurs de haut vol, pla- nant facilement, indéfiniment, sans fatigue dans l'eau. Seuls, une Vorti- celle parasite des Anabaenas, quelques Epistylis parasites d'P^ntomo- stracés, s'appuient passivement sur les organismes qui les portent, ils ne nagent pas, ils ne flottent pas; ils se laissent transporter. En fait de moyens de protection, ou bien ils sont transparents, ou bien ils possèdent la coulem- du milieu. La ti'ansparence est admirable chez tous les Entomostracés, la plu- part des Rotateurs, bon nombrede Protozoaires et quelques Diatomées pélagiques. Chez les Cladocères elle est si évidente que les noms qu'on leur a donnés l'expriment: DapJmia hyalina. Sida cristallina, Lepio- dora lii/cdina. Cependant même dans les espèces où les tissus du corps sont absolument pellucides, il y a presque toujours quelques points colorés, et souvent ti'ès foi'tement pigmentés; l'œil en particulier est d'un noir brillant ou d'un rouge-brun sombre dans la plupart des En- tomostracés; les cellules graisseuses de l'abdomen sont d'un bleu d'azur, d'un rouge ou d'un orange splendides chez Diaptomus, Cijdops, Anapna, etc. En revanche les algues pélagiques ne sont pas toutes transparentes, ou munies de couleurs protectrices. Anabae}ia est d'un vert-jaunâtre, Bothryococcns d'un vert brillant, Ct/cloteUa du jaime de diatomine. Elles compensent par l'exubérance de leur prolitication les chances de destruction auxquelles leur éclat, ou tout au moins leui- visibilité, les condamne. Parmi les animaux non diaphanes, les Poissons sont protégés par les couleurs qui les oi-nent. Leur ventre est d'un blanc d'argent, comme du reste celui de la plupart des Oiseaux Palmipèdes du haut lac; pour le spectateur qui les contemple d'en bas, ils doivent, si je ne me ti'ompe, échapper à sa vue, noyés (ju'ils sont dans réblouissement radieux du SOCIÉTÉ PÉLAGIQUE 231 firmament, dominant les obscures régions lacustres. Leur dos au con- traire est d'iui bleu plus ou moins nuancé d'aiguë marine qui doit les faire disparaître à la vue de l'observateur qui les considère d'en haut; ils se perdent dans l'azur légèrement verdâtre des eaux du lac. J'envisage aussi bien la diaplianéité absolue de la Leptodora ou de r Asplanrhna priodonln que la coloration mi-partie azur et argent de la Fera et de l'Omble comme des faits de mimique — s'il est permis d'étendre la signification de ce mot à une ressemblance avec le milieu — qui protègent les animaux pélagiques de la vue de ceux qui les poursuivent ou qui sont potu'suivis par eux. Nous avons parlé des mœurs noctui-nes spéciales de certains orga- nismes pélagiques que les migi'ations journalières amènent à la surface pendant la nuit, dans les couches obscures pendant le jour. Ces migrations sont, elles aussi, des moyens de protection en rame- nant à la limite du jour et de l'ombre les organismes qui ont intérêt à fuir la lumière pour éviter la dent des Poissons et des Entomostracés in- sectivores. Nous ne connaissons avec certitude ces migrations que chez les Entomostracés, les Rotateurs, et aussi chez les Poissons pélagiques à régime strictement insectivore, comme les Corégones. C'est pendant la nuit que les Feras viennent chasser à la surface les Entomostracés dont elles se nourrissent; dm'ant le jour elles les pour- suivent dans les eaux moyennes. Quant au i-égime alimentaire des oi'ganismes pélagiques, voici ce que je puis en dire. Sont carnivores, ou plus exactement piscivores, la plupail des Oiseaux Palmipèdes, Grèbes, Plongeons, Harles, etc., les Poissons carnassiers, Brochet, Truite et Omble adultes. (Les jeunes Truites sont insectivores, les jeunes Brochets vivent dans le littoral.) Sont insectivores et se nourrissent d'Insectes erraticpies et d'Ento- mostracés pélagiques : les Mouettes (elles sont plutôt omnivores), parmi les Poissons les Corégones, les jetnies Truites et Ombles, la Leptodora, le seul Cladocère qu'on puisse classer parmi les carnassiers, et enfin les Copépodes, Cyclops et Diaptomus. Sont végétariens tous les Cladocèi-es, sauf la Leptodore;puis encore tous les Protozoaires, que je pourrais plutôt qualifier d'omnivoi-es. en 232 BIOLOGIE ce qu'ils avalent toutes les poussières mortes ou vivantes qui passent à leur portée. Quant aux algues, comme tous les végétaux, elles n'absorbent que des liquides, ou plutôt elles extraient du milieu ambiant les liquides et les gaz dissous. On doit les faire rentrer dans la catégorie des « buveurs d'eau ». Société al>js8ale. L'existence d'organismes habitant le fond de nos lacs n'a pas été devinée; les natui-alistes ne l'ont pas pressentie ni cherchée; c'est le hasard seul qui nous l'a révélée. Nous étions à cet égard aussi aveu- gles que les zoologistes qui discutaient avec Forbes sur les limites de la région habitable de l'océan; malgré les faits isolés qui indiquaient depuis longtemps la faune pi'ofonde de la mer, on supposait les abîmes de l'océan déserts et inhabités. Nous n'étions pas plus avancés au sujet de nos lacs d'eau douce; nous nous représentions les êtres vivants cantonnés dans les régions supérieures des eaux, celles qui sont accessibles à notre vue; le fond du lac, obscui- et glacé, nous semblait impropre à toute espèce de vie. Un accident est venu à notre aide. Le 2 avril 1869, je cherchais à prendre des empreintes du sol du lac devant Morges, pour y découvrir les indices des « rides de fond » si elles existaient sur le plancher du lac('); la plaque de tôle ensuiffée, que je posais sur le sol par 40^ de profondeur pour y relever mes empreintes, ramassa quelque peu de liuion. J'allais placei- sous le miscroscope une parcelle de cette argile marneuse lorsque j'aperçus im petit Nématode blanc s'agitant dans le limon. Ce pauvre Ver, un Merw'is aquatilh, fut pour moi une révélation. Si un êti'e vivant existe dans cette argile, d'autres peuvent y vivre; si le limon est habité jusqu'à 40"' de profondeur, c'est-à-dire dans une région déjà froide, obscure, loin de toute A'égétation littorale, il peut (1) T. Tl. p. 2(u. SOCIÉTÉ ABYSSALE 233 rètre jusqu'à des pi'ofondeurs plus grandes. La région profonde n'est pas déserte; il y a une société abyssale. Dès le lendemain j'avais construit une drague, et je constatais l'exis- tence d'animaux nombreux et variés vivant dans le sol et sur le sol des talus et du plancher du lac, jusqu'aux plus grandes profon- deurs ('). Ces recherches ont été continuées dans le Léman par Du Plessis, H. Blanc, Penard et mes collaborateurs des «Matériaux». G. Asper, J.Heuscher, Kau fmann, Burkhardt,F. Zschokke, Th.Studer, S u ter -N 33 f, G. H a lier, O.-E. 1 mhof, T h. Stock, 0. Fuhrmann, K. Ere ts cher(-), dans les autres lacs suisses, ont étudié Fensemble de la faune profonde ou certains groupes d'animaux. En dehors de la Suisse la biologie des régions profondes a été trop négligée. Le planc- ton pélagique, beaucoup plus facile à obtenir, vite étudié, et mieux à la mode, a attiré à lui tous les chercheurs. Ceux qui aspireraient à ren- contrer des choses nouvelles et que ne rebuteraient point quelques opérations un peii plus encombrantes de dragage et de tamisage, se dirigeront vers la région profonde: c'est là qu'il y a encoie une riche mine à exploiter. J'en donnerai vme idée en ti'aitant en quelques paragraphes de la Société biologique qu'on renconti'e dans la région profonde du Léman. lu Flore de la réfilon profonde, on flore abyssale. Le règne végétal existe-t-il encore dans la région profonde? Sauf l'exception encore unique du Thamninm Lemani sui' laquelle nous allons revenir, le monde des plantes y est très peu représenté. Au-delà de la zone des Charas et des Nitellas qui occupent les flancs du mont jusqu'à 10, 20 ou 25™ de fond, on ne trouve plus de plantes vertes. Le sol est nu et sans végétation apparente; aucun arbrisseau, aucune herbe ne s'en élève. Seule la couche mal distincte que j'ai ap- pelée feutre organique renferme les quelques Thallophytes capables (1) Voyez F.-A. Forel, Introduction à l'étude de la faune profonde du lac Léman. Bull. S. V S. N., X, 217. Lausanne 1869. — Matériaux pour servir à l'étude de la faune profonde du lac Léman, l-oc. cit. |p. 25]. — Faune profonde, loc. cit. [p. 25]. C^) Voir pour la bibliographie : 0. Fuhrmann, Index biographique ; Rev. suisse de Zoologie, IV, .536. Genève 1897, (1.54 numéros) et ibid. VII, 687, 1900,(432 numéros). 234 BIOLOGIE de vivre encore dans des conditions si éloignées de ce qu'il faut au développement des plantes. Feutre organique. — Je désigne sons le nom de feuti'e organique la couche d'algues filamenteuses ou cellulaires qui végètent à la sur- face du sol, sur le plancher de toute eau courante ou stagnante; on peut la reconnaître sui- le fond d'un ruisseau, d'une mare, d'un étang ou d'un marais, ou encore sur lesoldelabeine du lac lorsque le temps a été assez calme pour que, pendant quelques semaines, les vagues n'aient pas arraché ce revêtement très peu consistant. C'est sur le pro- duit de mes dragages profonds que je l'ai étudié d'abord; en voici une rapide description. Si je laisse reposer du limon du lac pendant quelques jours dans une terrine, sous l'eau, je vois la surface de la vase changer sa cou- leur primitive, celle de Targile gris-jaunàtre ou giis-bleuàti'e, et prendre une teinte brun chocolat. Cette nuance appai-ait d'abord dans les creux et dépressions; bientôt elle devient générale. Elle est due à la forma- tion d'une couche distincte, d'aspect velouté, aux contours superficiels mous et arrondis, parfois soulevée et détachée du fimon par une bulle de gaz qui vient de la profondeur de la masse terreuse, parfois percée d'un trou circulaire, là où une bulle de gaz s'est dégagée. Cette couche s'enlève en écailles de 1 à 2>"'" d'épaisseur, qui se séparent aisément du limon sous-jacent; elle se laisse facilement déchii'er; elle est plus lourde que l'eau et ces écailles soulevées par la pincette ou par la bulle de gaz retombent d'elles-mêmes sur le sol. De même si je laisse reposer dans une tei'rine les poussières organi- ques et les débi-is arrachés au sol par la drague à filet, elles sont ag- glutinées ensemble par une couche adhérente du feutre organique qui ne tarde pas à les envelopper. Cette couche est organisée et vivante, ce que je prouve par les argu- ments suivants. La couche se développe et s'augmente en envahissant les parties non encoi'e recouveites. Si j'enlève quelques écailles d'un feutre organique bien constitué, au fond d'une terrine, au bout de quelques jours je vois la solution de continuité se rétrécir et se combler, par extension du feuti'e de la périphérie de la blessure vers le centre. Si le limon a été soumis à la congélation, le feutre organique est tué et la couche bi-une ne se reproduit pas. — La lumière dii'ecte du soleil a une action spéciale sui' le feutre organique; elle l'ait pâlir d'ime ma- nière très évidente la couleur brune superficielle d'une terrine de limon SOCIÉTÉ ABYSSALE 235 qu'on porte subitement au grand soleil; si Ton fait développer le feutre organique dans un bocal de veri'e transparent dont une partie est re- couverte par un vernis opaque, la couche organique est plus brune dans la moitié assombrie, plus pâle dans la moitié éclairée. — Tous ces faits montrent bien que la couche du feutre oi'ganique est vi- vante. Ce feutre organique n'est pas un produit artiliciel, résultant du trai- tement des matériaux du dragage dans les terrines de mon laboratoire; il existe dans le lac. Je le trouve souvent sous forme d'écaillés feutrées, soit dans la première eau de lavage du limon de la drague métallique, soit dans la drague à filet. C'est surtout en hiver et au printemps que le feutre se développe le plus dans le lac; je le trouve en moins grande abondance, et à de moindres profondeurs dans les dragages de l'été et de l'automne. Je ne l'ai constaté positivement dans le Léman que jusqu'à la profondeur de 80™ environ, en hiver. Dans les profondeurs plus grandes, je mets en doute son existence. 11 y a des différences notables dans l'abondance du feutre organique d'une station à l'autre, dans la rapidité avec laquelle il se développe et dans sa composition. L'analyse du feutre organique le montre formé : a. Par des algues filamenteuses peu abondantes dont l'entrecroise- ment, l'enchevêtrement des rameaux donne à la couche sa consis- tance caractéiistique. Schnetzler avait reconnu dans mes prépara- tions : Osvillarla subfusca Vauch. 0. vemaldis Ktz. Ber/gialoa aracli- noulea Rab. b. Par des Palmellacées que Schnetzler avait déterminées J'ai- mella hyalina Breb. Zooglea lermo Colin. Elles forment la masse prin- cipale du feutre organique; masse floconneuse, jaunâtre à la lumière transmise, grise à la lumière réfléchie. Des granulations très petites, environ 1 \>; sont noyées dans une masse gélatineuse amorphe, inco- lore. La teinture d'iode colore en jaune la masse gélatineuse, en jaune brun les granulations; parfois un point bleu indique la présence de fécifle dans ces Algues. c. Dans les années 1869 à 1875, je trouvais en grand nombre luie algue globuleuse que Schnetzler avait appelée d'abord Protococcus, puis Pleîrrococcii.s roseo-persicinus Ktz. {Begr/ialoa roseo-persicina) Zopf. D'après mes souvenirs elle me paraîtrait être ClatJirocystis ro- 236 BIOLOGIE seo-persicinus Cohn., si ce n'est que, selon Kirchner('), celle-ci forme f 1 e a r d u 1 a c, par conséquent monte à la surface, ce qui n'est pas une le cas pour notre algue du feutre organique de Morges.Jenepuis la re- trouver pour la soumettre à mes amis les algolo